Les reprises délicates de Cœur de Pirate

Béatrice Martin, alias Coeur de Pirate, a passé sa fraîche maternité à réaliser un album de reprises originales pour une série télé.

Béatrice Martin n’est pas du genre à rester longtemps les bras croisés. Enceinte de sa Romy née le 4 septembre 2012, elle avait déjà poursuivi sa tournée jusqu’à quelques jours de la délivrance. La chanteuse tatouée n’a pas fait que changer les couches de la petite en 2013. En plus de collaborer avec la marque 3 Suisses et de prêter sa voix à la Schtroumpfette pour le film Les Schtroumpfs 2, Béatrice a accepté de succéder à Ariane Moffatt, Pascale Picard et Martha Wainwright pour la réalisation de la bande originale de la cinquième saison de la série télé Trauma, sorte d’Urgences québécois.

L’occasion de chanter des reprises rock en anglais et de venir faire la promotion du disque.

Chanter les chansons qu’on aime est une chose, venir en Europe pour faire la promotion du disque en est une autre…

Je ne pensais pas le faire mais comme Universal trouvait que c’était cool de quand même sortir le disque, me voilà. Comme je n’avais plus sorti de disque depuis 2011, c’était l’occasion pour eux de me rappeler à votre bon souvenir.

Une fois donné l’accord de participer à la musique de la série, à qui appartient le choix des morceaux ?

C’est le fruit d’une discussion. Il y a des titres qu’eux voulaient que je fasse à tout prix. Genre « Lucille » de Kenny Rogers, « Last Kiss » de Pearl Jam ou « You Know I’m No Good » d’Amy Winehouse. En fait, c’est aussi une question de droits qu’il faut libérer pour la télé. C’est plus compliqué qu’une simple reprise sur disque. Je sais qu’on voulait faire Lou Reed mais ça coûtait trop cher. Les Beatles, c’est aussi un truc de fou. J’ai donc donné mes choix et on a fait avec ce qu’on pouvait.

Fallait-il aussi que ça rentre dans un canevas de scénario ?

Moi, je n’ai vu aucun épisode de cette saison. On entend certains extraits dans les épisodes, je sais. Et aussi que ça coûte plus cher quand c’est au générique. C’est fou, hein. C’est un monde que je ne connais pas du tout. Donc, moi j’ai enregistré les chansons et ils en faisaient ce qu’ils voulaient.

Quel est le morceau qui te tenait vraiment à cœur ?

Je tenais beaucoup à faire « Slow Show » de The National que j’aime beaucoup. Tous leurs albums sont bons, c’est rare. Et même meilleurs au fil des ans. C’est un des seuls groupes que je voudrais voir en live. Je déteste aller voir des concerts aujourd’hui car j’en ai trop fait, je crois. J’ai un déficit d’attention horrible, je trouve toujours les concerts trop longs. Mais là, je pourrais faire une exception pour eux. Peu de groupes pensent à créer l’événement chaque soir, comme Arcade Fire qui sont un peu extrémistes dans le genre. Ceci dit, j’ai pas trop aimé Reflektor non plus.

Cœur de Pirate chante en français et ici tous les titres sont en anglais…

La chanson française a bercé mon enfance, avec les disques de mes parents (de Cabrel à Barbara) mais ado, je n’écoutais que du rock en anglais : Cure, Bright Eyes, Cursive… « Dead Flowers » des Stones est une magnifique chanson avec un texte que je ne comprenais pas à 15 ans. « Music When The Lights Go Out » des Libertines, c’est aussi un texte que je n’ai compris que plus tard. Je comprends mieux ces chansons aujourd’hui mais elles m’ont beaucoup marquée et influencée.

Les reprises ont toujours beaucoup de succès. On le voit avec les émissions du genre The Voice » ou « Nouvelle Star ». Mais ici, la différence, c’est qu’il ne s’agit pas de tubes à proprement parler…

C’est vrai que le Tom Waits (« Bottom of the World ») est plutôt récent et Patrick Watson (« Great Escape »), il faut connaître. Pour avoir du succès en France, il faut tout le temps être là. Moi, je l’ai fait. Je passais mon temps à faire des allers-retours. J’étais crevée. Je l’ai très mal vécu…

Le fait d’être devenue mère de famille n’a pas changé grand-chose on dirait…

Je profite du fait que Romy n’est pas encore à l’école. Mais c’est plus planifié aussi. Elle m’accompagne car elle a besoin de moi en ce moment. Ce qui ne m’empêche pas de travailler. Trauma, ça m’a bien pris un mois de studio. J’ai fait aussi un autre truc, des compos dont je ne peux pas encore parler mais ça m’a pris des plombes après mon accouchement.

Les deux premiers albums parlaient essentiellement de la difficulté à être aimée et surtout à vivre l’amour sur la longueur. Comment trouver l’inspiration maintenant que le grand amour a porté son fruit ?

Je n’ai pas de mal à trouver des sujets de chansons car j’ai des craintes et des peurs comme tout le monde. Des insécurités aussi. Je vais pouvoir puiser là-dedans, raconter des histoires aussi. J’ai déjà beaucoup de chansons de prêtes. Pour moi, un album c’est une collaboration avec un réalisateur. Les chansons sont là. Je dois en avoir 150. Je n’ai pas arrêté d’écrire durant des années. Le tout maintenant est de faire un choix avec la bonne personne. Je pense par exemple à Björn Yttling, le Suédois de Peter Bjorn & John. J’aime aussi les arrangements d’Ambroise de Revolver. Ce qu’il a fait pour Woodkid. Et Stromae, pourquoi pas. Il écrit tellement bien. Je ne sais pas comment il est, comment il vit le succès, mais j’aime bien la production de ses disques. Ce serait drôle que Stromae produise mon prochain album.

Ici, le disque est très dépouillé : piano, guitare, violoncelle…

La série exigeait quelque chose de feutré. J’ai bien aimé ce côté boisé. J’aimerais garder ce velours pour la suite. J’écoute beaucoup Nina Simone en ce moment. Le jazz m’intéresse depuis peu.

Ce disque « Trauma » sera-t-il suivi d’une tournée ?

Non, sauf un concert unique peut-être.

Il n’existe toujours pas de DVD de Cœur de Pirate…

Je ne vois pas l’intérêt, non. Une amie m’avait offert celui des White Stripes dont j’étais fan et j’ai trouvé ça si nul ! Depuis ce jour, je dis jamais. Ou alors un film comme Feist a fait. J’aime le faux documentaire humoristique. Justice avait bien fait ça. C’était génial. J’aime le côté trash et surtout ne pas me prendre au sérieux.

Une dernière question pour les fans de tatouages. Maintenant que tu es mariée à un tatoueur professionnel, Alex Peyrat, y en a-t-il de nouveaux ?

Il dessine hyper bien. Il me tatoue oui. Mais il fait surtout du trad’ japonais, des suits au complet, comme les yakuzas. Ce sont des trucs de malade. De toute façon, je ne l’aurais pas épousé s’il n’était pas talentueux. Il travaille chez Tattoo Mania, à Montréal, pour ceux que ça intéresse.


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2 Comments

  1. yahaya

    13 février 2014 à 13 h 06 min

    bonnepirate

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