Shirley et les garçons tiennent à Garbage Rencontre – Shirley Manson est venue seule pour parler de « son » groupe. Bleed like me

Shirley et les garçons tiennent à Garbage

Rencontre – Shirley Manson est venue seule pour parler de « son » groupe. THIERRY COLJON à AMSTERDAMrock

Garbage a bien failli disparaître si ses quatre membres n’étaient tenus par une folle envie de poursuivre l’aventure madisonienne.

L’album « Beautiful Garbage », sorti quelques jours avant le 11 septembre 2001, n’a pas rencontré le succès escompté et la tournée qui s’ensuivit se fit en grande partie sans Butch Vig, la figure emblématique du groupe, collé au lit avec une hépatite A. Des batteurs de remplacement, à sa demande, ont officié : On ne voulait vraiment pas annuler cette tournée, nous a raconté Shirley qui a retrouvé ses cheveux roux d’origine. Sinon, certains auraient dit que c’était en raison des ventes moyennes du disque. Les critiques avaient été bonnes pourtant. Cette tournée fut comme un combat. Ne pas tourner aurait condamné le disque. On ne savait pas combien de temps Butch serait malade. La suite, pour Garbage, n’a été qu’une cascade de contrariétés : Shirley a dû être opérée de nodules sur les cordes vocales, un camion s’est fracassé sur leur studio de Madison (Wisconsin) et puis, surtout, les premières sessions de ce quatrième album à paraître lundi, ont été assez catastrophiques, forçant chacun à rentrer chez lui et à reporter à plus tard l’enregistrement :

« Beautiful Garbage » n’avait pas été facile à faire. On avait l’impression d’être arrivé à la fin de quelque chose. Il fallait que ce disque-ci nous rende à nouveau heureux. Les problèmes rencontrés au sein du groupe n’étaient pas qu’artistiques. La dynamique en tant que groupe avait changé au fil des ans. Pour plein de raisons. Nous-mêmes avions changé. Butch s’est marié, Steve a eu un enfant… Quand on s’est retrouvés ensemble, personne n’avait l’énergie de se plaindre pour régler les problèmes qui étaient : que voulons-nous faire de Garbage ? Plus personne n’avait l’enthousiasme de passer autant de temps en studio, avec les samples et tout ça. On a donc décidé d’oublier ce que Garbage était et de plutôt faire ce que nous avions envie : un disque de rock.Tous, on avait envie de prendre une guitare, d’allumer le micro et de jouer.

Shirley l’Écossaise et les trois Américains (absents à Amsterdam car ils devaient répéter avec leur nouveau bassiste à Madison) ont donc préféré patienter plutôt que de se séparer. Ce qui donne l’album « Bleed like me », un disque rageur, sans fioritures, punk-rock à fond. Tout ça plutôt qu’une carrière solo pour Shirley : Depuis mon premier groupe, Goodbye Mr. MacKenzie, j’ai des offres de firmes pour un disque solo. Mais ça ne me dit rien. Là par exemple, les garçons me manquent déjà. C’est mon groupe. Pourtant, c’est vrai que depuis le premier jour d’enregistrement de ce disque de Garbage, je me suis dit : je m’en vais, j’arrête. Mais je les aime trop, ces trois mecs. On a une bonne alchimie. Ça me fascine. Il n’y a pas de leadership. On se soutient vraiment. Oui, j’ai 38 ans, mais Garbage est mon groupe. J’ai autant à dire que les autres. Ce qui me fascine dans un groupe, c’est que la musique est plus forte que les individualités. On le prouve sur scène.

Ceci n’empêche pas Shirley de mener à bien quelques collaborations annexes, comme cette reprise du « Don’t you want me » de Human League, avec Marilyn Manson, ou une participation à l’album des Queens of the Stoned Age : Je ne dis pas que je ne mènerai jamais de carrière solo mais pour le moment, je n’en ressens vraiment pas le besoin. Je suis comblée par mon idéal de démocratie au sein d’un groupe. Ce qui n’exclut pas les bagarres… Ce que je fais à côté, c’est pour le fun…

La suite pour Garbage, c’est la tournée qui passera par Werchter : La seule photo que j’ai de moi sur scène a été prise à Werchter. Je suis de dos devant ce public énorme. Je me suis vraiment sentie une rock star à ce moment-là…

Bleed like me

Garbage est un groupe de rock faisant de la pop. Une pop qui, jusqu’à « Beautiful Garbage », pouvait se montrer très bubble-gum. Pour ce quatrième album, l’humour et les boucles électroniques disparaissent, au profit d’une rage salvatrice. La présence de Dave Grohl (batteur de Nirvana, dont Butch avait produit le fameux « Nevermind ») est plutôt symbolique : Garbage est plus punk-rock que jamais, les guitares en avant toutes. L’ensemble, du coup, prend une teinte un peu monocorde, linéaire. « It’s all over but the crying » est la seule aire de repos dans ce déluge électrique qui prendra tout son sens sur scène. « Bleed like me » doit donc s’écouter à petites doses.

T. C.

Warner. Sortie le 8 avril.

COLJON,THIERRY

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