Lhasa, la pleureuse d’émotions

La poignante Américano-mexicaine Lhasa de Sela s’est aussi posée à Montréal.

C’est l’histoire d’une jeune fleur de vingt-six printemps épanouie artistiquement grâce à un vivier créatif génétique et familial particulièrement riche. Son père est mexicain et enseigne la littérature et l’espagnol tout en étant écrivain. Quant à sa maman, américaine, elle travaille aujourd’hui comme photographe après avoir été comédienne. Lhasa, comme la capitale du Tibet, a aussi trois soeurs, trois demi-soeurs et autant de demi-frères. Dans ma famille, on se sent inutile si on ne crée pas raconte celle qui vient de réussir un tour de force avec «La Llorona», un épatant premier album.

Qu’a-t-elle donc de plus que les autres, ce petit bout de femme dont la voix poignante et touchante se marie à merveille avec les mélodies manouches, flamenco ou tziganes que lui offre son alter-ego de compositeur Yves Desrosiers? J’ai vraiment la conviction que la vie n’est pas plate dit-elle attablée à la table d’une brasserie lilloise où nous l’avons retrouvée quelques heures avant une courte mais vibrante prestation à la Fnac locale fin septembre. Pourtant, lorsque je regarde les gens, j’ai l’impression qu’ils sont déçus de la vie, c’est sûrement plus facile pour moi poursuit Lhasa . Je sais que je suis chanceuse, je n’ai pas de temps à perdre.

Bohème, elle se balade en bus à travers le Mexique et les Etats-Unis avec ses parents et ses trois soeurs et commence à chanter sérieusement dès l’âge de treize ans lorsque la famille se stabilise à San Francisco. Billie Holliday se trouve en tête de liste de son répertoire tout en succombant pour Brel, Tom Waits ou Jacques Brel. Lorsqu’elle arrive à Montréal en 1991, une amie lui présente Yves Desrosiers. Une rencontre que Lhasa qualifie de miraculeuse. Nous nous sommes immédiatement compris, c’est comme deux bons amis ont besoin de peu de mots pour communiquer. La musique de l’album n’est pas un simple accompagnement, elle a sa propre identité. C’est encore plus vrai sur scène où le travail émouvant et inspiré d’Yves Desrosiers s’avère prépondérant pour l’équilibre des chansons.

UN RÉPERTOIRE DOUX ET MÉLANCOLIQUE

Des chansons que Lhasa a écrite elle-même ou empruntée au répertoire traditionnel sud-américain. Des chansons douces, mélancoliques et tristounettes comme un dimanche pluvieux qui tarde à se muer en lundi en soleil. C’est pour cette raison que l’album s’appelle «La pleureuse» lâche-t-elle dans un sourire timide . Je ne sais pas écrire de petites chansons rigolotesparce que j’aime les chansons aux émotions fortes. L’écriture ou la peinture se rapprochent de la recherche d’une émotion forte, mais en créant, c’est la concentration qui prime sur l’émotion. Un peu comme un grand morceau de bois dont il faut enlever beaucoup d’écorce pour arriver à une belle forme, c’est un travail de concentration.

Au moment de prendre congé, nous lui demandons ce qui a le plus changédepuis que «La Lhorona» fait son petit bonhomme de chemin. J’espère être à la hauteur pour la suite mais pour l’instant, je suis troublée d’avoir une relation très intime avec tous ces gens qui ont acheté mon disque. ..

PHILIPPE MANCHE

En concert ce dimanche 25 octobre à l’ABClub. Infos au 02-548.24.24. Album de Lhasa: «La Llorona» (Tôt ou tard, distr. Warner).


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