L’aventurier des amours suprêmes

darc120.jpg Trois ans après « Crève cœur », Daniel Darc, ressuscité, revient avec dix chansons passionnelles. Et Alain Bashung pour un somptueux duo. On retrouve la valse des mots lumineux, entre amours passionnelles, remords et belle mort.

entretien

Daniel Darc n’a pas changé. Il tangue toujours sous le poids de ses doutes et de sa grandeur d’âme. De ses passions folles comme de sa moralité sans concession. Le passif est trop lourd, sa vie, trop chargée, jamais il ne sera comme un autre. Il est Daniel Darc, avec ses extrêmes qui ne le débarrasseront jamais d’une certaine forme d’autodestruction. Il va mieux, mais sa peau tatouée jamais ne sera sauvée. Face à une Duvel qui est loin d’être la première de la journée, il souffre toujours en parlant de lui. Comme si la rédemption lui était interdite.

En quoi le succès de « Crève cœur » a changé votre vie ?

On croit que je suis bourré de thunes. Mais c’est faux. J’étais criblé de dettes. Tout l’argent que j’ai touché s’est envolé. J’ai donné une grande partie pour une cause qui me tient à cœur – dont je ne veux pas parler. J’en ai refilé à des amis qui étaient dans la merde. Ce n’est pas héroïque. C’est ça, la vraie amitié, pour moi. Et puis voilà. J’ai payé mes dettes dans tous les sens du terme.

Le succès vous a-t-il aidé à mieux vous accepter ? Le fait de savoir que tant de gens vous aimaient, aimaient votre musique…

Oui, ça m’aide. Forcément. J’ai l’impression d’être utile. C’est surtout ça. Je vis un truc bâtard, comme Art Pepper ou Chet Baker en ont vécu. Je ne dis pas que j’ai autant de talent qu’eux. Ils étaient de race blanche et faisaient une musique noire. Le rock’n’roll, c’est une musique anglo-saxonne et moi, je la fais en langue française. C’est comparable.

Leur vie influait énormément sur leur musique. Comme vous… Sauf qu’aujourd’hui, vous semblez plus heureux, plus amoureux…

C’est marrant, vous êtes le premier à me dire ça. Mais je comprends. Quand j’ai fait Crève cœur, j’étais baptisé depuis peu. J’avais encore la foi du nouveau converti. Elle est toujours là, et j’espère qu’elle continuera toujours, mais entre-temps, il y a eu, je ne sais pas si ce sont des problèmes, mais le temps a passé. C’est comme une relation d’amour. D’abord, tu baises toutes les cinq minutes. Après, ça évolue, tu lui tiens la main. Puis, ça fléchit. C’est différent de l’amour, c’est moins expansif. Oui, je suis amoureux de l’amour. Et puis, il y a la femme, mon grand amour, mais avec qui je ne vis plus. On se voit et on se parle encore. Elle est toujours présente. J’étais en train de faire le deuil sur Crève cœur. Là, je me suis dit : on verra plus tard pour le deuil. Je m’en fous. En même temps, je suis toujours dans une période de grande dépression. Mais je parviens à mieux communiquer, à moins être replié sur moi-même. Je ne comprends pas et je ne crois pas ceux qui disent : j’aime bien mes disques et je m’en fous si personne ne les achète. Mon cul. Tu fais un disque pour que les autres l’entendent. Un pote m’a dit quelque chose de très beau : « La vie n’est magnifique que pour ceux qui survivent. »

Le passé reste très présent. Vous parlez dans le disque de remords, de votre vie sur scène qui fut un enfer, de vie gâchée, de vie mortelle.

On a tous ça. J’essaie de m’en débarrasser. Avant, j’étais démoli si je voyais un article me traitant de nul. Plus maintenant… C’est vachement douloureux de parler de tout ça, en fait. Très éprouvant…

On retrouve sur ce disque Bashung, avec qui vous avez partagé la minitournée des Aventuriers d’un Autre Monde. Pourquoi avoir fait cette tournée alors que vous terminiez la vôtre et que les concerts vous rendent malade ?

Je suis malade de trac, mais j’aime le public. Je ne connaissais pas Raphael et ça me plaisait de le rencontrer. Cali, sa musique, ce n’est pas spécialement mon truc, mais je trouve le mec bien. Bashung, on se connaissait déjà. D’ailleurs, quand il n’y avait pas assez de loges, on se retrouvait toujours à deux dans la même. Bashung, c’est un mec génial. Il m’émeut. J’adore sa façon d’interpréter les textes. C’est incroyable. Et puis, c’est un mec tellement gentil. Mais vraiment, fondamentalement, profondément gentil. Il est héroïque. Il a vécu des trucs durs, il a été extrêmement malheureux, je crois. C’est quelqu’un de bien.

COLJON,THIERRY

Amours suprêmes ***

Difficile, pour ne pas dire impossible, de faire mieux que Crève cœur. On peut dire qu’il n’y a ici que dix morceaux… Toujours aussi torturé et seul face à la mort, Daniel n’en est pas moins amoureux de la vie et des mots. On retrouve l’un et l’autre dans ce disque fulgurant, réalisé et composé, comme le précédent, par Frédéric Lo. Robert Wyatt et Bashung sont les guests d’enfer (sans parler de la petite Morgane de Cocoon, déjà révélée par Murat) d’un disque prenant, à la fois tendre et désespéré. Mais avec cette petite lueur d’espoir qui est comme un fil rattaché à la survie.

Mercury – Universal.


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