“Nevermind”: Putain, 20 ans!

Vingt ans, ça se fête. C’est donc sans surprise que Universal ressort «Nevermind», le deuxième album de Nirvana, en septembre prochain. Le bébé nous reviendra en trois versions: en CD simple remasterisé, en double CD deluxe (avec raretés, démos et live) et en version super deluxe double CD, DVD live, livre. Retour sur un phénomène populaire.

Il est difficile aujourd’hui de s’imaginer l’effet qu’a eu «Nevermind» sur la jeunesse occidentale à l’orée des 90’s. Pour notre part, on se souvient du printemps 1992 où, dans la cour du collège, Nirvana était partout: dans les écouteurs, les conversations, sur les t-shirts et les classeurs, dans les cheveux longs et gras, les chemises à carreaux et les jeans déchirés. Nirvana, c’était le zeitgeist par excellence, on ne pouvait y échapper et de toute manière, on n’en avait pas envie tant ce truc était excitant et nous parlait: «Here we are now, entertain us!» Le plus étrange finalement dans l’histoire, c’est que ce disque avait été pondu par trois jeunes branleurs provinciaux qui étaient encore totalement inconnus un an auparavant.

«Nevermind» est le deuxième album de Nirvana, le premier pour la major Geffen. Son prédécesseur, «Bleach» avait été enregistré pour 600$ dans un studio de Seattle et était sorti sur l’indépendant (et désormais légendaire) label Sub Pop. Mais voilà, au tout début des années 90, l’industrie musicale se tourne à nouveau vers le rock à guitares. Sur les conseils de Sonic Youth, David Geffen va donc signer Nirvana et rien ne sera plus jamais comme avant.

«Tant pis, c’est pas grave»

«Nevermind» a été enregistré par Butch Vig (futur Garbage) à North Hollywood en mai et juin 1991. Le disque sort le 24 septembre et est initialement pressé à 50 000 exemplaires. En automne, alors que Nirvana est en tournée européenne, «Nevermind» entre pour la première fois dans le top 40 américain – il n’en ressortira pas de sitôt. «D’après nos amis, il y a une vraie nirvanamania en Amérique» s’inquiétait déjà Kurt Cobain aux Inrockuptibles à l’époque, «j’espère que ça se sera un peu calmé à notre retour…». En novembre, l’album est certifié disque d’or aux Etats-Unis et en janvier 1992 un phénomène hautement symbolique se produit: «Nevermind», ce disque de rock braillard sur trois accords détrône le «Dangerous» de Michael Jackson au sommet des charts US. Les années 80 sont définitivement terminées et le rêve américain avec elles (bien qu’on ne s’en doute pas encore). Place au nihilisme des 90’s. Comment en est-on arrivé là?

Tout d’abord il y a cette pochette qu’on penserait être une pub tellement elle est marquante. Ce bébé plongé dans une piscine attiré par un billet de 1$ comme un poisson l’est par de la bouffe accrochée à un harpon. Ça en dit déjà long. Ensuite il y a ce riff de guitare sur quatre accords alors qu’on vient de pousser play et cette batterie qui s’impose et explose tout. Impossible de rester de marbre à l’écoute d’un truc pareil. Ce qu’on entend sur «Nevermind», c’est un dosage parfait de punk, de metal et de pop accrocheuse. Ce qu’on ne va pas tarder à apeller le grunge (qui vient de l’argot grungy, sale).

Enfin, il y a la personnalité de Kurt Cobain qui se reflète dans ses textes. Un jeune type de 25 ans, originaire d’Aberdeen (un bled paumé à une centaine de kilomètres de Seattle… soit un autre bled paumé) qui saura représenter bien malgré lui tous les maux de la génération X. Une génération sans plus aucune valeur, qui n’a aucune réelle attente de la vie, perdue dans un désert de matérialisme et de mercantilisme sans foi ni loi. Si le punk avait encore l’énergie et l’illusion de vouloir faire table rase, le grunge ne fait plus que constater. Ce sentiment d’impuissance est parfaitement résumé dans le titre du disque: «Nevermind», «tant pis», «c’est pas grave», on n’attendait rien de toute manière. Mais Nirvana et Kurt Cobain recevront beaucoup. Trop. Et on connaît la suite. Reste ce testament dans lequel on invite tous les djeuns d’aujourd’hui à se plonger. Ils y trouveront bien plus qu’un billet d’1$.

Didier Zacharie

Nirvana, Smells Like Teen Spirit
Nirvana, Come As Your Are
Nirvana, In Bloom
Nirvana, Territorial Pissings, Live @ Reading 1992
Rockumentaire, Classic Albums, Nirvana “Nevermind”

Journaliste lesoir.be

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11 Comments

  1. Pingback: Facebook censure une pochette de Nirvana | Geeko

  2. Le Vince

    28 juillet 2011 à 12 h 24 min

    Ca me rappelle ma réflexion la première fois où j’ai entendu ‘Smels like teen spirit’ en automne 1991 : ‘Tiens !? Un nouveau Pixies…’.

    Pour moi, la révolution fut ‘Come on Pilgrim’ des Pixies 5 ans plus tôt…

  3. JSBX

    28 juillet 2011 à 12 h 38 min

    D’accord avec toi Le Vince !!

  4. jlawyer

    28 juillet 2011 à 13 h 08 min

    souvenirs, souvenirs
    ça ne nous rajeunit pas
    et pour “la cour du collège”, je confirme, je fréquentais la même…

  5. Franz

    28 juillet 2011 à 14 h 14 min

    Ce qui me frappe avec Nirvana, c’est qu’ils ont su fournir de la qualité 36 carats tout au long de leur (courte) carrière. Toutes, absolument toutes leurs chansons sont du même niveau (même les faces B). Dans leur style (précision importante), ils sont physiquement impossibles à égaler (un peu comme la vitesse de la lumière en physique). Et même 20 ans après, quel bonheur de les réécouter.

  6. juris92

    28 juillet 2011 à 14 h 54 min

    “Metallica”: Putain, 30 ans!

  7. Dam

    28 juillet 2011 à 15 h 30 min

    A cette époque j’étais encore dans ma période de deuil de Freddie Mercury … Et perso j’ai toujours préfér Alice in Chains

  8. Fuzzguzz

    28 juillet 2011 à 15 h 31 min

    Putain… Slade Alive… presque 40 ans ! 🙂

  9. le Bison

    29 juillet 2011 à 7 h 56 min

    C’est sur le fait que 20 ans après, les gens écoutent encore Nevermind, que l’album et la pochette continuent de faire parler, qu’on se rend compte que Kurt Cobain, même (ou surtout) désespéré était un génie et qu’il a marqué l’esprit du rock !

  10. Rone

    29 juillet 2011 à 10 h 42 min

    Putain.. Robert Johnson.. 80 ans!

    “comme un poisson l’est par de la bouffe accrochée à un harpon.” .. Z’êtes jamais aller à la pêche, Monsieur Zacharie?

  11. Francis Larocque

    19 septembre 2011 à 17 h 27 min

    Quelle débilité, de A à Z, cet article.

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