La Ringer sans les Rita Mitsouko

Catherine Ringer a chanté au Printemps de Bourges ses nouvelles chansons, écrites sans Fred Chichin, décédé il y a trois ans. Un concert dont elle nous parle, comme de ses projets en cours.

Le Printemps de Bourges a été, cette année, marqué par le grand retour de Catherine Ringer qui, il y a trois ans, sur la même scène du Palais d’Auron, terminait sans Fred Chichin (décédé en novembre 2007) la tournée des Rita Mitsouko. La grande Catherine a présenté ses nouvelles chansons, les premières écrites sans Fred, à paraître bientôt sur l’album Ring ’n’Roll. Elle a accepté de nous en parler en exclusivité pour la presse belge. Une Catherine souriante et détendue, comme jamais sans doute…

Vous revenez trois ans après cette fin de tournée sans Fred. Est-il vrai que vous avez dû terminer le Variety Tour car les assurances refusaient de vous couvrir, en cas d’annulations ?

Fred avait eu une hépatite C dans les années 2000, qui avait été soignée. Il avait fait deux ans d’Interféron, un médicament super dur. Elle n’avait pas complètement disparu mais elle était résorbée, disons. Il avait eu une renaissance. Il était en pleine forme, le Fred. On était dans une bonne période. On était contents de repartir en tournée. On n’a jamais imaginé qu’il allait mourir. Après, les assurances nous ont accusés de déjà savoir qu’il était mourant. Alors que pas du tout. C’était un cancer fulgurant qui s’est attaqué à un foie qui n’était effectivement pas en très grande forme. Mais Fred était beau, un homme de 53 ans en pleine possession de ses moyens, viril, avec des beaux yeux verts. Ça me fait plaisir de parler de Fred.

Ces concerts sans Fred, qui ont d’ailleurs donné lieu à un disque, vous ont malgré tout fait du bien, en cette période de deuil…

Oui car le public aussi était en deuil. On m’a fait beaucoup de condoléances de la perte de mon partenaire et moi aussi, j’ai présenté mes condoléances au public, à qui Fred manque, à qui il a apporté du bonheur à travers ses chansons. C’était un soutien moral.

Voici, trois ans après, le disque en solo, avec, pour la première fois, de nouvelles compositions. L’idée était-elle de prendre votre temps ou y a-t-il eu hésitation à mener cette carrière solo ?

En juillet 2008, Mark Plati, avec qui on avait fait Variety et qui avait également fait l’enregistrement du disque de moi chantant les Rita à la Cigale, passe à Paris. Il devait finir le Ginger de Gaëtan Roussel et il me dit qu’il a dix jours de libres et me propose de faire un peu de musique. Je lui dis que je n’avais pas la tête à ça, que je terminais la tournée, sans autre envie de rien. Il est quand même venu, on s’est mis à improviser et la muse m’a visitée. Et dans ces cas-là, on se laisse porter. En dix jours, on a enregistré six chansons dans le studio de Fred. Il fallait que je continue, quitte à prendre mon temps. J’avais aussi la chance de ne pas être comme beaucoup de gens qui vivent le même malheur que moi et qui, gagnant 1.300 euros par mois, sont obligés d’aller retravailler tout de suite. Je suis mon propre patron. Si je ne sens rien, je ne fais rien. Je n’avais pas la pression de ma firme de disques. On ne m’attendait pas.

Fred vous a-t-il laissé des bouts de chansons sur lesquelles il travaillait ?

Pour l’instant, je ne touche pas à ça. Il avait fait une musique pour un spectacle de danse, en 2005. Il y a de belles choses dedans mais il faudrait que je mette ça en chansons. Pourquoi pas… Peut-être qu’un jour, ça viendra. Il y a des riffs que je mettrai peut-être dans le prochain album.

Quelle a été l’implication de votre fils Raoul dans votre disque ?

