La chanteuse de blues Etta James est décédée

La chanteuse américaine de jazz, blues et soul Etta James est décédée vendredi à Los Angeles à l’âge de 73 ans des suites d’une leucémie.


Etta James était une des plus belles voix du blues. Elle était sans doute même une des plus grandes voix du XXe siècle. Sans doute a-t-elle fredonné en elle-même, sur son lit d’agonie, « Something told me it was over » (« quelque chose me dit que c’est fini »), le premier vers d’une chanson formidable, « I’d rather go blind », qu’elle chante (n’employons pas l’imparfait) avec une sensibilité, un feeling, un groove incroyables. Une des chansons tristes les plus magnifiques qu’on ait jamais chantée.

Etta James, on l’a un peu (trop) oubliée ces dernières années. Ce fut pourtant une artiste de tout premier plan. Au même titre qu’Otis Redding, Etta James a fait le rythm ’n’ blues des années 60. Et son phrasé, sa voix légèrement voilée, son sens de l’anticipation ont servi de modèles à des chanteuses comme Janis Joplin hier, Cristina Aguilera ou Adele aujourd’hui.

C’est Johnny Otis qui l’avait découverte ; il est décédé mardi, quelle coïncidence. C’était en 1955. Etta, de son vrai nom Jamesetta Hawkins, a 17 ans. Elle chante avec un groupe de jeunes filles, les Peaches. Il l’engage, elle décroche un nº1 avec « Roll With Me, Henry », qu’elle cosigne avec Otis. Puis, en 57, c’est « Good Rocking, Daddy ». Le succès soudain, la belle vie, la tentation : elle est déjà accro à l’héroïne. Elle aura, toute sa vie, des difficultés à se débarrasser de ses assuétudes.

Un second départ s’offre à elle fin 1959 : elle signe chez Chess Records. Elle y fera ses plus grands succès, des classiques aujourd’hui : « All I Could Do Was Cry » (1960), « At Last » (1962), « Something’s Got A Hold On Me » (1962), « Pushover » (1963). Dans les studios de Muscle Shoals, en Alabama, elle enregistre des perles comme« I’d Rather Go Blind », « Steal Away », « Don’t lose Your Good Thing », rassemblé sur l’album Tell Mama de 1967.

Et puis elle fait des reprises formidables de morceaux des Eagles ou d’Alice Cooper. Elle reste accro à l’héro, mais ça ne l’empêche pas de chanter avec Shuggie Otis et Jack McDuff, avec Allen Toussaint de la soul très funky. Retour au rythm ’n’ blues en 1992 avec The right time, un grand album. Elle reprend du Billie Holiday. Elle tourne, elle chante, elle se produit partout dans le monde, elle enregistre. Du blues, du jazz, du rythm ’n’ blues, de la soul, en se moquant des étiquettes. Avec une voix assurée et qui groove toujours. Elle doit encore groover aujourd’hui aux étoiles.

JEAN-CLAUDE VANTROYEN

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Journaliste lesoir.be

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