Moby, l’oiseau de nuit

« Last night », nouvel album de Moby, ressemble à ce qu’on entend dans les soirées chapiteaux en Wallonie et les magasins de musique à la côte belge. Il confirme aussi le déclin du plus célèbre des végétaliens

entretien

 Moby s’en retournera peut-être, un jour, au rock d’Animal Rights. Il n’exclut rien et aime le changement. En attendant, pour l’instant, Richard Hall, alias Moby, préfère la dance, la house et la techno. La preuve avec Last Night.

Votre nouveau disque reflète-t-il une nouvelle jeunesse ?

J’habite dans le Lower East Side depuis vingt ans et c’est là que la plupart des bars et des clubs se trouvent à New York. C’est le quartier de toutes les tentations. Elles sont là, devant ton nez, dès que tu sors de chez toi. Tu peux passer la soirée dans un endroit très différent tous les jours. J’ai commencé à sortir en 1981. J’avais quatorze ans. La scène dance new-yorkaise est très éclectique. J’aime l’ouverture d’esprit de ses musiciens et DJ. Il y a une tradition black, latino, gay…

Je devrais peut-être me calmer mais je sors tous les soirs. J’ai voulu enregistrer un disque qui parle de ma vie à New York. Du fait que j’y sorte trop souvent. Last Night est un hommage, une lettre d’amour, un « tribute » adressé à la scène dance new-yorkaise. Elle est en grande forme.

J’ai aussi voulu enregistrer un disque que mes copains apprécient et que mon ex-petite amie puisse écouter avant de sortir. Je ne réfléchis pas en termes de ventes. Surtout dans l’industrie musicale d’aujourd’hui.

Quel est le concept de « Last Night » ?

J’ai essayé de condenser une nuit de sortie à New York City en un album d’une heure environ. Mais j’espère que le disque fonctionne sans que l’on soit au courant de l’idée qui l’a dirigé.

Comment se déroule, pour vous, une nuit typique dans la ville qui ne dort jamais ?

Elle commence au restaurant. Avec des amis. Puis elle se poursuit dans un bar. J’aurais du mal à vous donner des adresses. Tout change si vite à New York. Un endroit dans lequel tout le monde va aujourd’hui peut très bien être fermé dans six mois. Bref, après on fait la fête. On passe de bars en clubs, de clubs en bars. A cinq heures, tu te retrouves généralement dans un appart. En fonction de mon état d’ébriété, je choisis la musique ou je laisse les autres décider. Tu rentres normalement chez toi vers six ou sept heures du mat.

Le disco revient à la mode ?

Dans les années 1970, le disco était glamour à New York. Andy Warhol, Liza Minelli, Mick Jagger allaient danser au Studio 54. Les gens de DFA, les Scissor Sisters et moi-même sommes inspirés par cette période. J’aime Donna Summer, Diana Ross, Teddy Pendergrass.

Comment ont atterri sur le projet tous vos invités ?

La plupart sont des amis. Des gens avec qui je passe mon temps à New York. Ils viennent chez moi. Je leur cuisine un truc et on fait de la musique. Nabeelah est algérienne. Elle était en vacances à New York. Quand je l’ai rencontrée, elle chantait du James Brown dans un bar karaoké. Abd Al Malik, je l’ai découvert pendant un de ses concerts en France et j’ai tout de suite apprécié son approche de la musique. Quant à Grandmaster Caz, c’est un rappeur new-yorkais des seventies. Un MC old school membre des Cold Crush Brothers.

Tant qu’on parle hip-hop, on se souvient que vous étiez en conflit avec Eminem.

Il a trouvé d’autres personnes à détester depuis. A la fin des années 1990, la culture américaine a mal tourné. On décelait beaucoup d’homophobie, de misogynie dans le rock comme dans le rap. Ça va mieux aujourd’hui.

Il paraît que vos opinions politiques vous ont déjà valu des menaces de mort. Mais vous penchez plutôt pour Obama ou pour Clinton ?

Ils feraient tous deux de bons présidents. Ils sont intelligents. Les choisir serait adresser un message positif au monde. Démontrer que nous ne sommes pas aussi fous que notre politique l’a laissé supposer ces dernières années. Oui l’Amérique est prête pour un président noir ou de sexe féminin. Tout y change très vite. Au début des années 1980, personne ne voulait entendre parler du rap. Ni les chaînes de télé ni les stations de radio n’en faisaient écho. Aujourd’hui, il est partout.

Last Night

Il ressemble à ce qu’on entend dans les soirées chapiteaux en Wallonie et les magasins de musique à la côte belge. Il confirme aussi le déclin de Moby depuis le début du troisième millénaire. Ça ne nous rajeunit pas. La sortie de Play remonte déjà à 1999.

Enregistré dans son home studio new-yorkais, le neuvième album de Richard Hall marque son retour vers la dance et l’électronique. A force de jouer les DJ, le petit Américain végétalien s’est senti obligé d’en revenir à la musique de boîtes de nuit. Des beats qui rappellent les années 80, des morceaux sans surprises chantés par une cohorte d’invités (Abd Al Malik, Grandmaster Caz, Sylvia du groupe Kudu)… Last night plaira sans doute à ses fans de longue date mais de là à prétendre qu’il peut relancer l’arrière-petit-neveu d’Herman Melville vers les publicités du monde entier, il y a de la marge.

EMI

JULIEN BROQUET


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1 commentaire

  1. jisco

    8 mai 2008 à 19 h 07 min

    Très heureux pour les spectateurs gratuits de Moby. Mais, habitant à 300 m. du Café Belga, je peux vous dire que, pour nous et tous les habitants du quartier Flagey, ce fut une catastrophe. Comme il faisait beau, nous avions, pour la plupart, laissé nos fenêtres ouvertes: on ne pouvait même plus se parler dans les appartements tellement la sono était forte. Quant à entendre le téléphone, il fallait oublier.
    Faut-il vraiment pousser aussi haut les décibels? Les organisateurs de ce genre d’événements ne pourraient-ils penser à leurs voisins?

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