Dans l’arrière-cour de Patrick Watson

Le songwriter montréalais sort un touchant nouvel album, « In your own backyard », enregistré à la maison.

Patrick Watson s’est enfin posé après la longue tournée accompagnant Wooden Arms (2009). C’est dans son studio, chez lui, à Montréal, que ce multi-instrumentiste de 32 ans a enregistré un nouvel album toujours aussi cinématographique et touchant.

Qu’est-ce qui s’est passé ces trois dernières années pour Patrick Watson ?

J’ai beaucoup tourné. L’industrie étant ce qu’elle est, ce sont nos concerts qui nous permettent de vivre. C’est d’autant plus important aujourd’hui parce que les salles de concerts ont remplacé les disquaires.

Comment présenter ce nouvel album aux couleurs mélancoliques et cinématographiques ?

C’est moins riche musicalement que mon dernier disque dans le sens où la musique est beaucoup plus épurée. On voulait un disque touchant, un disque aux couleurs pop. Ceci étant, si tu parles cinéma, je revendique l’influence d’Ennio Morricone. Ma seule ambition est que celui ou celle qui l’écoute prenne plaisir à l’écouter. Voilà, un disque qui fait du bien.

Tout le disque a été fait chez moi, c’est pour cela qu’il s’appelle ainsi. C’est la première fois que je suis resté aussi longtemps à la maison depuis sept ans. Quand tu voyages trop longtemps, tu finis par te perdre toi-même. Tu peux devenir dingue aussi même si c’est une vie agréable en soi.

Qu’est-ce qui a nourri ce nouveau disque ? Un artiste ? Un auteur ? Un réalisateur ?

Ce n’est jamais aussi simple que cela même si j’écoute toujours autant de musique. Par contre, si je pense à plusieurs influences, il y a d’abord cette virée dans le Grand Canyon, en tournée avec le groupe. Nous étions en voiture et on a rencontré des gens tellement bizarres. Il y avait un type avec un gros cigare tout droit sorti de The Big Lebowski. Nous n’étions pas vraiment morts de rire parce qu’il y avait beaucoup d’émotion aussi.

Qui d’autre ?

La série Interview Project de David Lynch. Le réalisateur s’est baladé dans toute l’Amérique profonde pour recueillir des entretiens avec des Américains moyens. Ce sont de vraies gens. Et si le cinéma de Lynch est étrange, s’il est aussi habité par des personnages aussi singuliers, c’est parce que ces personnes existent réellement.

Pour revenir à cette série de courts métrages, Lynch débarque dans une petite ville, se balade et demande à des gens des questions basiques du genre : « Que pensez-vous de la vie ? Quels étaient vos rêves d’enfant ? » Par exemple, il parle à une dame qui porte une fausse moustache. Mais pas pour les besoins de la caméra ; non, cette dame a tout le temps la moustache. Il y a aussi l’histoire de cette femme, veuve depuis huit ans, qui passe la majeure partie de ses journées sur le porche de sa maison. C’est magnifique comme procédé de la part de Lynch qui utilise internet de la manière la plus intelligente et la plus idéale qui soit.

Et les textes ?

Inspirés par le quotidien. Que ce soit un documentaire vu à la télé ou une expérience vécue. Au hasard, « Words in fire » est né d’une improvisation après un concert lorsque nous étions dans une petite ville du Québec. Des jeunes d’une quinzaine d’années nous ont invités à une fête autour d’un feu de camp. L’un d’eux m’a demandé de lui chanter quelque chose et les mots sont sortis tout seuls.

PHILIPPE MANCHE
La critique de l’album est sur le Mad

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