Le comeback d’adrénaline

Bonne nouvelle au rayon Weight Watchers : Chino Moreno, le leader des Deftones, a perdu son embonpoint – et même que ça s’entend sur “Diamond Eyes”, le sixième album des Deftones sorti il y a un mois.
Après le décevant “Saturday Night Wrist” (d’ailleurs totalement absent de la setlist) et le tragique accident de leur bassiste Chi Cheng fin 2008 (traumatisé à vie), les Californiens se devaient en effet de remettre les compteurs à zéro : finie la défroque nu metal tendance Armani/Tacchini (les amygdales dans le slip, le slip qui bâille jusqu’aux genoux) et les refrains geignards pour couples… Il était temps pour nos gaillards en pleine midlife crisis de retrousser leurs manches (de guitares) et de rebrousser leurs poils (de la Bête), à l’heure où l’EMO est devenu un gros mot et une marque de fabrique à la Tokio Hotel.

Qu’on se le dise, donc : le Deftones 2010 n’est certes pas un millésime (“Around the Fur” reste leur chef-d’oeuvre), mais c’est tout de même un bon cru, joué en grande partie (sept titres sur onze) ce soir dans une ambiance fébrile et fanatique, pour ne pas dire sud-africaine. Si c’est la sauce samba qui prend côté boulevard (Brésil-Corée du Nord : 2-1), dans la salle de l’AB ça pogote à l’envi, entre deux accalmies (“Beauty School” et “Sextape”, rasoir).

Ce Deftones-là, new wave et souffreteux, pèche toujours par sensiblerie : on attend donc que ça passe comme une mauvaise migraine, avant le resserrage de mâchoire et les tubes qui vont avec, de “Birthmark” à “Elite”. Après ce n’est plus qu’une question d’abandon, tel un hommage vibrant à ces années 90 où les Deftones parlaient vraiment aux jeunes (bref à nous, trentenaires ici présents)…

Et là, oui, ça fait mal : “Be Quiet and Drive (Far Away)”, “Lotion”, “Around the Fur”, “My Own Summer (Shove It)”, “Passenger”, “Change (In The House of Flies)”, “Root” et “7 Words”, enchaînés pieds au plancher et poings au ciel, sous les vuvuzelas qu’imitent nos cordes vocales. Bonne nouvelle, bis : les Deftones sont bel et bien de retour, et en toute grande forme. Shove it, baby !

Grégory Escouflaire / Photo Jérôme Urbain


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5 Comments

  1. Martin

    16 juin 2010 à 16 h 08 min

    Je ne sais pas si ça vous fait pareil, mais je suis toujours partagé entre retour d’enthousiasme juvénile, et nostalgie due à l’âge de mes artères. J’ai peur que ça me fasse comme ça m’a fait pour les Pixies, Faith No More et Channel Zero: un pied total pendant le concert, et un gros coup de vieux après… Comme un genre de Madeleine de Proust qui filerait des acouphènes, si on veut.

  2. Denis

    16 juin 2010 à 16 h 11 min

    nan, White Pony est leur chef d’oeuvre 🙂

  3. Martin

    16 juin 2010 à 16 h 19 min

    Ha ha, Monsieur aime la plaisanterie fine… Je sais pas, allez, si je préfère les groupes qui courent après leur gloire et commettant des bouses après avoir connu le pinacle (un exemple au hasard ? Metallica), ou ceux qui tournent seulement avec leurs bons vieux succès devant un public de plus en plus vieux. Dont je suis souvent. Et vouzaut’ ?

  4. Philippon

    17 juin 2010 à 13 h 11 min

    et bien moi je me suis enchaîné Soulfly, Megadeth et Deftones en une semaine et je dois dire que le seul concert où j’ai senti “l’effet vieux” c’était Megadeth (que je suis venu voir sans posséder un seul album d’eux). par contre, Soulfy et Deftones (dont je suis sincèrement fan) ramènent un public assez jeune, qui semble apprécier autant les anciens morceaux que les plus récents. pour ce qui est de Deftones, c’est sûr que les 3 premiers albums font plus jumper la salle, mais Diamond Eyes passe bien, avec ses gros riffs à la guitare huit cordes. très bon concert dans l’ensemble.

  5. Vesanic

    23 mars 2011 à 23 h 05 min

    ” Après le décevant “Saturday Night Wrist” ”

    Il a craqué, le mec.

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