Lhasa, voix exceptionnelle

Le deuxième album de Lhasa de Sela confirme la naissance d’une grande chanteuseMore...

 

Sept ans séparent le premier « La llorona » qui l’a révélée et le nouveau « The living road ». Lhasa de Sela a pris son temps, ne voulant pas se répéter ni céder à la pression engendrée par le succès tant critique que commercial de son premier album.

 

Il m’a fallu du courage pour évoluer, nous a avoué la chanteuse montréalaise. J’ai préféré ouvrir de nouvelles portes plutôt que de me laisser piéger par mon propre style. Je me sens très libre comme ça…

 

Artiste chantant en espagnol sur son premier disque – son père est mexicain et sa mère américaine, et elle a vécu des deux côtés de la frontière -, Lhasa s’exprime cette fois en trois langues (anglais, français et espagnol), avec des arrangements encore plus somptueux que précédemment et une palette d’instruments très variés. Quitte à ne plus demander à son complice Yves Desrosiers de produire l’album.

 

Au début, seul l’espagnol m’inspirait, pour un disque plongeant dans la nostalgie de mon enfance, quand je parlais espagnol. Ma réalité a changé : aujourd’hui, je parle français avec mes amis et anglais avec ma famille.

 

Lhasa a vécu au Mexique à l’âge de 1 à 4 ans et de 6 à 10 ans. Entre 4 et 6 ans, Lhasa a vécu, avec ses parents et ses trois soeurs, dans une communauté à la fois catholique et communiste, à peine hippie, quoi.

 

On vivait dans l’État de New York. C’était l’époque de la guerre du Vietnam et de la contestation. Mes parents étaient hippies bien sûr, tout en étant profs d’espagnol et d’anglais. Ils nous donnaient cours dans le bus avec lequel on a traversé plusieurs fois les Etats-Unis, jusqu’au Mexique.

 

A l’adolescence, Lhasa échoue à San Francisco : La ville a de fait une image de liberté, mais la réalité est toute différente. J’y ai vécu des moments difficiles, même si c’était surtout dû à mon âge.

 

A 18 ans, l’éternelle vagabonde part s’installer à Montréal où elle rencontre le guitariste Yves Desrosiers avec qui elle compose « La llorona ».

 

Musicalement, cette rencontre a été hyper importante pour moi, car on était vraiment sur la même longueur d’onde, on aimait les mêmes musiques. Avant Yves, j’ai chanté à Santa Fe, dans un groupe swing, entre blues et jazz. Peut-être qu’un jour j’y reviendrai.

 

« The living road » poursuit, en plus riche encore, le travail inauguré avec « La llorona », avec cette voix exceptionnelle la rapprochant des plus grandes chanteuses de blues, de fado, de bossa ou de morna.

 

La musique triste, forte et profonde m’a toujours attirée. Quand j’étais plus jeune, j’écoutais tous les jours Chavela Vargas. J’ai aussi beaucoup aimé Oum Kalsoum. Mais j’ai tenu à trouver mon propre style en n’écoutant pas tous les conseils qu’on me donnait. Je chante à l’instinct, ce que je ressens. Pour ce disque, je suis aussi restée imperméable aux conseils. Je savais où je voulais aller. Avant, avec Yves, en huit ans, il n’a rien fait que je n’aie adoré. Mais, pour ce disque, cette magie avait disparu. J’ai donc préféré faire appel à d’autres personnes pour m’entourer. Le processus n’en fut que plus solitaire. J’ai été très protectrice avec mes chansons. Tout était clair dans ma tête.

 

Signée par le label québécois Audiogramme et le français Tôt ou Tard, Lhasa n’a plus Atlantic (qui a supprimé son label jazz) pour la défendre aux Etats-Unis. Elle ne s’en consacrera que mieux au marché européen. Vivant à Montréal, Lhasa n’est pas sédentaire pour autant.

 

Je vis là où mon coeur me mène. J’ai vécu quelques années en France d’ailleurs. Mais Montréal est un endroit génial pour faire un disque. Ça coûte moins cher, on peut donc passer plus de temps en studio. J’y ai passé six mois à temps plein pour ce disque. Le rythme de vie est différent à Montréal. Et puis je n’ai pas soif d’exotisme. Je me suis assez transplantée comme ça dans le passé. Ça demande beaucoup d’énergie. Il me faudra de bonnes raisons pour encore une fois émigrer…·

 

Lhasa sera en concert au Cirque royal le mardi 16 (02/218.20.15) et au Concertgebouw de Bruges le mercredi 17 (050-33.20.14).

 

Album « The living road » (Tôt ou Tard-Warner).

THIERRY COLJON

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