La route du blues (11 et fin): Big Easy la corrompue

A la messe le dimanche matin et dans la rue du stupre (Bourbon Street) le soir. Entre ces deux extrêmes, une ville pas comme les autres. Une exception, une erreur humaine de la nature, une véritable garce, surnommée Big Easy (la grosse facile), qui détient le titre de ville la plus dangereuse et la plus corrompue. Tout cela dans ce sud prétendûment si biblique.
On en a eu une belle démonstration à l’église Sainte-Augustine pour une messe gospel d’une ferveur inouïe. Pour y arriver, il faut traverser les plus belles rues du French Quarter: Dauphine et Burgundy. Les maisons aux balcons de fer forgé y sont légions. Toutes admirables, bien rénovées. Et puis, dès l’après-midi, tout bascule, Bourbon Street. La rue des bars qui puent la bière, le vomis, la pisse et les égoûts. Oui, N’Awlins, comme ils l’appellent, est bien construite sur des marécages. Même qu’il est impossible d’y inhumer dans la terre les morts. Les cimetières et ses petits mausolées n’en sont que plus beaux. La ville des morts, du vaudou et de la fleur de lys cultive ses contrastes. S’amuse à se faire peur avec ses alligators, ses poupées vaudoues et ses têtes de morts. Le soir, le samedi surtout, les hommes montent aux balcons avec des colliers de pacotille et les lancent aux filles qui passent. La tradition veut qu’elles montrent leurs seins en guise de remerciement.
Tous les clubs ont leur groupe live, créant une cacophonie du diable. Pour écouter de la bonne musique au calme, dans cette capitale du jazz, il faut aller plus loin, sur Frenchmen. Et la journée, autant aller faire un tour sur le Mississippi ou dans les bayous, voire aller manger les beignets au Café du monde qui, depuis 1860, sert ses clients 24 heures sur 24, 365 jours par an.
Ou alors rendre hommage à Tennessee Williams dans un tramway qui ne s’appelle plus Desire. Tout cela pour se consoler d’avoir perdu nos bécanes reparties pour d’autres locations. On aura fait avec elles 1150 miles (1850 kilomètres) et les bikers, sans elles, se sentent comme nus, tout tristes.
Cette aventure, à la fois musicale, sportive et historique nous a ramenés aux sources du blues et donc de toutes les musiques populaires. A la Nouvelle-Orléans, le blues croise le zydeco et le jazz comme la nourriture cajun croise fruits de mer et poulet frit.
Nous reviendrons sur tout cela dans “Le Soir” du samedi 9 juin. Pour un compte-rendu global, à la fois résumé et bilan, grand récit et petites histoires. Leçon de blues (comme le “making of” que nous a livré Marc Ysaye) et équipée sauvage de ses cent dix fans de blues et de moto, de liberté et d’Amérique, de fantasmes et d’aventures. Une route du blues exceptionnelle offerte par Classic 21, amenée à ne pas rester sans lendemains. On entend déjà l’appel de l’Ouest, le vrai, de ses parcs et de ses déserts…
THIERRY COLJON


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2 Comments

  1. BLUEFLOYD

    4 juin 2012 à 8 h 40 min

    Merci pour cette ballade que je suis depuis le début…

  2. Old Monkey

    4 juin 2012 à 10 h 25 min

    Belle aventure pour ces valeureux blueseux. J’ose espérer qu’il y aura des extraits sonores de vos soirées musicales sur le site de Classic21. Merci de nous avoir conter cette superbe ballade en Harley

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