Caribou se jette à l’eau

caribou-press-photo.jpgDan Snaith reprend du poil de la bête et revient sur le devant de la scène avec un nouvel album (‘Swim’). Deux batteries, une guitare, une basse, des visuels psychés et des samples azimutés : bienvenue dans la forêt enchantée de Caribou.En 2008, grâce à son album ‘Andorra’, Caribou remporte – contre toutes attentes – le Mercury Prize, l’équivalent canadien des fameux Grammy Awards américains. Sur la ligne d’arrivée, un titre honorifique et une coquette somme d’argent récompensent le gagnant. Aujourd’hui, l’homme en rigolerait presque. « Difficile d’imaginer qu’un mec comme moi puisse gagner quoi que ce soit. Et, au regard des anciens lauréats (des artistes comme Owen Pallett (Final Fantasy, Arcade Fire) ou Patrick Watson, ndlr), je ne tenais absolument pas la comparaison », lance-t-il, modeste. « Qu’ai-je fait de l’argent reçu ? Je l’ai reversé à des œuvres caritatives. Et, pour le reste, j’ai investi dans le nouvel album. Ça, c’est tout nouveau. D’habitude, les montants engagés dans mes disques sont proches de zéro ». Aux nouvelles ambitions, un nouveau son.

Sans renier son rock touffu et tout fou, l’ami Dan Snaith profite de ‘Swim’ pour (re)plonger Caribou dans le bain des musiques électroniques. « Le déclic s’est produit à l’occasion d’un concert donné à New York, l’année dernière, dans le cadre des soirées « All Tomorrow’s Parties » (ATP) », explique-t-il. « Les Flaming Lips chapeautaient la soirée. Ils m’ont demandé d’y jouer un concert spécial avec un groupe composé de quinze musiciens.

Ce soir-là, dans Caribou, il y avait notamment Marshall Allen (clef de voûte du Sun Ra Arkestra, ndlr), Kieran Hebden (Four Tet), Jeremy Greenspan (Junior Boys), Luke Lalonde (Born Ruffians), une section de cuivres et quatre batteurs. Nous avons joué des morceaux d’‘Andorra’ et des albums précédents. En même temps, j’étais en train d’enregistrer le nouvel album et je savais que ça ne partait pas dans cette direction. Pour moi, ce concert représentait la fin d’un chapitre, quelque chose qui donnait sens à une partie de l’œuvre. » Entre temps, Dan Snaith s’est essayé derrière les platines et est tombé sous le charme du travail de James Holden (DJ et producteur anglais, patron du label Border Community, ndlr). ‘Swim’ s’impose ainsi par ses capacités d’adaptation, sa volonté de puiser simultanément dans le rock et l’electro. Pour son géniteur, l’équation est simple : « J’ai adoré bosser sur ce disque car, à aucun moment, je n’ai ressenti la pression de devoir « faire du Caribou ». »

Psychédélisme et cours de natation

Avec ‘Swim’, Caribou libère ses ardeurs de go-go dancers et envoie quelques beats valdinguer sous les sunlights (‘Odessa’, le superbe ‘Bowls’). Pourtant, la bête n’abandonne jamais ses prérogatives psychédéliques. « J’ai toujours associé ce mot à l’utilisation des techniques de production. Quand les musiciens ont pris conscience du potentiel créatif lié aux technologies, ça a tout changé. Le premier exemple évident qui me vient à l’esprit, c’est le ‘Tomorrow Never Knows’ des Beatles. Utiliser le studio comme un instrument, le considérer comme un membre du groupe, c’est accepter d’intégrer de nouvelles sonorités dans ses chansons. Pour moi, c’est ça le psychédélisme. Et il évolue avec son temps. À cet égard, il est évident qu’un groupe comme Animal Collective appartient à cette mouvance. Eux aussi cherchent à impliquer les développements technologiques dans leur musique. Dans cette mesure, je crois que Caribou n’a jamais cessé d’être psychédélique. »
Projet en mouvement continu, Caribou continue d’explorer des univers hétéroclites, de croiser les genres pour donner naissance à une musique fluide, presque aquatique. En cela, ‘Swim’ porte magnifiquement son titre. « Mais ma femme, elle, me trouvait très mauvais nageur », concède Dan Snaith. « Alors, elle m’a payé des cours de natation. C’était une bonne façon de me relaxer pendant les sessions d’enregistrement. Le titre du disque est un clin d’œil à ces moments passés dans la piscine. Et puis, l’analogie avec les nouveaux morceaux était évidente. On y retrouve cette dimension mécanique et répétitive propre à la natation. »

Si cet album reste un excellent prétexte pour danser comme Flipper le dauphin, les sujets abordés y sont nettement moins drôles. « Les chansons de Caribou parlent rarement de moi », commente-t-il encore. « Parce que, dans la vie, je suis plutôt un mec chanceux : le prototype du gars heureux. Je suis un époux comblé, je n’ai jamais connu de grands drames. Fait-on de bonnes chansons avec ça ? Franchement, j’imagine mal un disque axé sur le bonheur et les fleurs qui sentent bon. Les histoires des autres m’affectent davantage. Du coup, c’est clair, mes chansons relèvent davantage de la réflexion que de la confession. »

Caribou sera de passage à Bruxelles, ce jeudi 22 avril, au Beurs. Le concert est déjà complet. Mais l’animal sera de retour, cet été, dans nos forêts. Il faudra désormais le guetter du côté d’Hasselt, sur les plaines du Pukkelpop.

Nicolas Alsteen

« Odessa »
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« Melody Day »
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8 Comments

  1. zaza

    20 avril 2010 à 19 h 01 min

    Au lieu de brosser le poil de vos horripilants groupes de kermesses québecoises – tabernacle ! – un petit mot pour Guru ? Même la DH est plus prompte que vous les cultereux.

  2. zaza

    20 avril 2010 à 19 h 51 min

    cultureux. Pardon pour le lapsus révélateur 😀

  3. Noah Dodson

    20 avril 2010 à 20 h 06 min

    Meme si je suis d’accord que c’est assez etrange qu’il n’y ait rien a propos de Guru, definir Caribou comme un groupe de kermesse c’est juste ridicule.

  4. chipito bernardez

    21 avril 2010 à 11 h 57 min

    Ouais, kermesse je ne dirais pas mais il est clair que la visibilité de la scène québecoise en Belgique francophone passe avant tout par les bons accords subsidiés qui existent entre notre pays et celui du sirop d’érable.
    Une fois de plus ça tourne toujours autour des mêmes acteurs. D’où le côté horripilant je suppose.

  5. Marc

    21 avril 2010 à 12 h 31 min

    Bon, tout d’abord, le post sur Guru est en ligne.

    Ensuite, je ne vois pas trop ce que les subsides des groupes québecois viennent faire dans les commentaires sur un groupe anglophone de l’Ontario…

    Enfin, cet album est vraiment très bon, beaucoup plus électronique, moins orienté vers les délires rythmiques mais ce gros revirement est réussi.

    Bel article bien informatif en tous cas

    http://mescritiques.be/spip.php?article1014

  6. chipito bernardez

    21 avril 2010 à 17 h 32 min

    Sorry Marc, le syndrôme zaza je suppose :p

    Mais je vois tellement Le Soir “pousser” ce qui vient de ce côté de l’Atlantique que j’ai un peu confondu.

  7. zaza

    21 avril 2010 à 18 h 55 min

    Mon chips, c’est pas un article sur Coeur de Pirate hein ! hahahaha

  8. chasseur immobilier toulouse

    21 avril 2010 à 20 h 32 min

    C’est pas mal ça, connaissais pas…

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