Nada Surf a sorti la tête de l’eau

Les surfeurs mélancoliques sortent leur cinquième album. Du rock académique sans grosse surprise.

Citez-moi trois chansons de Nada Surf. « Popular » ? Oui, mais encore ? Euh… « 880 Windows », « Always love », ça ne vous dit rien ? Mouais. Nada Surf est certainement une de ces formations dont le nom et la réputation résonnent beaucoup plus que la musique. Malheureux résultat de la pachydermique médiatisation de l’industrie musicale américaine, le trop rapide succès initial du groupe l’a élevé au rang des plus grands le temps d’un été, histoire de tomber, parachute troué, avec un deuxième opus mal reçu aux States, The proximity effect (1998).

Longue période de remise en question, opaques méandres introspectifs. Quatre années hors circuit pour le trio new-yorkais fondé par Matthew Caws et Daniel Lorca. « En fait, ce que nous avons toujours voulu faire, c’était de commencer tout petit et de grandir progressivement. Maintenant, on sait que notre succès n’est pas un simple phénomène de mode éphémère. »

Le groupe sort donc la tête de l’eau en 2003 avec Let go, troisième album apprécié de part et d’autre de l’Atlantique, avant de renchérir deux ans plus tard avec The weight is a gift.

Lucky est donc annoncé comme le cinquième LP d’un groupe rock mainstream américain qui semble avoir trouvé une certaine harmonie. « Lucky renvoie plutôt à une humeur, une reconnaissance de la chance qu’on a d’être en vie et de pouvoir en faire ce qu’on veut. C’est un peu le constat que je fais en sortant d’une période difficile, et qui me donne envie de mieux faire les choses. »

Une maturité lucide

Lucky offre de belles mélodies (« See these bones », « Beautiful beat ») et transmet sa gratitude tout en mélancolie (« Here goes something ») dans des clés souvent mineures, s’acharnant sur des variations autour du rythme 4/4. L’éternelle structure de la chanson rock standard : couplet 1 – refrain – couplet 2 – bridge – refrain bis. Un bon album de rock standard qui sent le déjà-vu et manque parfois d’originalité.

On ne se lasse cependant pas de cette voix, qui se risque à des exercices lyriques (« Who’s authority »). Sous des dehors optimistes, Matthew reste pourtant tourmenté et sceptique : « Une des grandes questions qui m’obsèdent, c’est l’écart entre les choses que l’individu veut faire et ce qu’il fait vraiment. Je ne sais pas si tu te lèves tôt et si ton appart est clean, mais moi pas [rires]. » Une attitude qui se retrouve dans la façon de composer : « Chez moi, j’ai plein de cassettes avec des petits morceaux de chansons, souvent dix ou vingt secondes. Et je n’ai jamais eu le courage de les réécouter : c’est trop horrible ! »

Si, dans son nouvel album, le groupe parle beaucoup des sentiments personnels – la désillusion amoureuse, en particulier – et des expériences humaines, l’écriture se risque à un message politique dans « The fox », le meilleur titre de Lucky. « La situation politique américaine est purement merdique ! Il n’y a plus d’intelligence. Mon candidat préféré est de toute évidence Dennis Kucinich, fervent militant pour le retrait des troupes en Irak et une négociation pacifique avec l’Iran. Maintenant, il faut éviter de favoriser les républicains en détournant les votes démocrates vers de petits candidats, comme en 2001. »

Lucky (V2), sortie le lundi 4 février.

Au Botanique le 25 février (02-218.37.32, www.botanique.be ).

www.nadasurf.com

VALERIAN MEUNIER (St.)


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3 Comments

  1. Gilles

    15 janvier 2008 à 16 h 10 min

    “Nada Surf est certainement une de ces formations dont le nom et la réputation résonnent beaucoup plus que la musique.”

    La revue des albums dénote que l’auteur ne connait manifestement pas le groupe, dont la musique, bien que dans un style commun (pop-rock) a de nombreuses qualités.

    “The proximity Effect” est en effet un échec commercial, mais qui est imputable à leur maison de disque qui ne croit pas en l’album qui ne sort même pas en Europe au début. Celui-ci est pourtant un excellent album et un succès critique.
    “Let Go”, mieux commercialisé, connait un succès plus important, bien que relatif. C’est aussi un excellent album.
    Par contre, “The Weight is a Gift” est une déception pour les amateurs du groupe. Un album sans originalité et à faible valeur artistique.

    Etant actuellement en Chine jusqu’au mois de juin, je ne peux malheureusement pas me prononcer au sujet du dernier album.

    Allez, cinq bonnes chansons pour ceux que cela intéresse de découvrir le groupe en vitesse : “Hyperspace”, “80 Windows”, “The Voices”, “Blizzard of 77”, “Killian’s Red”.

  2. Lionel

    23 janvier 2008 à 0 h 28 min

    Sans oublier les magnifiques Slow Down, Bacardi et Inside of Love…
    Pour le reste, je confirme le commentaire de Gilles.

  3. Ju

    21 février 2008 à 15 h 13 min

    Une chronique de Lucky disponible à cette adresse:

    http://www.desoreillesdansbabylone.com/2008/02/nada-surf-lucky-2008.html

    Musicalement,

    Ju.

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