La route du blues (8): Ainsi coule l’âme du Mississippi

Clarksdale, Mississippi mérite bien une journée de halte après avoir emprunté, depuis Memphis, Tennessee, la fameuse Highway 61 “Revisited” par Bob Dylan. Pour entrer dans la ville, on ne peut pas manquer le Crossroads, le carrefour entre la 61 et la 49, marqué par une guitare bleue, symbolisant le destin légendaire de Robert Johnson.
Que ce soit le jour où, à cet endroit, il rencontra le diable qui lui a donné le génie du blues en échange de son âme, ou celui de 1938 où à 27 ans, il est mort, soit empoisonné par un mari jaloux, soit de la syphilis. On ne le saura jamais.
Bonjour l’ambiance d’une ville qui a livré au blues du Delta ses meilleurs représentants (on en a parlé hier) qui sont partis à Memphis ou ailleurs connaître la gloire. Clarksdale, le véritable berceau du blues, depuis, meurt à petit feu. Certains ont pourtant décidé de le sauver en y faisant revenir les touristes. Roger Stolle est un jeune New-yorkais venu s’installer ici il y a une dizaine d’années. Il a ouvert un magasin d’art folk, de livres et de disques et créé le Juke Joint Festival de blues et, il y a trois ans, un festival de cinéma. Deux autres olibrius ont, eux, carrément racheté une ancienne plantation de coton (depuis longtemps supplanté par le maïs) pour la transformer en un hôtel, le Shack Up Inn. Les baraquements des ouvriers sont restés en l’état, aggravés même par une déco vintage, mais à l’intérieur chaque appartement offre le confort moderne. On y vient de partout tellement l’ambiance du lieu est authentique.
L’autre citoyen à avoir investi à Clarksdale n’est autre que le comédien Morgan Freeman qui, début 2001, ouvrait le blues bar Ground Zero (ignorant que quelques mois plus tard, ce terme prendrait une funeste connotation). Situé juste en face du passionnant Delta Blues Museum, le Ground Zero ne paie pas de mine, comme rien ici à Clarksdale mais une fois le soir venu, à l’intérieur, l’endroit vibre de bonnes sensations blues. Le groupe résident, mené par Daddy Rich, invite qui le veut à le rejoindre. Ce que firent bien sûr nos héros Marc Ysaye et Jean-Pierre Onraedt, toujours prompts à vivre un rêve de plus. On y mange, on y joue au billard. On y boit de la bière… Le genre d’endroit qui fait revivre une ville.
Clarksdale n’a rien pour elle, sinon une histoire et une âme, un patrimoine énorme et, espérons-le, un réel avenir économique.
On avait prévu de découvrir la région alentour lors d’une promenade à moto de 140 kilomètres mais un nouvel orage démentiel, envoyé par un Mojo diabolique, nous en a empêché. Faudra revenir!
Demain, on fait une halte à Jackson, Mississippi,avant de terminer l’aventure à la Nouvellle-Orléans. Si les esprits nous le permettent…
THIERRY COLJON


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1 commentaire

  1. bluefloyd

    1 juin 2012 à 12 h 54 min

    Bravo aux organisateurs, cette route du Blues restera certainement gravée dans l’esprit de tous leurs participant(e)s (et ce n’est pas fini)… A-t-elle fait l’objet d’un reportage filmé ? Bonne route…

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