Terre Arid Ils sont jeunes et gantois, leur chanteur Jasper a la grâce dans la voix: portrait d’un futur grand

Terre Arid Ils sont jeunes et gantois, leur chanteur Jasper a la grâce dans la voix: portrait d’un futur grand

Combien de groupes rock, combien de disques ne sortent-ils pas ici comme ailleurs? La plupart sans surprise, sans originalité, juste une copie des grands du show-business. Et puis il y a le petit miracle, le détail qui fait qu’on croit tenir la perle si rare. Ce fut le cas avec TC Matic, dEUS ou Moondog Jr./ Zita Swoon. Ce l’est une fois de plus avec Arid, sorti de nulle part sinon de la finale du Rock Rally de 1996 du magazine «Humo». Concours qu’ils n’ont même pas emporté mais ceux qui les ont vus en première partie des Manic Street Preachers à l’AB savent de quoi on parle.

Ce qui frappe dès la première écoute de cet album d’Arid, intitulé «Little things of venom», c’est cette voix, un croisement improbable entre Jeff Buckley et Freddie Mercury, tous deux défunts. Jasper Steverlinck, puisqu’il s’agit de lui, écrit tous les textes et compose les mélodies avec le guitariste David Du Pré. Et une fois passé outre la surprise de cette voix attachante, on peut apprécier la qualité des mélodies d’une simplicité ne tombant jamais dans la facilité.

Le son, il est vrai, est remarquable pour un premier album d’un groupe qui n’avait rien enregistré avant cela.

J’étais dans un très mauvais groupe avant, nous a raconté Jasper. On jouait dans les bars et c’est comme ça que David m’a découvert alors qu’il cherchait un chanteur pour ses instrumentaux. Comme la musique qu’on faisait était plutôt bruyante, je criais plus que ne chantais. Là, maintenant, en studio, j’ai vraiment changé ma technique, apprendre à chanter sans gueuler, discipliner ma voix.

C’est en travaillant ensemble que Jasper et David créent véritablement le style d’Arid. Ils envoient une démo à Double T qui ne la remarque pas mais bien Reinert D’Haeve, le batteur d’Ash- bury Faith, que l’histoire retiendra- comme le réel découvreur du groupe. Il en reparle à Double T qui cette fois se précipite pour signer ce petit bijou. Bien décidé à leur donner les moyens pour un premier disque très réussi (les arrangements pour cordes sont de Piet Goddaer d’Ozark Henry). Le producteur choisi est Dave Anderson connu pour ses travaux avec les Fine Young Cannibals, les Sundays ou Edwyn Collins:

On avait reçu une liste des producteurs contactés par Double T. David Bottrill était inté -ressé mais il devait encore finir à ce moment-là le dEUS. Comme ni lui ni nous ne savions quand il en aurait fini, on a pré- féré ne pas attendre. Puis en rencontrant Dave Anderson, quand on lui a demandé ce qu’il voulait faire de nos chansons (sans lui dire ce qu’on avait en tête), il nous a dit tout ce qu’on voulait entendre. C’était vraiment lui qu’il nous fallait.

Arid a eu la chance de signer avec l’indépendant Double T (K’s Choice, Ozark Henry…) que distribue aussi bien en Angleterre qu’aux States Sony Music. La firme bruxelloise a beaucoup investi sur ce groupe débutant, lui offrant, en plus d’une pochette et d’un clip luxueux (par Patrice Toye, la réalisatrice de «Rosie»), les moyens pour réaliser un disque véritablement international. Sans parler du mixage à New York par le fameux Howie Weinberg qui a crié aux petits génies.

En plus, précise Jasper, l’investissement que fait Double T est prévu sur cinq albums. Un tel long terme, on n’en trouve plus chez les majors qui vous refilent un gros paquet d’argent, lancent le produit en l’air et, si ça retombe, vous plantent là.

Jasper écrit des textes très sensibles. Le terme Arid comme le visuel faisant allusion à une certaine solitude:

J’aime le côté purement brutal et émotionnel de ce sentiment. Dans l’aride, il y a une certaine pureté. Rien n’est plus honnête que la solitude.

Notre but est de toucher le plus de gens possible. On est prêts à faire ce qu’il faut pour ça. Pour certains qui nous accusent déjà d’être commerciaux, c’est négatif d’avoir un gros budget. Pas pour nous. C’est étrange cette mentalité typiquement belge: vous ne pouvez pas montrer vos ambitions. Pour certains, notre pochette cartonnée suffit pour nous haïr. C’est stupide comme position.

La comparaison avec Jeff Buck -ley est bien sûr éloquente. Pour Jasper, ce n’est pas un problème: La première fois que j’ai entendu Jeff, j’ai vraiment eu l’impression d’avoir trouvé mon «soul mate», mon frère…

THIERRY COLJON

Arid sera le lundi 3 mai au Botanique, avec le groupe danois Kashmir. Album «Little things of venom» (Double T/ Sony Music).

COLJON,THIERRY

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