La ligne Claire selon Tindersticks

En 15 ans, le groupe anglais a collaboré à six reprises avec la réalisatrice Claire Denis. Stuart Staples et ses musiciens en ont tiré matière à un concert exceptionnel au Bozar. Cerise sur le gâteau : leurs bandes originales sont désormais disponibles dans un seul et même coffret.

Pour certains groupes, écrire la musique d’un film représente une sorte de graal. Voilà un long moment maintenant qu’au cinéma, Claire Denis a lié le sort de ses films aux musiques que lui écrivent Stuart Staples et ses Tindersticks. La réalisatrice française (Trouble every day, White material…) nous avait déjà dit son sentiment, lors de la sortie de 35 Rhums : « J’ai cette impression que Stuart avait tellement le film en tête que même quand on passait la musique sans les images, ça me faisait venir les larmes aux yeux. » A quelques jours d’un concert qui s’annonce unique, c’est ce dernier qui a évoqué pour nous cette collaboration.

Que verra-t-on et qu’entendra-t-on au Bozar ?

Avec Tindersticks, nous prenions l’habitude de changer de setlist, d’être plus « spontanés ». Ici, pas du tout. C’en est une qui parcourt tous les films sur lesquels nous avons travaillé avec Claire au cours de ces quinze dernières années. Nous avons essayé de mettre en forme toutes les émotions qu’ils dégagent, de sorte que ce concert est en lui-même une histoire, pas juste un enchaînement de clips que nous accompagnerions en musique. Parfois, il n’y a d’ailleurs que la musique, parfois rien que les images et les dialogues, et parfois les deux s’assemblent…

Quand vous avez rencontré Claire pour la première fois, qu’attendait-elle de vous ?

A l’époque où elle écrivait Nénette et Boni, elle avait été touchée par notre deuxième album (NDLR : Tindersticks, en 95), et surtout par la musique de « My sister ». Je crois qu’elle avait aimé l’élément ludique de la chanson, et je pense que Nénette et Boni est ludique également… Elle nous a approchés en nous demandant si nous voulions faire partie du projet, par exemple en l’autorisant à utiliser « My sister ». Mais au fil des conversations, nous nous sommes dit que ce serait excitant de pouvoir écrire la musique de tout le film.

Et vous vous êtes retrouvés impliqués dans six de ses films !

À l’époque, nous ne savions pas que ça déboucherait sur une relation aussi longue. En même temps, les musiques de ses films ultérieurs ne nous étaient pas d’office dévolues. Tout dépendait à chaque fois de ce qu’elle cherchait. Il fallait aussi que ça nous inspire, que ça soit un challenge, que ça puisse se faire au vu du planning du groupe…

Qu’est-ce que ça vous apporte ?

Chacune de ces collaborations a son histoire propre et représente une approche différente du travail. Elles sont aussi autant de facteurs qui ont fait que le groupe existe toujours, que nous avons encore envie d’écrire, de chercher des choses neuves et excitantes. Les musiques des films ponctuent ces quinze années, et à chaque fois, nous sommes retournés à nos propres compositions avec une énergie renouvelée.

La bande originale de L’intrus a de particulier que vous y avez travaillé sans le groupe ; elle s’inscrit néanmoins dans ce concert ?

J’y ai travaillé à un moment où le line-up original du groupe était en train de se défaire. Je me sentais très seul, mais c’était aussi une époque excitante, de nouvelles découvertes. Du coup, ramener à la surface les émotions vécues alors avec le groupe tel qu’il est aujourd’hui a quelque chose de surprenant. C’est à la fois comme les ressusciter et les pousser un peu plus loin encore. A vrai dire, c’est un passage du concert qui m’enchante.

Qu’est-ce qui vous inspirait, à chacun de ces nouveaux films ?

Vous savez, quand les images sont là, que vous vous retrouvez totalement aspirés par celles-ci, elles inspirent la musique. Je crois que c’est quelque chose de cet ordre ; nous nous sommes tout de suite sentis connectés.

Sans penser un jour à faire vivre cette musique sur scène ?

Quand nous avons terminé celle du dernier film, White material, nous nous sommes dit que jouer cette bande-son en live pouvait être intéressant. Nous avons repensé aux musiques précédentes, puis le label Constellation s’est impliqué avec le projet de coffret, et l’idée s’est vraiment concrétisée.

Didier Stiers

Tindersticks, 23 juin, 20h30, Palais des Beaux-Arts. Info : 02/507.82.00 et www.bozar.be.
“Claire Denis film scores – 1996-2003” sur le label Constellation.

1 – Chaque bande originale est un tournant pour le groupe
2 – Le travail avec Claire Denis
3 – Composer une bande-son, c’est penser la musique autrement


commenter par facebook

répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *