Zach, amoureux de Fairuz, de la France et du « Moribond »

Beirut vient enfin en Belgique. Avant le concert de ce mercredi au Bota, Zach Condon nous en dit plus sur lui.

Un gars, dénommé Zach Condon, qui vient d’Albuquerque, au Nouveau-Mexique, et qui, avant même d’avoir 20 ans, nous balance un premier album aussi prodigieux que Gulag Orkestar, croisement improbable entre David Byrne et Goran Bregovic. Voilà qui ne pouvait qu’attiser notre curiosité.

rencontre

Quand on le voit débarquer la tête dans les chaussures, dans la salle du petit-déjeuner de son hôtel bruxellois, on découvre une sorte d’étudiant presque banal, simple et modeste, parlant un français approximatif. Il accepte sans gêne aucune de nous en dire un peu plus sur lui.

« J’ai grandi dans une petite ville où la plupart de mes amis jouaient dans des groupes de punk-rock. Moi, ça me semblait bizarre, surtout d’un point de vue sonore. J’ai toujours attaché de l’importance au son. À 15 ans, j’ai découvert l’électro, qui me semblait plus neuf, plus moderne. Puis, ça a été la révélation de Tom Waits et des groupes européens. En fait, je dois beaucoup à mon frère aîné, qui vivait à New York quand moi j’étais encore à Albuquerque. Je lui demandais de me trouver des disques d’Ali Farka Touré et de Fairuz. C’est de là, de ma passion pour la chanteuse libanaise, que me vient le surnom de Beirut dont m’ont affublé les copains. Mon frère me trouvait des imports de world music que j’étais le seul de l’école à posséder. »

Jusque-là, on ne connaissait qu’un seul Condon : Eddie, guitariste, chanteur et chef d’orchestre de jazz (1905-1973). « Peut-être est-on lié, car mon grand-père avait un groupe de jazz à New York. Ma grand-mère, Francy, aussi. Elle m’a d’ailleurs donné des leçons d’accordéon. Mon père était saxophoniste dans un groupe appelé Sydney. J’avais 12 ans quand il m’a offert ma première trompette. Miles et Chet sont vite devenus mes héros. Mais je n’ai jamais été un virtuose. J’aime le son qui en sort, et surtout les couacs. »

Le premier album de Beirut, l’an dernier, fait l’effet d’une bombe. Confirmé cette année par l’éblouissant The flying club cup , candidat au titre de disque de l’année .

Mais comment le jeune Zach, aujourd’hui basé à New York et qui vient de passer plusieurs mois à Paris, en est-il arrivé à épicer sa musique de sonorités balkaniques ? « J’ai l’impression d’avoir toujours écouté cette musique sans m’y connaître vraiment. J’aime le son, une fois de plus. La première fois que j’ai rencontré des musiciens qui en jouaient, c’est via mon cousin d’Amsterdam. Il m’a beaucoup influencé, car lui n’écoutait que ça. J’ai finalement rencontré le Kocani Orckestar, avec qui j’ai joué à Paris. J’ai aussi croisé Bregovic, qui m’a dit qu’il me considérait comme son petit frère. Il est vraiment charmant. Je n’ai jamais joué dans les pays de l’ancienne Yougoslavie. C’est étrange, car on a joué à Istanbul, Athènes… en contournant la région. »

Zach, qui a beaucoup voyagé dans son jeune temps, sac au dos, connaît par contre très bien Bruxelles, et Jacques Brel qu’il reprend sur scène. « Je n’ai découvert Brel que récemment, dans le bus en tournée. Ainsi que Brassens, Aznavour, Gainsbourg. Un des musiciens avait une cassette de tous ces gens. Quand j’ai entendu la première fois “La valse à mille temps”, je suis devenu fou. Surtout l’orchestration, que je trouve très intelligente. Je reprends “Le moribond” sur scène, car j’adore aussi l’arrangement et le texte, cynique et ironique. »

Paris Brooklyn Albuquerque

C’est en France que Zach a conçu The flying club cup. Un pays qu’il a découvert à 16 ans, lors de son premier tour d’Europe : « J’ai dû venir à Paris trois fois. J’ai toujours voulu vivre là. J’ai toujours été attiré par la littérature et le cinéma français. Tout ça se retrouve aujourd’hui dans mon disque. “Nantes” est un hommage à Barbara et “Cherbourg”, au film Les parapluies de Cherbourg – que j’imagine être une ville triste. C’est en voyageant que j’ai appris le français, car à l’école, je n’y étais pas souvent. Je préférais voyager. Aujourd’hui, je vis à Brooklyn, parce que tout le groupe y est. Je m’y plais : tu y trouves tout tout de suite, et puis, le quartier change dès que tu t’absentes un peu trop longtemps. Ça bouge tout le temps. C’est la ville parfaite pour moi, même si j’adore rester cinq mois à Paris et que je retourne encore souvent à Albuquerque pour y voir ma famille et mes amis. J’ai enregistré mon disque là-bas, pour être au calme. C’est une chouette ville, finalement. »

Beirut est ce mercredi soir au Botanique. C’est complet !

THIERRY COLJON
Le site officiel de Beirut : http://www.beirutband.com/ 
Le myspace du groupe : http://www.myspace.com/beruit 
Sur Dailymotion, un ensemble de vidéos pour illustrer chaque chanson de l’album, filmées par la Blogothèque : http://www.dailymotion.com/flyingclubcup

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2 Comments

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