Rumer présente les saisons de son âme

Héritière de Carole King ou des Carpenters, la jeune anglopakistanaise Rumer publie avec « Seasons of my soul » un premier album printanier.

Un hôtel à quelques blocs de Central Park. Alors que son premier album s’installe dans le top 10 d’une kyrielle de pays, la jeune anglo-pakistanaise Rumer (Sarah Joyce pour l’état civil, NDLR) continue à sillonner le globe pour assurer la promotion de son délicat Seasons of my soul. Lorsqu’on retrouve la miss de 32 printemps dans le restaurant de son hôtel, la mine est un peu chiffonnée par les nuits trop courtes, conséquence directe d’une pression dans la lignée de ce succès fulgurant qui n’est pas sans rappeler celui de Norah Jones.

Dans l’entretien qui va suivre, la demoiselle fait preuve d’une rare honnêteté. Sarah passe parfois du coq à l’âne ou botte en touche tout en revendiquant sa sensibilité à fleur de peau.

Votre album figure dans le top 10 d’une multitude de pays et récolte d’excellentes critiques. Comment gère-t-on un succès aussi rapide et fulgurant ?

J’ai l’impression d’être dans une espèce de bulle, de ne plus avoir de vie, de ne plus avoir de temps pour voir des gens, faire des choses simples. Au fil des interviews, je ne fais que parler de moi puisque je suis le sujet de conversation numéro un, ça me saoule. Je suis une personne très sociale, et là, je suis isolée, je déteste.

On imagine que vous saviez, au fond de vous, que vos chansons n’étaient pas mauvaises. L’excellent accueil a-t-il augmenté votre capital confiance ?

Pas du tout. L’insécurité fait partie de ce que je suis. Je dois l’accepter.

Vous savez depuis longtemps que vous alliez devenir artiste ? C’est compliqué. Ce n’est pas quelque chose dont je rêvais. Je ne me suis pas réveillée un matin en me disant que j’allais devenir chanteuse. C’est quelque chose que je devais faire, sans intellectualiser. Ça n’a jamais été une décision de le faire ou de ne pas le faire. C’est comme ça que ça devait se passer. C’est dans mon sang. C’est mon ADN.

Quel est votre background musical ?

Je joue de la guitare depuis très longtemps, un peu de percussions, aussi. Mes frères et sœurs jouent tous un petit peu de guitare. Par contre, mes parents n’écoutaient que rarement de la musique. Chez nous, on vient d’une vieille tradition folk anglaise. Mes parents ont quitté l’Angleterre en 1963 pour vivre dans les colonies anglaises de par le monde. Ils ont embarqué avec eux cette musique.

Vous avez encore des souvenirs vivaces de votre enfance au Pakistan ?

Bien sûr. Quand j’y repense et ça m’arrive encore très souvent, je me rappelle combien j’étais libre et innocente. Ça me manque énormément.

« Seasons of my soul » peut s’apparenter à une collection de cartes postales intimes. Ça vous va comme image ?

Oui, c’est un peu le film de ma vie.

Parlez-nous de la chanson « Aretha ». De prime abord, on peut penser qu’il s’agit d’un hommage à Aretha Franklin mais c’est bien plus que ça…

Ce n’est pas seulement ça, effectivement. C’est une histoire à différentes entrées, à plusieurs niveaux de lecture. Aretha, c’est cette petite fille qui s’est débrouillée par elle-même. Cette petite fille qui est devenue reine de la soul. Aretha est une personne maternelle, spirituelle, religieuse et remplie de foi. Aretha, c’est la reine. Une reine qui représente ma maman disparue, les racines musicales que j’aime. Elle représente beaucoup pour moi.

Vous semblez prendre plaisir à écrire sur différents niveaux ?

Je ne sais pas. Parfois, je pense écrire sur deux niveaux et lorsque je relis, je me rends compte qu’il n’y a plus deux mais cinq niveaux de lecture. Se surprendre fait partie du plaisir d’écrire.

Vous pourriez donc écrire des nouvelles, un roman, de la poésie ?

Je ne suis pas allé à l’université, mais j’aimerais m’y rendre un jour et étudier la poésie, justement. J’en lis beaucoup. T.S. Elliott, par exemple. J’adore Shakespeare, il brasse des thèmes tellement universels qu’il reste incroyablement contemporain.

Pour revenir à votre disque, que raconte « Blackbird », qui n’est pas un clin d’œil, on s’en doute, à la chanson des Beatles…

Encore aujourd’hui, c’est un texte qui reste toujours aussi vague à mes yeux. Pourquoi ? Parce qu’il brasse tellement de choses. Ça parle de l’addiction. Du fait d’être accro à quelque chose qui peut vous tuer parce que c’est en vous depuis tellement de temps. Vous pouvez être dépendant d’une substance. Mais vous pouvez être tout aussi dépendant d’une émotion négative comme la peur, l’anxiété, l’insécurité, la tristesse. Vous pouvez être dépendant de votre propre histoire. Et être involontairement victime de la tragédie de votre propre destin.

C’est ce qui vous est arrivé ?

Je suis devenue dépendante à tout cela. J’ai pris beaucoup trop de plaisir à me conforter dans ce statut de victime. Le texte, je le répète, reste valable pour n’importe quelle addiction. Il peut aussi bien s’agir d’une dépendance à l’alcool ou à l’héroïne. C’est aussi la difficulté de dire au revoir à quelqu’un ou quelque chose. Dire au revoir à une bouteille de whisky ou à quelqu’un qu’on aime est toujours douloureux. J’ai écrit ce texte quand j’étais dans une maison de la campagne anglaise, au milieu d’une nature magnifique avec le chant des oiseaux. J’étais là à faire le tri dans mes émotions.

Un mot sur votre collaboration avec Burt Bacharach…

Je vais être totalement honnête avec vous, c’était une collaboration professionnelle. Juste professionnelle. C’est un auteur incroyable qui a l’état d’esprit d’un jeune homme de vingt et un ans dans un corps de quatre-vingt-deux ans.

C’est un travailleur acharné en colère contre le temps qui passe car il a encore tellement de choses à faire, exclusivement axées sur le travail. Ceci dit, me retrouver avec lui a été une expérience enrichissante parce que j’apprécie son travail. Il m’a encouragée à être meilleure musicienne, meilleure auteur, meilleure chanteuse.

Vous pouvez confirmer votre projet d’écrire un album du point de vue masculin ?

Je ne peux pas trop en parler, je n’ai pas envie d’éloigner ou de distraire les gens de mon premier disque en parlant du suivant. Disons que j’ai une liste de chansons pas nécessairement connues écrites par des hommes que je reprendrais avec les mêmes couleurs musicales que celui-ci.

http://www.myspace.com/rumerlovesyou

PHILIPPE MANCHE


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1 commentaire

  1. silver stooges

    24 mars 2011 à 13 h 47 min

    Belle interview! Et bel album en effet. A écouter les dimanches ensoleillés, entre les Kinks et Pascal Comelade.

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