Andy Butler, l’Hercules du disco

Andy Butler, DJ et producteur américain mordu de disco seventies ainsi que de tout ce qui groove, a eu la chance de bénéficier du soutien de James Murphy (LCD Soundsystem) et, surtout, de son écurie DFA pour s’installer progressivement et préparer le projet qu’il mûrit depuis plus de cinq ans. Soit Hercules and Love Affair, et un album éponyme hédoniste et dansant qui rappelle les Yazoo ou Bronski Beat d’antan. Sauf que le son et la production sont résolument modernes et contemporains.

Et Andy de s’entourer, comme le ferait n’importe quel producteur, d’artistes capables d’épouser au mieux les contours d’une musique festive et mélancolique. C’est là qu’on découvre la voix magnifique, troublante et délicate d’Antony Hegarty (d’Antony & The Johnsons), sur ce qui restera sans doute comme un des tubes de l’année, l’envoûtant « Blind ».

Rencontré à Bruxelles il y a plusieurs mois, l’affable et avenant Andy Butler se réjouissait déjà de défendre son album sur scène et d’emmener le spectateur dans la danse. « Ce sera infiniment cool, s’extasie-t-il. Il y aura forcément une basse, une batterie, mais aussi une trompette, un trombone, une volée de claviers et de boîtes à rythmes. Il y aura également deux chanteurs – mais, malheureusement, pas Antony, qui travaille sur son propre album. Nous nous connaissons depuis une dizaine d’années et nous nous sommes croisés dans l’East Village. On se fait écouter des disques, on se montre des films. Et comme on traînait souvent ensemble, j’étais curieux d’entendre sa voix sur des sonorités électroniques. C’est quelqu’un d’incroyablement doux et généreux. »

Basé à New York, Andy a-t-il le sentiment que la ville renaît de ses cendres et retrouve sa vitalité des années 70, quand les clubbeurs s’abandonnaient jusqu’au petit matin sur les dance-floor ? « C’est difficile à dire, mais c’est vrai qu’il y a toute une nouvelle scène de clubs qui émerge. Le milieu des années 90 a été terrible. C’était l’époque où Rudolph Giuliani et son administration délivraient des licences au compte-gouttes. Résultat, des bars lounge se sont ouverts. » De là à comparer les années Bush aux années Reagan ? « Je pense que pendant tout un temps, les gens jouaient du disco uniquement lors de mariages ou dans les clubs de bowling. On mettait du disco à n’importe quelle fête et il y avait toujours quelqu’un pour grimper sur une table et se mettre à danser. Par contre, c’est vrai que l’âge d’or du disco a rimé avec la liberté sexuelle et l’apparition du sida. Je suis convaincu qu’à l’époque, le disco véhiculait beaucoup de sincérité et s’imposait comme la musique festive par excellence. »

Au disco, encore, de dresser des passerelles entre musiciens d’autres cultures. « C’est exactement ça, concède Andy. Tu invites en studio un musicien de jazz et tu lui demandes de se laisser aller. Tu peux faire la même chose avec une section de cordes. C’est rafraîchissant et très excitant. Et c’est ce que j’ai essayé de faire avec ce disque. Certains des musiciens de l’album viennent du monde du jazz. Ils sont bien sûr talentueux, mais ils ont pris beaucoup de plaisir à jouer du disco. Parce que pour eux, le disco est une musique libre et ouverte. »

Dimanche (15h30 – 16h30), Pyramid Marquee.

Album DFA – EMI.

MANCHE,PHILIPPE

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