Sur un petit air de « Kill Bill »

Depuis 1993 et la sortie de l’ep Planetary funk vol. 1, ce n’est pas souvent qu’il nous l’avait réactivé, son projet cent pour cent techno. Et voilà pourtant que coup sur coup (il y a trois ans puis l’année dernière), Luke Slater se fend sous ce pseudo de deux albums impeccables. Le live a donc lui aussi retrouvé une nouvelle vie : à Tomorrowland, Planetary Assault Systems est venu mener la contre-attaque face aux produits grand public.

Avec ses machines et son saxophoniste, l’Anglais de Reading a intégré un line-up rassemblé sous l’étiquette Kozzmozz, un concept de soirées né à Gand, pourvoyeur de son depuis une quinzaine d’années. Y compris du côté de Boom donc où, pour cette huitième édition de Tomorrowland se rejoignent des habitués des dancefloors techno. Outre Slater : The Advent (live), Ben Klock, Terence Fixmer (live), Cari Lekebush, Kr!z, Spacid et l’immense Jeff Mills.

A 44 ans, Luke Slater mixe une techno savante comme une démonstration de théorème mathématique. Les couches de son se densifient. Les progressions sont implacables, toujours sous tension, dans un set intelligent, aux couleurs sombres malgré le décor de champignons magiques. Il y glisse même des passages minimalistes alors qu’un peu en contrebas, sur la Main Stage, toujours coiffé de son bandeau de tennisman, Martin Solveig se pose des questions métaphysiques depuis 45 minutes : « Are you ready to go ? »

“Rip the cut”

« Vous êtes prêts ? » Pas besoin de se le demander : où qu’on se trouve dans l’immense domaine de Schorre, « ils » sont prêts, les festivaliers. À s’entasser dans un caveau creusé sous l’un des chemins d’accès à la scène principale. Ou, bien sûr, à aller exploser sur les drops de Skrillex. Même si le bonhomme à la coupe de tifs asymétrique retourne le terrain avec la grâce d’un rugbyman, son « drop » à lui n’a rien à voir avec le Tournoi des Six Nations. C’est juste cet instant où la basse refait son apparition dans un morceau, après le crescendo attendu par les plus fans comme une délivrance. Efficacité garantie ! Le feu d’artifice qui clôture sa prestation en met plein la vue. Vous ai-je dit que dans ce festival, on en tirait beaucoup, des gros, et pas que le dernier jour après le dernier « concert » ?

La voie qui redescend de la Main Stage pour ramener vers l’entrée du site longe le « Théâtre ». « Interactive entertainment during the whole day », annonce le programme. Ce samedi, c’est Radio Ultra Moderne, où l’on « mixe impitoyablement de la musique de la première Grande Dépression avec la technologie de la seconde » (sic). Le petit moment détente et sourire : un mc en surpoids reprend « Tu vuo’ fa’ l’americano » de Renato Carosone, une groomette en body à franges danse sur « Woo hoo » des 5.6.7.8’s… Comme dans Kill Beat ! Pardon : Kill Bill !

Didier Stiers

Didier Stiers

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