Les sacro-saints synthés ressuscitent

Il est déjà loin, ce premier album avec lequel les Américains sonnaient le retour de la vieille école. Des fifties et de la Factory des années 80, du mélange mélodies pétillantes/textes sombres. Ça, c’était en mai 2010, quand sortait chez nous The Drums… Ils reviennent en cette fin d’été avec un fort bon deuxième disque, aux lyrics parfois déroutants.

Au lendemain de leur prestation à Dour, en juillet dernier, nous avons retrouvé Jonathan Pierce et Jacob Graham dans un café du centre de Bruxelles. Fatigués, les chaussures encore boueuses de leur passage en terres hennuyères. Mais prêts à aborder un nouveau chapitre de leur existence. Et Portamento, leur deuxième album !

A Dour, votre son a dû en surprendre plus d’un par son ampleur… Elle était juste le fait de la configuration des lieux ?

Il y a un an à peu près, quand notre guitariste (NDLR : Adam Kessler) a quitté le groupe, nous avons commencé à apporter ici et là quelques changements. Jusque-là, nos idées étaient très arrêtées, nous étions très heureux de la manière dont les choses fonctionnaient. Là, il a fallu réévaluer, c’est naturel.

Quoi, par exemple ?

Par le passé, nous utilisions notamment des backing tracks : les passages de synthés étaient préenregistrés. Or, nos premières amours musicales, à Jacob et moi, c’est la musique synthétique des sixties et des seventies. C’est un peu à cause d’elle que nous nous sommes rencontrés. Du coup, nous avons essayé lui et moi de jouer des synthés en live, ce que nous ne faisions pas auparavant parce que nous n’étions pas assez nombreux. Myles (NDLR : Matheny) nous a rejoints à la guitare, un autre ami joue de la batterie en concert et voilà… Le son est du coup un peu plus imposant.

Vous vous êtes servis des synthés dans une nouvelle optique, sur « Portamento » ?

Sur le premier album, les sons de synthés étaient, disons, plus génériques. Nous ne nous étions pas trop cassé la tête dessus. Ici, c’est plus le cas : nous avons ajouté un peu de réverbe et très fort soigné les détails. Être méticuleux nous a paru très excitant, je dois le dire.

Sur la pochette comme sur le teaser qui a circulé sur le net ou encore certains des titres eux-mêmes, on ne compte plus les symboles religieux… Coïncidence ?

Avec nous, neuf fois sur dix, il n’y a pas de coïncidence. Quand nous travaillons sur un nouvel album, nous voulons que ça se fasse naturellement, mais nous sommes néanmoins guidés par une idée globale. Nous ne nous avançons pas dans le noir. S’il fallait comparer ce disque-ci au précédent, je dirais que « Portamento » est plus honnête et plus personnel. Jusque-là, nous avions tendance à « romantiser » les choses, à les dramatiser. Bien sûr, il y a encore un peu de romantisme dans ce disque mais il puise ses racines dans la réalité, notre réalité, la manière dont nous vivons notre vie…

Et vous avez eu une éducation religieuse, non ?

Oui, Jacob et moi avons eu une éducation religieuse, à l’école comme à la maison, depuis très jeune. En vieillissant, nous avons eu envie de traiter un peu de ça et, pourquoi pas, dans l’une ou l’autre chanson.

D’autres l’auraient gardé pour eux…

Nous aurions pu revenir avec un nouvel album traitant d’idées, de concepts. Ou un disque de dix nouvelles chansons sur le surf, nous aurions empoché le pognon et aurions eu l’air de petits malins. Nous avons préféré parler de nous. J’aime le romantisme comme n’importe qui, mais ce disque me semblait exiger un peu plus d’honnêteté. Peut-être qu’un jour, nous le regretterons. En attendant, le premier album m’est cher parce qu’il correspond à une période significative pour nous, mais je suis plus fier du second et je crois qu’il m’accompagnera jusqu’à la fin de ma vie.

Didier Stiers

En concert ce jeudi 15 septembre au Botanique.


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