Viva Primavera

Il fait chaud à Barcelone. Puis, les Catalans aiment bien faire la sieste. Au Primavera, les concerts commencent donc chaque jour à 5 heures de l’après-midi pour se terminer aux petites heures de la nuit. Ou disons tôt le matin. Depuis quelques années, le festival espagnol s’est imposé comme l’un des plus excitants rendez-vous musicaux européens. Une grand-messe de la musique indé où, contrairement à chez nous, les spectateurs se rendent pour les concerts et pas juste pour camper et bronzer.

Déjà au Primavera, le sol est en béton. Ce qui n’incite pas nécessairement à s’allonger. Trois armes sont nécessaires afin d’aborder dans des conditions idéales l’événement barcelonais. Une bonne paire de chaussures pour courir d’une scène à l’autre et avaler les marches d’escaliers (c’est vallonné) comme Sly (même si vous n’êtes pas Stone) dans Rocky, une petite laine parce qu’une fois le soleil tombé ça rafraîchit et une bonne dose de patience pour… acheter des tickets boissons. S’il est un exemple à ne pas suivre pour les organisateurs de festivals en Belgique, c’est bien la gestion des bars. En gros, faut savoir précisément ce qu’on boit dès le moment où on met la main au portefeuille. 6 euros le long drink, 5 le Jack Coca, 4 la bière, 2 le soft et 1 l’eau… Le tout indiqué sur vos tickets, imprimés un par un. La file. La foire.

Pour bien commencer la journée, enfin la soirée, la nuit quoi…, on a vendredi décidé de se la jouer psyché. D’abord avec un set sympa de Sleepy Sun qui avait assuré la première partie de Pink Mountaintops aux Nuits. Ensuite avec Spiritualized. Un groupe qui emballe ses disques dans des boîtes de médocs et des coffrets en trompe l’œil, lévite d’office sur une autre planète. Le final, plus rock et noisy, est renversant. Ladies and gentlemen, we are floating in space.
Jason Lytle from Grandaddy… Pour ceux qui seraient dans la lune, le programme ne laisse place à aucune ambiguïté. Le mec à la casquette (avant on aurait écrit le barbu mais il s’est rasé) vient de sortir son (fort agréable) premier album solo : « Yours truly, the commuter ». Il ne renie pas pour autant le passé.
« Je tourne toujours avec le même batteur. Si vous venez m’applaudir en concert, c’est un peu comme si vous alliez voir la moitié de Grandaddy », nous avait-il annoncé il y a quelques semaines. De fait, Jason reprend quelques-uns de ses plus grands succès et termine d’ailleurs avec l’un des morceaux qui a popularisé feu son groupe : l’enfantin et irrésistible « A.M. 180 ».

Relax… Un qualificatif qui ne colle pas vraiment à la musique de Crystal Antlers. Les mecs de Long Beach ont sorti avec « Tentacles » le tout dernier album du label Touch and Go. Un album tendu, percutant, épileptique. A la fois pop et noisy. On se laisse capturer, emprisonner dans ce piège de Crystal. Le meilleur moment de la journée et un final encore plus fou que celui d’ « Usual Suspects ». Crystal Antlers n’est pas boiteux.

Paraît que Jarvis Cocker la veille se promenait avec une canne. On a du mal à y croire quand on le voit faire le singe sur l’Estrella Damm. Jarvis vient de sortir son deuxième album post Pulp. Comme tout le monde le sait, il faut mieux secouer sinon le Pulp, il reste en bas. Et secouer, c’est un des mérites de « Further Complications ». Comme le disque, le set claque. L’homme a toujours un jeu de scène de la mort. Un charisme hallucinant. La classe… On a beau chercher, on ne retrouve plus Jacques. Enfin Jack. Jack Daniels… Quelques types sont censés se balader avec des canettes de Whisky Coca mais apparemment, ils sont bien planqués. Et forcément, ce sont les seuls tickets qu’on a. Pulp est né en 1978 mais reste souvent associé à la Britpop. On pourrait disserter sur le côté cyclique de l’industrie. Après le revival eighties, on aura bientôt droit au grand retour des années 90. Primavera en tout cas leur accorde une place de choix.

Le chanteur (qui a dit beugleur ?) de Fucked Up, sorte de Beth Ditto avec des couilles (euh, dans une certaine mesure elle en a aussi, disons avec un service trois pièces), renoue avec le punk hardcore qui sévissait à la fin du 20e siècle. Producteur de films à ses heures perdues, il fait son cinéma. Se démène pour chauffer un public qui le lui rend bien. Ses musiciens assurent. Ils ne dénoteraient pas chez Gus Van Sant ou Larry Clark avec leur look de skatteur.

Le look, c’est la dernière préoccupation de Shellac et de Steve Albini, producteur entre autres de Nirvana, de PJ Harvey, des Pixies et du dernier Jarvis. Haut représentant de l’underground, symbole éternel du Do It Yourself… Ses chansons atrophiées, tendues, hypnotiques, sa texture sonore hostile laissent pantois. Comme d’hab, Albini et Weston terminent en embarquant pièce par pièce la batterie pendant un dernier solo de plus en plus dépouillé de l’homme derrière les fûts.

4 heures du matin. On aurait peut-être mieux fait de les abattre d’abord mais on rend les armes après quelques minutes de Mahjongg. Dansant et irritant. Le lendemain, on aurait encore beaucoup de musique sur les planches…

Julien BROQUET


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