Slash par Slash

 Au même moment où Velvet Revolver se sépare de son chanteur, l’ex-guitariste de Guns N’ Roses se raconte, non sans humour, avec une étonnante sincérité dans une passionnante autobiographie.

Dans le genre autobiographie typiquement rock’n’roll, on pensait avoir tout lu avec Walk This Way d’Aerosmith, Scar tissue d’Anthony Kiedis ou Dirt de Mötley Crüe. C’était sans compter sur celle de celui qui est né le 23 juillet 1965, à Stoke-On-Trent, Angleterre, la ville où est né Lemmy Limister de Motörhead vingt ans avant moi précise Slash en introduction de sa biographie uniquement disponible, pour l’instant, en anglais. Fils d’une mère afro-américaine et d’un père artiste peintre anglais, Saul Hudson -pour l’état civil- raconte avec une bouleversante sincérité un parcours aussi potache, destroy et incroyable qui fait de lui un véritable miraculé de la vie autant qu’un guitariste respecté.

Sa jeunesse chaotique et déjà rock’n’roll où le même pas encore adolescent arpente le bitume d’Hollywood sur son BMX avec ses potes dans le même esprit que les jeunes skateurs dans le formidable Wassup rockers de Larry Clark, la dope en plus. La drogue tient une bonne place dans le livre de cet hédoniste autodestructeur qu’est Slash.

Mais si cette autobiographie si passionnante, c’est par la foule de détails et d’anecdotes qu’elle contient. Sa passion pour la guitare, ses cuites carabinées, sa rencontre avec les futurs Guns N’Roses, ses relations compulsives avec les filles, son rapport aux opiacés, ses parents, sa première « rehab », les tournées avec Mötley Crüe ou Aerosmith, les répétitions et enregistrements, bref Slash dit tout. Parfois avec pudeur et diplomatie, parfois sans retenue. Intéressant de découvrir de l’intérieur le fonctionnement de Guns N’Roses, sauvage formation cramée par les drogues et par l’égo et les caprices de son chanteur, Axl Rose, être extrêmement complexe. Ce dernier en prend d’ailleurs pour son grade parce que Slash explique pourquoi il a quitté la formation et comment Axl a mené une campagne de presse mensongère pour jeter le trouble au sein de Velvet Revolver, le nouveau groupe rédempteur du guitariste.

Le livre ne manque pas d’humour, non plus. Allez, un exemple parmi tant d’autres. Lors d’un repas à l’occasion de la première tournée japonaise des Guns avec des pontes de la maison de disques, un grand promoteur et des gens de l’industrie parmi lesquels se trouvent des membres de la mafia japonaise, l’interlocuteur du groupe suggère aux musiciens de masquer leurs tatouages (signe d’appartenance à une « famille ») afin de n’offenser personne. Inutile d’ajouter que toute la clique passera à table les bras nus…

On apprend également que Martin Chambers, des Pretenders, a passé une audition pour remplacer Steven Adler au sein des Guns’n’Roses, que Slash jouait avec la formation originale de Chic à Tokyo la veille du décès de Bernard Edwards, que le personnel de studio de Michael Jackson ressemble à des grooms d’un hôtel cinq étoiles ou que Sly Stone débarquait régulièrement au domicile de Duff consommer du crack dans sa salle de bain.

Aujourd’hui père de deux garçons, Slash se faisait une joie de repartir sur la route avec Velvet Revolver dans la foulée du deuxième album Libertad. Alors que le groupe était encore sur la scène de l’Ancienne Belgique dimanche dernier, on apprenait que Slash, Duff McKagan, Matt Sorum et Dave Kushner ont décidé de se séparer de leur chanteur Scott Weiland en raison, entre autres, de son comportement de plus en plus chaotique sur scène et de ses problèmes personnels. Ce qui confirme ce que Slash évoque en fin de livre : la poisse qu’il a, d’une manière ou d’une autre avec ses chanteurs.

Ah oui, le bouquin contient une solide volée de chouettes photos, ce qui ne gâche rien, que du contraire.

Philippe Manche

Slash par Slash (avec Anthony Bozza), 460 p. chez Harper Collins. Prix 33,35 euros.


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