« Un strip-tease émotionnel »

14_liddel.jpgSecondé par Beck et Chris Taylor, Jamie Lidell, déboussolé après l’album « Jim », redresse la barre et rend hommage à Michael Jackson dans le nouveau « Compass ».

Mélange de gospel sécularisé et de blues impie, la soul n’est pas pour autant interdite aux visages pâles. Ceux qui connaissent l’iconoclaste Jamie Lidell l’ont déjà compris. Jamie, c’est sans doute l’un des plus éminents représentants de la blue-eyed soul. La soul aux yeux bleus. La musique des blacks récupérée par les blancs. Chez les femmes, il y a Adele, Estelle, Duffy… Chez les hommes, il y a surtout Jamie. Du « science funk » de Super Collider à ses bordéliques activités solo mêlant avec beaucoup d’inventivité groove, gospel et disco, Lidell, qu’on aime ou pas sa voix, possède une belle petite carte de visite.

« Ce nouveau disque, Compass, est arrivé comme un flash. Il est né d’un ouragan de rencontres. Et c’est Beck qui a déclenché la tornade. Il m’a appelé pour savoir si je comptais me mettre à bosser sur un album. Un grand honneur. C’est toujours un peu surréaliste de se retrouver en ligne avec un mec pareil. On s’était rencontrés lors d’une tournée américaine commune en 2006. »

Si Mister Hansen a coécrit, enregistré et produit Compass, Super Jamie ne s’est sans doute jamais autant livré. « Beck, que je vois comme une figure paternelle, m’a permis de décoller. De défier les lois de la gravité et me remettre à travailler. J’avais beaucoup à dire. Une bonne chose évidemment quand tu te mets à écrire des chansons. Mais il fallait avoir le courage de les raconter honnêtement. Il s’est passé beaucoup de choses dans ma vie affective depuis la sortie de Jim. J’ai déménagé de Berlin à New York où j’ai rejoint ma nouvelle petite amie et laissé énormément de choses derrière moi. Ce disque est un strip-tease émotionnel. »

Tenir le cap, seul à la barre

Juste avant de se mettre au boulot, dans le cadre du Record Club cher à Beck, projet qui voit le lutin californien réenregistrer des albums mythiques en compagnie de ses amis, Jamie Lidell a revisité Book of Moses, seul album solo de Skip Spence, au Sunset Sound Studios. Là où les Stones ont immortalisé une bonne partie d’Exile on Main Street.

L’Anglais s’est posé énormément de questions sur les directions qu’il désirait emprunter. « Ces dernières années, je comptais un peu trop sur Mocky (Feist, Gonzales, Puppetmastaz…). Je n’arrivais plus à réfléchir tout seul. Il faisait partie de moi. Se promenait dans mon cerveau. Je suis heureux de ce que nous avons accompli ensemble mais j’ai réalisé que je n’avais jamais enregistré seul comme un grand. Quand ce n’était pas sur lui que je me reposais, c’était sur Christian Vogel du temps de Super Collider. J’avais besoin de me sentir seul à la barre. »

Ça n’a pas empêché le vieux loup de mer James Gadson (qui a accompagné Herbie Hancock, BB King ou encore Quincy Jones) et le moussaillon Chris Taylor (Grizzly Bear) de monter à bord. « La chanson “Enough’s enough” est un hommage aux Jackson 5. Michael a fortement influencé ce disque. Parfois, quand je me sentais coincé, je me demandais ce qu’il aurait fait dans ma situation(…) Je connais Grizzly Bear depuis un bout de temps. Son dernier album, Veckatimest, m’a obsédé. J’ai pris Chris par les sentiments, lui proposant de collaborer, une dizaine de jours, au calme, dans la maison de Feist au Canada. »

L’ours new-yorkais est, comme Jamie, l’une des agréables anomalies du label Warp. « Beaucoup de musiciens prennent des risques, mais pas les businessmen. A fortiori dans les majors… Warp, lui, a bien évolué. Au début, il comptait en ses rangs Jimi Tenor, signature un peu étrange, qui détonnait à côté d’Aphex Twin, Autechre et compagnie. Mais quelque part, Warp a toujours possédé cette sensibilité de label indé, c’est plus qu’une maison de disques réservée à l’électronique. Comme Mute. Avec différents types d’artistes tout en gardant un esprit indépendant : il s’est par exemple mis à défendre des groupes comme Broadcast, Born Ruffians et Battles, tous pionniers dans leur genre. »

Compass

Beck, Feist, Gonzales, Chris Taylor (Grizzly Bear) ou encore Pat Sansone (Wilco)… Il y a du beau monde sur le nouveau Jamie Lidell. Plus funk (qui a dit pop ? ) moins soul, Compass est aussi éclectique que ses featurings. « Enough’s enough » sonne comme un excellent et joyeux hommage aux Jackson 5. Là où Coma Chameleon, son attitude, et son saxophone dingue font descendre les volets. Un disque inégal (oubliez « She Needs me ») mais toujours riche et ambitieux.

Le 17/5 aux Nuits Botanique (Chapiteau).

JULIEN BROQUET


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