Madensuyu la dernière pépite du rock belge

29_madensuyu2.jpgRencontre à la maison avec le duo gantois Madensuyu fort d’un univers tendu, envoûtant, mélancolique et hanté.

 Il y a comme cela des groupes qu’on découvre au hasard ou au gré des rencontres. Et lorsqu’on s’immerge dans ce nouvel univers, on s’en veut presque de ne pas avoir découvert plus tôt une formation – c’est le cas avec Madensuyu – foutrement originale et atypique. En ce qui nous concerne, c’est via la bande originale du film de Koen Mortier Ex-Drummer qu’on succombe à ce tsunami de tension qu’est le morceau Papa bear, extrait de A field between, premier album de Madensuyu (2006).

Quasi au même moment, Arno se prend une claque lorsqu’il entend A fied between au bistrot de son quartier et craque complètement au point de proposer aux Gantois d’assurer la première partie du plus célèbre des Ostendais à Forest-National. « C’était évidemment un grand moment », se souvient aujourd’hui Pieterjan Vervondel, l’étourdissant batteur au volant de sa voiture dans les rues de Gand. Stijn, l’autre moitié du duo, assis sur la banquette arrière acquiesce. Le duo, qui joue ensemble depuis 1992, propose de nous emmener dans une galerie tenue par l’artiste photographe Jan Mast. C’est là que Pieterjan et Stijn ont installé leur matériel afin de préparer un concert spécial le 20 mai prochain au Vooruit à Gand.

Un concert avec un visuel conçu par Jan, justement et qui mixe sur écrans images du groupe et photos personnelles prises aux quatre coins du globe. PJ, toujours au volant nous explique aussi le plaisir et la fierté d’avoir ouvert un concert du Ronaldo des platines qu’est le Brésilien Amon Tobin. « On devait aussi faire la première partie d’un de nos groupes favoris à Stijn et à moi, des Butthole Surfers, poursuit l’affable batteur. Mais finalement, ils ont annulé. Et heureusement qu’après avoir ouvert pour Arno, Tobin et les Butthole Surfers, on n’aurait pas trouvé mieux et on se séparait », termine-t-il dans un demi-fou rire.

En passant l’après-midi dans le jardin de Jan à siroter un Madensuyu (le nom du cocktail s’est imposé à notre hôte), breuvage à base de vodka, campari, jus de pamplemousse et eau pétillante, on découvre deux jeunes gens (ils ont une petite trentaine d’années) fins, charmants, sensibles et un peu romantiques aussi. Si Stijn avoue ne pas comprendre le monde dans lequel il vit et assume la frustration qui va avec, Pieterjan est plus optimiste. Et décrypte le titre du fulgurant deuxième album D is done. « D is done, c’est un peu comme Damage is done. Mais ce n’est pas parce que tout s’écroule, qu’il faut sombrer. »

Dans le cas de Madensuyu – nom emprunté à une source d’eau minérale turque – c’est tout le contraire. Stijn et PJ se sont rencontrés à l’école Don Bosco de Zwijnaarde (Gand). C’est la maman de Stijn qui embarque tous les matins le jeune PJ. Les adolescents écoutent dans l’autoradio, les cassettes concoctées par Stijn où défilent les chansons des Pixies, de Ministry, de Sonic Youth ou des œuvres de Beethoven. C’est Stijn qui a poussé PJ à sortir du bois et en lui proposant d’acheter une guitare. Et harcèle le futur batteur au téléphone. « Parfois, je devais demander à ma maman de dire que je n’étais pas là », sourit Pieterjan.

Très vite, pourtant, les deux compères trouvent un équilibre et attendent le vendredi avec impatience. Chaque vendredi, après une semaine pénible d’école, Stijn et PJ répètent de 17 à 21 heures. « C’est vraiment ce qui nous a permis de tenir » résume Stijn aujourd’hui.

Admirateurs d’autres duos comme The Kills, Two Gallants ou The Chemical Brothers, Stijn et Pieterjan forment une étrange et redoutable paire artistique. Comme si l’eau (minérale), le feu, la lave en fusion ou un ciel lézardé d’éclairs cohabitaient à l’intérieur d’une même chanson pour un résultat aussi touchant que vénéneux.

Madensuyu en concert le 20 mai au Vooruit à Gand. Toutes les infos concerts sur www.myspace.com/madensuyu

D is done

Sorti fin de l’année dernière, le deuxième album de Stijn et de Pieterjan est une merveille d’énergie et de tension. Entre rythmique tribale extrêmement physique et une guitare et une voix mélancolique à souhait, Madensuyu rappele parfois The Fall ou le Cure des débuts. Avec ce petit quelque chose (le talent ? l’originalité ?) qui fait de ce D is done est un disque d’aujourd’hui voire de demain. La toute grosse claque !

PHILIPPE MANCHE


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3 Comments

  1. Benny

    30 avril 2009 à 9 h 29 min

    En tout cas, je les ai vu à l’Eden il y a un mois et ce ne m’a pas botté du tout. Mais faut dire que leur ingé-son avait dû pousser les curseurs un peu trop haut car ça allait trop fort et faisait une soupe inaudible.
    Mais ça ne m’a vraiment pas laissé un super souvenir. Faudrait que j’écoute sur disque pour voir…

  2. zaza

    30 avril 2009 à 9 h 32 min

    Ca ne semble pas vilain du tout mais, une fois de plus, des termes comme “pépite” sont exagérés.

  3. Lo

    11 juin 2010 à 21 h 39 min

    Plus que d’accord avec Mr Manche !
    Cet album est une merveille qui bouleverse. Il a la trempe des albums de PJ Harvey ou Archie Bronson Outfit. Puissant, racé.
    De ces (rares) albums que l’on écoute, réécoute et encore en vibrant comme à 15 ans. Des albums qui font tourner la tête. Enorme !
    J’ai hâte de les voir en concert.
    C’est ma découverte de l’année (bon… on n’est qu’au mitan…).
    Pour les autres découvertes, jetez un coup d’oeil au TOP of the POT (www.lolocircus.be)

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