Je lui ai demandé de jouer des parties de guitare précises, une fois que l’album était bien avancé. Il a déjà un groupe et fait pas mal de scène en se débrouillant seul. Je ne lui aurais pas fait la vacherie de lui demander de me rejoindre sur scène sans cela. Je lui ai demandé de faire ma tournée, sans savoir s’il voulait car ce n’est pas une position aisée à tenir, mais il était un guitariste qui me donnait envie. Je savais qu’il jouait bien. C’est un guitariste flamboyant. J’ai la chance que ce soit mon fils. Et en plus, c’est très émouvant.

Surtout quand, en fin de concert, il reprend le fameux riff de son père, sur « C’est comme ça »…

Tout le monde est ému par ça. Lui, moi, le public…

Venons-en au disque. Il est très varié. Il commence dans la légèreté pour se terminer sur une note plus grave.

C’est naturel, chez moi. Car je fais aussi ce que je peux et pas que ce que je veux. Avec Fred, on a toujours mis de tout dans nos disques. Comme dans le double blanc des Beatles. C’est une merveille, ce disque. Moi, j’ai appris à jouer de la flûte sur « The fool on the hill ».

Votre chanson « Mahler », sur le fameux adagietto de la Cinquième symphonie, immortalisé par Visconti dans « La mort à Venise », est sans doute la plus belle lettre d’amour jamais écrite… Sur scène, vous dites que cette chanson sert à faire le deuil de Fred, avec le public…

Fred m’a toujours poussée à être indépendante, à faire des choses sans lui. La chanson finit bien d’ailleurs, on rit à la fin, on n’est pas dans une perte inexorable, je ne dis pas : je ne peux plus rien faire sans toi. On n’a jamais fonctionné comme ça. Avec Fred, on aimait écouter ce morceau de Mahler. Fred aimait bien aussi les compositeurs russes, Prokofiev, Tchaikovski, les trucs très rythmés.

La chanson « Punk 103 » évoque la peinture, les couleurs… Votre père était peintre…

J’ai toujours bien aimé l’image et le dessin. Avec un père peintre, c’est difficile de faire autrement. À moins d’être dégoûtée par une mauvaise relation avec son père, ce qui n’a pas été mon cas. Ça m’est déjà arrivé de dessiner, plus que de peindre.

Sur scène, vous reprenez, des Rita, « Jalousie », « Le petit train », « C’est comme ça »…

Au feeling. Je choisis celles que je me sens en phase de chanter maintenant.

On vous sent plus détendue qu’avant, moins sur la défensive, moins agressive aussi…

C’est possible, oui. J’ai fait des progrès, je suis moins anxieuse. Avant, je partais en vrille. Fred ne faisait pas que me calmer, je vous rassure. J’ai fait des efforts, c’est l’âge aussi. Je suis dans mon troisième âge, je suis une senior. Sans la sagesse, on tourne mal.

Catherine Ringer sera à l’Orangerie du Botanique le samedi 4 juin.
Qu’est-ce qui vous a poussé à faire un album solo ?
Rita Mistuko très connu en Flandres
L’album Ring’n’Roll paraît le 2 mai sur Because-Warner.

THIERRY COLJON

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3 Comments

  1. Roger Vanoppen

    26 avril 2011 à 19 h 59 min

    MERCI pour ce bel interview avec Madame Catherine Ringer: SUPER !!!

  2. Roger Vanoppen

    26 avril 2011 à 20 h 27 min

    Ah si Les Rita Mistouko sont bien connus ET aimés dans La Flandre !!!! Je suis de Diest et j’ ai TOUS leurs disques ! Je vais même à Paris pour La voir, j’ai été à La Cigale 2 fois pour ‘Catherine Ringer chante Les Rita Mitsouko et des autres’ et à ‘ La Boule Noire ‘ pour 2 fois Rock’n Roll !!! BIENVENUE à Bruxelles Catherine, on sera là le 4 juin 🙂 et n’écoutez pas du tout ce journaliste 🙁

  3. lesoir

    27 avril 2011 à 15 h 07 min

    Roger,
    vous n’avez pas dû très bien comprendre le journaliste qui, justement, disait à Catherine que les Rita Mitsouko étaient très connus en Flandre, à l’époque.

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