Le voyage experimental d’Octurn

Octurn au Gaume Jazz Festival - DRMême pour l’assistance du Gaume Jazz, incitée à l’ouverture et la curiosité depuis 23 ans, la musique proposée par l’ensemble Octurn reste une expérience imprévisible, tant sa complexité souvent abstraite l’écarte du commun : 7 eyes, avant-première d’une toute nouvelle création du groupe (qui ne sera présentée en version définitive qu’au printemps, au KVS), constituait l’un des évènements à risques du festival de Rossignol.

Un voyage étrange de 70 minutes dans les sonorités électroniques de Gilbert Nouno, sur les textes chantés ou scandés à mi-voix par Lynn Cassiers, doublés d’extraits de comptines, de polyphonies audacieuses qui captivent ou exaspèrent et participent bien par leur dimension controversée, du caractère de la manifestation. « Je ne cherche pas forcément les groupes qui font l’unanimité explique Jean-Pierre Bissot, meneur du festival. Une programmation, c’est comme des ondes physiques avec des oscillations, des hauts et des bas… Et il faut parfois accepter de se laisser entraîner vers des extrêmes. Je propose des émotions multiples, et le public, qui est adulte, peut exprimer ses choix. Par ailleurs, c’est une fierté pour moi qu’un groupe reconnu par la Communauté flamande téléphone à un festival wallon pour proposer son nouveau projet. Démonstration que les barrières ne sont pas forcément là où on veut les mettre. »

Au saxophoniste et compositeur d’Octurn, Bo Van Der Werf, nous avons demandé quels étaient le point de départ et les principes d’écriture d’une composition abstraite comme 7 eyes. « Les principes sont multiples. Le processus diffère pour chaque morceau. Jozef Dumoulin et moi les avons composés. Il me propose une série d’accords et je lui propose la rythmique. Ou alors, à l’inverse, nous partons des rythmes. Nous avons travaillé très étroitement aussi avec Gilbert Nouno afin que l’électronique ne soit pas juste une couleur supplémentaire mais un élément essentiel de la composition. Et on travaille beaucoup aussi avec Lynn Cassiers pour le texte. Le défi de ce projet tient à ce mélange d’électro avec une rythmique plus organique. »

Le tapis rouge de la rythmique

Le terme « musique expérimentale » peut faire penser à des essais aléatoires en direct. Or, pour Octurn, l’écriture et l’exécution restent très précises. « Il y a beaucoup de combinaisons possibles qui amènent des variations à chaque concert. Mais le processus de composition doit être défini afin que les différentes échelles musicales puissent vivre ensemble sereinement. »

L’excellente rythmique de Chander Sardjoe et Jean-Luc Lehr constitue l’élément le plus « figuratif » de ces tableaux sonores et représente en cela un repère important pour l’auditeur.

« Je partage cette sensation. Nous travaillons depuis des années sur ce point d’ancrage rythmique basse-batterie. Chander et Jean-Luc sont tellement soudés. Pour nous c’est un tapis rouge. »

Durant le concert une partie du public semblait captivée de bout en bout, mais une autre proportion non négligeable avait quitté le chapiteau bien avant la fin du « trip ». « Nous vivons cela très bien. Notre travail implique que nous soyons les plus honnêtes possible avec notre musique. Les gens ont le droit de ne pas aimer. C’est l’histoire personnelle de chacun, avec laquelle nous ne pouvons pas interférer. »

André JOASSIN


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