Dernière partie de Domino pour Belle & Sebastian

A l’Ancienne Belgique, les derniers instants du festival Domino ont caressé la légende. Fort en émotions, riche en pulsions, l’évènement s’est encore baladé entre les genres pour imposer une vision musicale moderne et aventureuse. En apothéose, le concert dominical de Belle & Sebastian a remporté tous les suffrages : feu d’artifice avant l’ultime tomber de rideau.

Ce mardi 12 avril, après 15 éditions (1999-2011), le festival Domino s’abandonnera à la nuit éternelle. En 15 ans, aucun printemps n’aura manqué son rendez-vous avec Bruxelles, capitale de transition pour musiques en (r)évolution. Le festival a toujours pensé à demain, contemplant justement l’avenir des musiques alternatives. Sigur Ros, Battles, Joanna Newsom, Feist, LCD Soundsystem, Akron/Family, Patrick Wolf, Sunn O))), Interpol : on ne compte plus les histoires d’amour nées sur les planches de l’AB…

Alors, pour célébrer dignement la chute du Domino, on s’est posté tout le week-end aux portes du 110 Boulevard Anspach. Vendredi soir, d’abord, le festival accueillait ANBB, création fomentée par Alva Noto et Blixa Bargeld, deux géants du culte indépendant. Ou quand le leader du groupe allemand Einstürzende Neubauten rencontre l’éminence grise du label Raster-Noton. Derrière ses machines, concentré, le visionnaire Alva Noto (Carsten Nicolai de son vrai nom) explore les strates de l’électronique minimaliste, assise robuste et robotique sur laquelle vient se poser la voix impérieuse de Bargeld. Poète génial, crooner dantesque, le chanteur laisse chavirer la langue de Brecht. Élégants de férocité, culbutés de stridences, les mots perforent la toile électronique d’Alva Noto. Frontman au charisme chamanique, Blixa Bargeld ramène tout à lui, une heure durant, catalyseur et véritable moteur de cette aventure synthétique. Show sobre, puissant et d’une élégance rare.

Samedi soir, les curieux étaient nombreux pour assister au concert de Wu Lyf, mystérieuse formation mancunienne dont les chansons parties en reconnaissance sur le web affolent méchamment la blogosphère. Wu Lyf – pour World Unite-Lucifer Youth Foundation – a construit sa renommée sur l’anonymat. On parle de secte et de prophéties bibliques, mais on ne sait rien de ces quatre musiciens. Le buzz est total. Une virée sur la toile et, tout au plus, une chance d’écouter quelques morceaux. Du reste, même leur propre site internet n’apporte aucune information tangible. Au mieux, on peut s’inscrire, rejoindre la communauté Wu Lyf et, qui sait, avoir la chance d’obtenir un masque sacré, graal ultime, permettant d’accéder à vie aux concerts du groupe. Samedi, les Anglais sont montés sur scène à visages découverts. Pour la première fois en Belgique, leur musique devait donner la pleine mesure de sa mystique. Mais le fantasme a tourné court. Si les chansons sont irréprochables, le groupe n’invente absolument rien. Arc-bouté derrière son piano, le leader imprime les morceaux d’une voix éraillée. On navigue en plein pathos, à des années lumières de la rage adolescente promise à nos oreilles. Wu Lyf trône au centre d’un triptyque délimité par les figures de Two Gallants, Cold War Kids et Zita Swoon. Rien de mal, certes, mais rien de renversant non plus. Au final, on a l’impression de s’être fait un peu piéger, coiffé au poteau par le bruit de la hype.

Le feu d’artifice du week-end, c’était incontestablement dimanche, avec Belle & Sebastian. Aussi rare sur scène que précieux, le groupe de Stuart Murdoch a offert au public de l’AB un pur moment de suspension, en lévitation sur les hauteurs de la pop moderne. Adoré par ses fans, respecté des cercles spécialisés – la formation écossaise est à l’origine du festival ATP, temple inviolable des musiques alternatives –, Belle & Sebastian est ce qu’il est convenu d’appeler un groupe culte. Et en concert, la dévotion est totale.

Sautillant, souriant, Stuart Murdoch revisite sa discographie, écrin de refrains ensoleillés parfaits et de chœurs féminins chatoyants. A côté des classiques ‘The Fox In The Snow’ (sur ‘If You’re Feeling Sinister’), ‘Piazza, New York Catcher’ (sur ‘Dear Catastrophe Waitress’), ‘The Blues Are Still Blue’ (sur ‘The Life Pursuit’) ou ‘The Boy With The Arab Strap’ (sur l’album du même nom), Belle & Sebastian donne vie à ‘Write About Love’, son petit dernier. Si ce n’est pas le meilleur album des Ecossais, les titres choisis (‘I Didn’t See It Coming’, ‘I’m not Living in the Real World’) s’incrustent idéalement dans le répertoire défendu ce soir. Le concert touche réellement à la perfection. Dans le groupe, chaque musicien apporte matière à plaire. Soutenues par des cordes, des cuivres et d’autres arrangements élégants, les chansons cristallisent la quintessence même de la mélodie pop. Celle qui squatte le cerveau et se siffle sous la douche.
Comme souvent dans ces cas-là, le rappel arrive bien trop vite et, quand les lumières se rallument, on découvre une foule compacte aux sourires conquis : marque de fabrique authentique d’un concert magique.

Nicolas Alsteen


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2 Comments

  1. Benoit D

    11 avril 2011 à 14 h 58 min

    Excellent compte-rendu d’un concert qui ne l’était pas moins!

  2. Philippe

    12 avril 2011 à 10 h 24 min

    Samedi soir, superbe prestation d’Agnès Obel dans la salle juste accompagnée d’une violonceliste.

    Le dimanche soir, du pure bonheur avec le concert de la bande à Stuart Murdoch. Je ne les rate jamais lors de leur passage en Belgique. 18 morceaux magnifiques et Stuart était très très en forme comme le reste du groupe. Prestation était nettement meilleure que lors de leur passage à Dublin en décembre dernier.

    FABULEUX

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