Viva rock’n roll! Les Stray Cats sont de retour

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL

Paris, mars.

ROCK’n’roll will never die, disait Neil Young. On commençait à en douter à force d’indigestions house-acid-new beat et de vomissures Stock, Aikten et Waterman. On attend toujours les successeurs des Springsteen, U2 et autres Iggy. Pas un sauveur n’est apparu cette décennie. On pleure sur le dernier Roy Orbinson et c’est toujours les vieux routards qui nous font aimer le rock. C’était oublier le retour éventuel du plus grand groupe de rockabilly du monde, le seul genre musical qui, aujourd’hui, sauvegarde l’esprit originel du rock, celui d’Eddie Cochran, de Buddy Holly, de Gene Vincent et d’Elvis.

Originaires de Long Island, New York, les trois chats de gouttière Slim Jim Phantom, Brian Setzer et Lee Rocker, banane, tatouage et torse nu, immigrent en Angleterre au début des années 80 et, avec la production de Dave Edmunds, connaissent un succès européen immédiat. Les States se rendent compte qu’ils ont laissé filer leur patrimoine et, fin 1982, les sacrent numéro un avec une compilation de leurs deux premiers albums européens.

Le rockabilly renaît de ses cendres et un peu partout émergent des groupes qui, sans égaler les Cats, permettent à un large public de célébrer le vrai et seul rock’n roll. «Rant and Rave», toujours produit par Edmunds, sort en 1983, mais, deux ans plus tard, c’est la rupture. Setzer désire voler de ses propres ailes (deux albums sont sortis en 1986, le bon, et 1988, le moyen) et joue le rôle d’Eddie Cochran dans le film La Bamba pendant que Phantom et Rocker passent leur temps avec Earl Slick (deux albums) et jouent derrière Carl Perkins, George Harrison et Eric Clapton pour un show commémoratif de la NBC. On aperçoit même Slim Jim derrière les fûts dans Bird (uniquement à l’image).

Et puis le miracle s’est produit. Slim Jim nous raconte lui-même, en exclusivité, le récit vivant de cette aventure. Après les States, les Stray Cats ont donné vingt concerts en Angleterre et un seul gig au grand Rex de Paris. Nous y étions et, croyez-nous, on s’est retrouvé huit ans en arrière: une foule en délire, sur scène une énergie brute et compacte livrée en une heure et quart, un final en torse nu avec la reprise d’Open the Door. A l’image du nouvel album, «Blast Off!», à nouveau produit par le grand Dave Edmunds. Les enfants, on a rajeuni d’une traite. A la poubelle le new beat et toute cette connerie friquée de disc-jockeys ventrus! wakenroll is back. Et c’est pas les Harley Davidson en haie d’honneur dans le hall du Palace qui accueillait la party d’après-concert qui nous contrediront, ni d’ailleurs Britt Ekland (qui a quitté les bras de Rod Stewart pour ceux plus tatoués de Slim Jim) toute en beauté ce soir-là.

Le lendemain, on retrouvait le même Jim après une journée bien remplie de canettes de bière, y allant d’un Hey! Terry, how are you, baby? avant de se lancer à corps perdu dans la fabuleuse histoire des Stray Cats…

I’m the best…

– Quand vous avez splitté en 1985, vous pensiez vous retrouver un jour?

– Ce n’était pas ma décision. Tous les jours, j’ai espéré cette reformation. Mais Brian en avait marre. J’ai prié durant trois ans. Je n’ai jamais rencontré un guitariste et un chanteur comme lui. Il a auditionné cinq cents batteurs pour son album et il n’a pas trouvé un seul qui me valait. Mais ça, il ne me l’a jamais avoué. On a été vraiment stupides de se quitter, mais on était jeunes.

Je savais qu’on referait un jour les Stray Cats. Brian et moi, on se connaît depuis toujours. On est plus que des frères parce qu’on ne se battait pas…

– Tu penses que c’était une erreur ce splitt?

