L’élégance d’Arnaud Fleurent-Didier

arnaud-fleurent-didier.jpgSon album La Reproduction est l’une des belles surprises de l’année. Alliant élégance et insolence avec une plume enlevée et inspirée, Arnaud Fleurent-Didier n’oublie pas d’enrober tout cela avec des arrangements luxuriants sous influences seventies.

C’est quelques heures avant son concert en première partie de Gaëtan Roussel (en mai dernier aux Nuits Botanique) que nous avons retrouvé un jeune homme à la langue bien pendue.

Difficile de rater, et pour cause, Arnaud Fleurent-Didier cette année. Même dans la presse, vous faites le grand écart entre « So Foot » et « On n’est pas couché ». C’est pas mal, non ?

J’adore ce côté grand angle. Ces jours-ci, on m’a proposé de faire la première partie de MGMT et de Marc Lavoine. Artistiquement, ça me satisfait pleinement. C’est le but du jeu de ne pas s’ancrer dans une famille particulière. Par contre, pour la promo, j’ai senti que plus ça s’ouvrait, plus les médias très pointus qui me suivent depuis le début ont tendance à faire la fine bouche.

Les « Inrockuptibles » vous encensent et « Ouest-France » est plus modéré. Ce qui est clair, c’est que personne n’est indifférent…

C’est chouette. Je suis très friand de critique. Afin de m’améliorer. Ce qui ne m’empêche pas de voir les défauts de ce nouvel album. On me reproche mes pseudo-origines sociales bourgeoises, mon parisianisme avéré… alors que j’ai grandi en province. J’ai le malheur d’être né à Versailles. Je sais qu’il y a des chansons plus faibles, des rimes idiotes, des facilités… et que ma voix n’est pas terrible. Mais ce n’est pas grave.

Musicalement, on sent chez vous une incontestable élégance à la limite du mauvais goût comme « Mémé 68 » et « Pépé 44 »…

Il y a un moment très moche au début de « Mémé 68 » mais tout ça, c’est pour arriver au passage suivant avec la ligne de basse qui donne un côté lyrique. Est-ce que c’est du mauvais goût ? En tout cas, il n’y a pas de calcul de bon ou de mauvais goût, je n’intellectualise pas.

Le morceau qui ouvre l’album fait référence au « Bonnie and Clyde » de Serge Gainsbourg…

Davantage pour les journalistes que pour moi. Au départ, la chanson était sans cordes parce que je voulais encore plus de monotonie. Une journaliste m’a même accusé de plagiat, alors que c’est du mimétisme inconscient. En France, chez les gens de bon goût, il n’y a que Gainsbourg. Je reconnais qu’il est épatant, c’est magnifique, qu’il donne envie de faire de la musique mais il ne me touche pas. Ça me fait vaguement sourire quand la rime est maligne.

Il y a un travail inouï sur les arrangements. Quelles sont vos références conscientes ou inconscientes : John Barry, François de Roubaix, Michel Legrand ?

François de Roubaix, c’est inconscient. Comme Vladimir Cosma, que j’adore. Je ne suis qu’une petite fourmi par rapport à ces génies mélodistes.

Quel est vote cahier des charges lorsque vous écrivez une chanson : raconter une histoire ou partager des émotions ?

Partager des émotions. Je ne considère pas trop le chansonnier qui collectionne des tonnes chansons et qui, à un moment, en choisit dix pour en faire un album. Ce qui m’intéresse, c’est ça, mon disque. J’ai trouvé la chanson de la fin en premier. Ensuite, celle du milieu et puis celle d’ouverture. Un truc qui se répond. Et après, presque tout de suite, je pense à la pochette.

Aux Ardentes, dimanche, 13 h 50, HF6.

Arnaud Fleurent-Didier sera également, le dimanche 15 août à 22 heures, place du Musée, dans le cadre du Brussels Summer Festival.

PHILIPPE MANCHE


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6 Comments

  1. The_Dude

    7 juillet 2010 à 11 h 40 min

    Mouais, bon, il est surtout un clone non-assumé de Vincent Delerm…

  2. Heathernova

    7 juillet 2010 à 19 h 28 min

    Ah bon??? C’est parce qu’il aime la critique Que The_Dude dit cela?

    Je ne peux que conseiller à tout le monde d’écouter son album. Excellent, tout simplement.

  3. The_Dude

    8 juillet 2010 à 9 h 33 min

    Non, je dis ça parce que ça saute aux oreilles…

  4. Philippe

    8 juillet 2010 à 9 h 51 min

    Excellents albums d’Arnaud. Celui-ci est bien, mais j’aimais bien aussi son précédent “Portrait du jeune homme en artiste” qui date de 2004 et le morceau “rock critique”.
    J’avais aimé sa prestation en 1ère parie de G.Roussel aux Nuits et j’ai adoré son concert à la salle Pleyel avec les cordes ce samedi 03 juillet.

  5. Nicola Alou

    30 août 2010 à 11 h 33 min

    Ceux qui le comparent à Delerm (et à tous les CSV du même acabit) ne sont pas des musiciens…

    Le seul côté (infime) qui pourrait supporter la comparaison est cette manie de la “tranche de vie” servie tantôt chaude, tantôt froide, et, pire que tout, parfois tiède.

    Mais çà s’arrête là. Là ou Delerm met 4 accords comme une mettrait une cravate, AFD en met 7, et subtils encore, comme on choisirait “LA” cravate !

    La plage 4 est un coup de génie, elle est “vraiment, vraiment…”, la ligne basse est à couper le souffle sur tout l’album (écouter, basses à fond, et au casque, surprises garanties !), les choeurs hystériques super subtils, les harmonies riches et originales, et les mélodies bien meilleures que le compositeur ne le pense.

    Quand aux textes, amusant de constater que le coquin aime le fouet, et que toutes les rimes en “ette” recèlent un texte à double sens pour qui sait lire entre les lignes… Effectivement, la pauvre, qu’est-ce qu’elle va prendre, hihihi !

    Je l’écoute en boucle depuis 4 jours, et c’est un ravissement à chaque fois renouvelé.

    Merci pour ce renouveau.

    NB: par moment, un tout petit cousinage de sonorités dans l’arrangement avec “Michèle” de Gérard Lenormand (excusez cette comparaison vulgaire), sa meilleure mélodie.

    Nialou
    (pianiste d’occasion)

  6. Nicola Alou

    30 août 2010 à 11 h 33 min

    Ah oui ! CSV est un petit néologisme que j’ai inventé, et qui signifie “Chanteur Sans Voix”.

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