Les news inutiles #40: Rise of the Indie

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Le secteur indé atteint un pic de ventes et se fait une place à la droite des majors. On débriefe. On parle aussi Grammy, Top 2013, guerre des Tweet, Noel Gallagher, Disappears et THE FEELING OF LOVE!!!

C’est dans le Royaume d’Elizabeth que cela se passe. Selon les chiffres de Music Week basés sur les charts officiels, le secteur de la musique indépendante a atteint son plus gros chiffre de vente du siècle avec 26,4% de part de marché des ventes d’albums. Soit une augmentation de 5% par rapport à l’année précédente tandis que le secteur du disque, tous labels confondus, a chuté de 4% sur la même période. En comparaison, Universal, qui a pourtant racheté le catalogue EMI, n’a vu ses ventes augmenter que de 1%. Ami, entends-tu la voix dissonante résonner de plus en plus haut?

Kesako?

En clair, depuis 2005, c’est la débandade. Les ventes de disques en Angleterre ont chuté de 40%. Côté indé, la chute est rabotée à 30%. Cela signifie que les gens achètent beaucoup beaucoup moins de disques qu’il y a dix ans, mais que quand ils achètent, c’est plutôt du certifié « qualité indépendante » que de la soupe FM. Soit, les amoureux du disque continuent à acheter du disque chez le disquaire spécialisé dans un contexte de restructuration du marché qui voit les majors commencer à se faire concurrencer par des groupes indépendants qui ont su placer leurs jetons.

De qui? De quoi? Comment? Pourquoi? Et d’abord, c’est quoi l’indie?

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C’est une bonne question, tiens. On en a fait une telle religion de la nébuleuse indé que… ça représente quoi, au juste?

Reprenons. Tout ça, c’est encore à cause de ces sales punks! Suivant l’éthique Do It Yourself, vers la fin des années 70, nombre de braves gens, qui patrons de magasins de disques, qui organisateurs de concerts, décident de créer leur label pour mieux faire passer la Bonne parole. Ainsi les Mute (Nick Cave, Depeche Mode), Rough Trade (les Smiths), Factory (Joy Division, New Order), Beggars Banquet (Bauhaus), 4AD (Pixies, Dead Can Dance), Pias (Front 242),… donneront, en Angleterre et en Europe (le mouvement est similaire aux Etats-Unis avec SST, Sub Pop,…), leurs lettres de noblesse au rock indé.

Le rock indé? Ce qu’on trouve « Left of the dial », comme le dit la chanson des Replacements, soit où se trouvent les fréquences hertziennes des stations College radios, seules aux Etats-Unis à passer les groupes alternatifs alors que les radios FM se gaussent des aristocrates du rock qui se vautrent dans les dollars et la variété la plus pompeuse.

Dès le départ, donc, il n’est point question de genre, le rock indé, c’est juste les autres. Et les autres sont transgenres, même si le rock est en vogue à l’époque, la chapelle touche autant à l’électro (Front 242, Neon Judgement,…) que la world mystique (Dead Can Dance) et j’en passe.

Dans les 90’s, une chose étrange se passe. Déniaisés pendant dix ans, les groupes indés sont désormais dragués par les majors qui sentent le vent tourner. Un « Nevermind » plus tard et c’est banco. Tous les groupes hier souterrains signent sur les grosses structures laissant les miettes aux petits labels qui se font racheter à tout va, sont dilués parmi les cinq grosses compagnies du disque qui deviennent toutes puissantes au début des années zéro: Universal, Warner, Sony, BMG, EMI.

Aujourd’hui, tandis que les majors se mangent entre elles (BMG par Sony, EMI par Universal) et ne savent toujours pas trop comment vendre leurs galettes à l’ère d’internet, les indépendants qui ont résisté se sont organisés en comprenant leur époque. Aujourd’hui, on dénote trois groupes assez costauds pour faire de l’ombre aux dinosaures du disque: Beggars Group et Domino Records en Angleterre, et PIAS en Europe continentale. Et selon Music Week, le poids des deux premiers n’est pas pour rien dans les bons chiffres de vente des labels indé en Angleterre en 2013.

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Beggars Group (anciennement Beggars Banquet, magasin de disque devenu label en 1977) regroupe quatre labels indés sous sa coupe, et non des moindres: Rough Trade, 4AD, Matador et XL. Soit, des gens comme Radiohead, Atoms For Peace, Adele, Sigur Ros (XL); les Strokes, Alela Diane et auparavant les Libertines et Arcade Fire (Rough Trade); The National, Bon Iver, Deerhunter (4AD); et Cat Power, Sonic Youth ou encore les Queens Of The Stone Age (Matador), numéro 1 aux Etats-Unis et 2 en Angleterre avec leur dernier « … Like Clockwork ».

Domino a été créé en 1993 par des gens qui ont des oreilles et ont signé tout ce qui allait être branché de chez branché dans les années zéro. La liste est impressionnante: Franz Ferdinand, Animal Collective, The Kills, Anna Calvi, Hot Chip, Four Tet et le fer de lance Arctic Monkeys. Les Monkeys ont d’ailleurs battu un record en devenant le premier groupe indé à obtenir pour la cinquième fois consécutive un album au sommet des tops en Angleterre. « AM » est aujourd’hui disque de platine en son Royaume avec plus de 300 000 exemplaires vendus et marche pas mal outre-Atlantique également.

PIAS a été créé à Bruxelles en 1981 par Kenny Gates et Michel Lambot et fonctionne aujourd’hui comme label et distributeur, tant dans la musique que dans le cinéma. Il distribue des dizaines de labels indés en Europe continentale dont ceux cités plus haut. En début d’année, PIAS a racheté Cooperative et V2 à Universal. C’est le plus gros label indé au monde avec des bureaux à Londres, à Paris, en Espagne, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Irlande, aux Etats-Unis et en Australie. Il est forcément incontournable en Belgique (de Front 242 à Soulwax, de dEUS à Ghinzu, mais aussi Agnes Obel, Editors, Mogwai). Bref, c’est du lourd.

Il faudrait aussi parler de Because en France, qui a bien placé ses jetons en signant un deal de distribution avec Warner, et City Slang en Allemagne.

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Si bien que voilà. Les chiffres sont là. Et la tendance est à l’exode des majors de groupes confirmés comme les QOTSA, Primal Scream, Sonic Youth et Radiohead avant eux,… Mais cette bonne santé commerciale de l’indie va-t-il se confirmer pour réellement s’installer à la droite des majors? Depuis une dizaine d’années, la marque indé est synonyme de coolitude. Mais cette nébuleuse du cool est aussi très floue à définir, et de plus en plus. Les indés grossissent et les majors tendent à créer des sous-labels à l’imagerie indé. Ensuite, 2013 a vu une autre tendance: celles de groupes anciennement de niche qui assument désormais leur statut de stars et jouent le jeu pour atteindre les masses, tels que Daft Punk et Arcade Fire. Bref, et si c’était pas simplement la musique qui revenait au centre du débat. Que les labels comprenaient enfin qu’il existe un public fidèle de mélomanes malgré le tout virtuel et que c’est vers eux qu’il faut se tourner.

Savez c’que disait Jean-Jacques… « Quand la musique est booooonne (bonne… bonne… bonne…) ». Le reste…

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Journaliste lesoir.be

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