– A l’époque oui. Maintenant, je me dis que c’était peut-être nécessaire. On ne réalise pas à quel point il est bon d’être ensemble qu’après s’être séparés. Par ailleurs, j’ai beaucoup appris pendant cette période, non pas ce qu’il faut faire mais ce qu’il ne faut pas faire…

Maintenant, on a plus de respect pour les gens, on est encore plus heureux d’être sur une scène. C’est formidable…

– Tu ne penses pas qu’à votre âge il était normal de commettre des erreurs?

– Si, sûrement. Pour le premier album, Lee avait 17 ans, moi 18 et Brian 19. On savait ce qu’on voulait, mais de quitter les parents pour se retrouver tout de suite dans une firme de disques, tu ne réalises pas ce qui se passe. Même si c’est une période super: tu bois beaucoup, tu as plein de petites amies, tu joues avec les Stones, c’était fantastique. Mais on n’était que des gosses…

– Vous étiez toujours en contact durant cette période transitoire?

– Pas vraiment. Brian et moi, on ne s’est plus parlé durant deux ans. Il vivait à New York et moi à Los Angeles. Un jour, il est venu à LA avec son équipe de base-ball, mais il avait besoin d’un autre gars. Il s’est souvenu que j’étais un foutu bon gaucher, baby. Il m’a appelé parce qu’il avait besoin de quelqu’un de sûr, et c’est la première fois qu’on s’est revu. Après, on a continué parce que nos femmes s’adorent, nos gosses ont le même âge et jouent ensemble. On est redevenu copains et, après quelques bonnes parties de base-ball, on a reparlé musique. Nous avions tous les deux des idées de chansons, notre album à tous les deux était sorti et ils se ramassaient tous les deux au fond des charts. Il ne restait plus qu’à appeler Lee qui est notre rocher de Gibraltar, la force stabilisante qui nous unit. C’est le plus solide des trois.

Nous avons joué ensemble sans électricité et en une demi-heure écrit sept chansons qui sont maintenant sur l’album. C’était comme une étincelle, un éclair foudroyant. Une réelle explosion de joie et d’énergie. Tout de suite, on a appelé notre manager pour dire que les Stray Cats are back et font de la scène. Sans interview, sans contrat, sans disque, sans pub, on a fait en septembre-octobre soixante dates en soixante-trois jours à travers les States. C’était sold-out chaque fois dans des salles de deux mille personnes. Les femmes étaient là et tout, c’était super, baby.

Avant cela, on savait que, si on faisait un album, ce serait avec Dave Edmunds ou personne. Après la tournée, il a fallu une semaine de repos pour la lessive des chaussettes puantes et on est allé en studio. En dix-huit jours, tout était en boîte. Il n’y a presque pas d’overdubs. Tout est live.

– Ce nouvel album rappelle vos premières interprétations…

– C’est ce qu’on voulait. Retrouver le ton du premier album. Sur notre dernier disque, il y avait des cuivres, des keyboards, des backing vocals, une pedal steel guitare, etc. C’était bien, mais, ici, on voulait quelque chose de brutal, de primitif. Mais attention, si t’écoutes bien, baby, tu verras qu’il y a différents changements d’accords, des trucs très subtils. C’est pas Johnny Be Good. C’est le meilleur album qu’on ait jamais fait.

– Comment se fait-il qu’en votre absence aucun groupe n’ait rempli le vide que vous aviez laissé?

– Parce qu’on est les meilleurs, sans se vanter. Le secret, c’est qu’on sait jouer, qu’on se connaît depuis vingt ans, qu’on travaille cinq heures par jour et qu’on connaît la musique: Buddy, Gene, Eddie, Elvis, Jerry Lee (il vit toujours, lui, mais il est fou)… Ils ont tout inventé, ce sont les plus grands.

– Que penses-tu des albums de Brian?

– Je ne les ai jamais écoutés. Je ne suis plus fâché, mais le fait de savoir qu’il a joué avec un autre batteur, ça me rend malade. Je suis jaloux comme une femme trompée. Il le sait. Je l’ai boxé pour cela. Avant, je ne le frappais jamais. C’est ça qui a changé…

THIERRY COLJON.

Stray Cats: «Blast Off!» (EMI 91401). En face B du 45-tours Bring It Back Again, on retrouve la version live de Runaway Boys.


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  1. Pingback: Les Stray Cats ronronnent | frontstage

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