La Route du Blues (5): Memphis, Tennessee

C’est très tôt, lundi, jour férié dU Memorial Day, qu’on a quitté la ville de Miles Davis et Chuck Berry, Saint-Louis, Missouri pour rejoindre Memphis, Tennessee.

Car, une fois de plus, une sacrée route attend les bikers qui doivent surtout, sous leur peau de cuir, affronter la chaleur étouffante. Mais les 500 bornes du jour seront très différentes de l’Illinois de la veille. Le Missouri est nettement plus vert et vallonné. Surtout dans le parc national d’Ozark (qui a inspiré notre Ozark Henry). Il y a toujours autant de cadavres d’opossums le long de la route. Plus de daim mort cette fois mais bien des tatous de plus en plus nombreux, ventres au ciel, quand on descend vers l’Arkansas et le sud. On entre aussi en pleine Bible Belt. Cela se voit aussi bien aux nombreux messages divins bordant les routes nationales que dans cette pompe à essence d’Arcadia où la boutique proposait un véritable arsenal de carabines et de mitraillettes. Sans parler des autocollants “rednecks”, des drapeaux sudistes et des appels au port d’armes libre. Non, pas encore au meurtre… Passé la frontière de l’Arkansas, aux routes en nettement moins bon état, on fonce sur Pocahontas, en hommage à Neil Young et à la femme de Marlon Brando. Et puis c’est à nouveau la traversée toujours émouvante du Mississippi que bordent Memphis et sa gigantesque pyramide scintillante au soleil de plomb.

On ne perd pas de temps pour se rendre au célèbre Sun Studio d’Union Avenue. Là où l’histoire du rock’n’roll s’est forgée avec Elvis, Jerry Lee, Johnny (Cash), Carl (Perkins) et Roy (Orbison). Tout cela grâce au flair légendaire de Sam Phillips. Le musée nous raconte tout cela, au-dessus de la boutique à souvenirs. Mais nos organisateurs chéris (Patrick Grauwels, Peter Amato et Cédric Lorent) nous ont préparé une sacrée surprise. Ils ont obtenu, après 18 heures, la réouverture du studio, pour une session enregistrée (qu’on pourra entendre sur Classic 21) d’un concert improvisé avec deux des musiciens originels de Jerry Lee Lewis (BB Cunningham à la basse et Robert Hall à la batterie), de Rick Camp, des Memphis Crime, à la guitare et de Rick Steff, de Lucero, au clavier.

Tout cela dans le studio même, inchangé, où eurent lieu les fameuses sessions Sun dès 1954 de ceux qu’on a appelé le Million Dollar Quartet, dont la photo prise en décembre 1956, orne d’ailleurs le mur. L’émotion est palpable, surtout quand Marc Ysaye et Jean-Pierre Onraedt, les deux batteurs de l’équipe, ont l’occasion de jouer avec ces musiciens hors pair. Un grand et beau moment qui se termine au resto du coin par une after party où les musiciens américains sont venus faire la fête avec les bikers heureux comme des enfants gâtés.

THIERRY COLJON


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