Wombats, le poil à gratter de la pop anglaise

 Trois petits gars de Liverpool, berceau des Beatles. Rencontre avec Matthew Murphy.

Si Clinic, Coral ou Zutons ont davantage rencontré un succès critique que public, les Wombats pourraient bien devenir la nouvelle sensation biberonnée dans le berceau des Beatles. Ça ne s’invente pas : Matthew Murphy et Dan Haggis ont grandi dans le quartier de Strawberry Fields ; et ils ont croisé la route de Tord Overland Knudsen au Liverpool Institute for Performing Arts, une école de danse, de comédie et de musique créée par sir Paul McCartney. « Je n’ai pas l’impression que beaucoup de célébrités soient sorties de cet établissement, avoue Matthew, chanteur, guitariste et parolier de ce nouveau gang. Je pense tout au plus à Sandy Thom, à Liam Lynch. A vrai dire, j’ai relativement peu suivi les cours. Pour nous, ces études, ce fut surtout l’occasion de pouvoir répéter et utiliser les studios gratuitement. »

On imagine mal Alex Kapranos rencontrer ses Franz Ferdinand sur un terrain de rugby, ou David Byrne affronter au foot ses futurs Talking Heads. Toujours est-il que les Wombats prétendent s’être connus en jouant au cricket. « Ça vous étonne ? En fait, je rêvais de devenir golfeur. Mais bon, je préfère faire partie d’un groupe que de travailler dans un supermarché… »

D’autant que lors de sa dernière année d’étude, Matthew a eu l’occasion de rencontrer McCartney, l’éternel rebelle qui se pointe en Reebok dans des soirées Adidas… « J’étais très fier de me retrouver face à lui. Il ne se prend pas pour une star. Ça a l’air d’être un mec très sympa. Il avait quelques trucs intéressants à raconter. Il a écouté quelques-unes de mes chansons. Qu’il a dit apprécier. Nous avons discuté de songwriting. Interrompus par un coup de téléphone de son avocat : l’ex-Beatle était en plein divorce. »

Les conseils de Paul McCartney

Il eut malgré tout le temps de dispenser quelques conseils aux herbivores Wombats. « Il m’a expliqué qu’il fumait beaucoup, à un moment. Et qu’il avait passé deux semaines pour trouver un seul mot. Moi, j’ai arrêté de “smoker”. Ça me bousillait les neurones. Sous “weed”, tu écris davantage. Davantage de merde. Enfin, je dis ça, mais j’ai créé la plupart de nos chansons pendant des gueules de bois. »

Matthew a mis beaucoup de lui dans A guide to love, loss and desperation, le premier album du groupe. Ses chansons, qui parlent la plupart du temps de l’amour et des femmes, sont très autobiographiques. Teintées d’humour. D’ironie. De noirceur. « Patricia the stripper » évoque une pute dont il est tombé amoureux : « C’était le jour de mes 18 ans. C’était en quelque sorte un cadeau. Elle était plus vieille que moi. On devrait peut-être parler d’autre chose, non ? Ce disque traite, d’une manière générale, de relations humaines. Je n’écris pas des chansons pour être dans un groupe. Je conçois plutôt la genèse des morceaux comme une sorte de thérapie. »

« Dansons sur Joy Division et célébrons l’ironie. Tout va mal mais nous sommes si heureux », chante Matthew sur un des singles. « Notre morceau s’appelle “Let’s dance to Joy Division”, mais il aurait tout aussi bien pu s’intituler “Let’s dance to Radiohead” ou “Let’s dance to Nick Drake”. On était dans un club avec mon ex, en train de danser sur les tables, et je réalisais que mieux on se connaissait, plus on devenait intimes, et plus les choses tournaient mal. J’ai donc eu envie d’écrire une chanson sur le fait que même en sachant que les choses allaient tôt ou tard empirer, nous étions heureux. »

C’est comme ça que le Wombat voit la vie. Carpe diem façon Le cercle des poètes disparus. Profite du moment présent sans penser à demain. C’est déjà un autre jour.

The Wombats proudly present

A guide to love, loss and desperation

Ils n’ont pas inventé le bidet à deux places, mais avec leur pop entêtante et potache, leurs mélodies de poche débordant de « ouh ouh ouh » et de « na na na », les Wombats (rien à voir avec des marsupiaux australiens trapus) font sautiller l’Angleterre. Enregistré au Pays de Galles – « un endroit perdu avec des moutons et des lapins » –, cet album est un concentré de mini-tubes jetables et de chœurs enjoués. Un croisement entre Kaiser Chiefs, Futureheads et Maxïmo Park. Le produit est frais. Reste à s’interroger sur sa date de péremption.

Rough Trade.

BROQUET,JULIEN

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