Les plumes qui tuent du 210

Samedi soir, l’Atelier 210 nous proposait une triple affiche « rap » pour le moins alléchante. Mochélan, Veence Hanao et Odezenne, un Carolo, un Bruxellois et des Bordelais… Rien que sur papier, ça avait déjà une belle allure de dream team ! Sur scène, chaussée Saint-Pierre, ce line up accrocheur de forts en textes a tenu toutes ses promesses. Il va maintenant falloir qu’ils y remontent vite, les uns comme les autres !

Mochélan et Veence Hanao ont en commun cette sensibilité et cette vérité qu’ils mettent dans l’écriture puis leur interprétation face au public. Après, bien sûr, les atmosphères et la musique qui les porte diffèrent. Les trois musiciens (pianiste, batteur, contrebassiste) qui accompagnent le premier tissent ainsi des tapis jazzy sur lesquels il pose ses rimes accrocheuses et son flow au tempo versatile. Tans pis pour les retardataires : ils loupent cette évocation de l’école avec laquelle il entame son set. Pas l’école du micro d’argent (l’une de ses références perso), mais bien celle qui ne prépare pas à la vie, celle où l’on décroche, celle où les profs ne se sentent pas forcément mieux que les élèves. C’est d’emblée très fort, chaque phrase fait mouche, et le grand gaillard qui affiche sur son t-shirt son amour pour Charlyking tient en haleine trente minutes durant. Court, trop court, mais on le retrouvera du 9 au 12 janvier à la Samaritaine, dans une formule quelque peu différente, et avec un nouveau 4 titres sous le bras.

Du poumon noir arboré par Mochélan aux ambiances suffocantes des scènes que dessinent Veence Hanao et les machines de Rémi Zombeck, il n’y a qu’une respiration. Qu’il s’agisse de son « Mickey Mouse », de son « Steroïd man » ou de son triptyque sur la violence, elles traduisent toujours autant le malaise, le mal-être, voire les deux en même temps. « Chasse et pêche » allège un peu le ton oppressant, le refrain de « Kick snare bien » est repris en chœur par la salle et comme lors des Nuits Botanique, c’est avec « Scapa » qu’il achève son set. Entre parenthèses, ce single malt distillé dans les Orkney est conseillé par Michael Jackson (pas le roi de la pop mais l’auteur de l’indispensable Malt Whisky Companion) pour se remettre d’une balade, juste avant de passer à table. Celle, de balade, dans laquelle on suit Veence est toujours aussi saisissante, et un verre pour se remettre, ça fait un peu juste… Rendez-vous le 21 février au Botanique pour la prochaine scène, d’autant qu’on pourra y mettre enfin la main sur Loweina Laurae, le nouvel album dont la distribution devrait se faire par des canaux plus confidentiels.


Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse, disait Alfred de Musset les jours de grande soif. Changement de cru avec les Bordelais d’Odezenne, mais l’ébriété est assurée. Deux emcees coiffés d’un bonnet, un guitariste pour faire parler l’électricité et un dj : l’orientation se veut plus festive, et la salle du 210 se transforme tout doucement en dance hall. On en oublierait presque qu’eux aussi savent manier la plume, une plume qui se joue des carcans imposés comme des clichés, et que la bonne humeur de titres tels que « Tupuducu » ou « Le plus beau cul du monde » n’est peut-être que façade. Écoutez « Taxi » : il y a presque du film noir, dans ce texte ! Écoutez d’ailleurs tout l’album Ovni, c’est aussi du bon boulot !

Didier Stiers

 

Didier Stiers

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1 commentaire

  1. Veuch

    10 décembre 2012 à 9 h 06 min

    c’était vraiment du très bon niveau, une superbe soirée

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