Owlle : une fille et des machines

Son pseudo, c’est juste une féminisation de « Owl ». Et sa musique, pas exactement de la « french touch ».


Le cap du buzz, celui suscité par « Free » et cette vidéo tournée dans une église parisienne en 2010, est désormais un peu passé. Mademoiselle Owlle a son album, intitulé France, des gens qui la suivent (parmi lesquels le couturier belge Jean-Paul Lespagnard), et continue une tournée avec un live qui a mis deux ans à se construire, entre résidences et concerts pour de bon.

A quoi ressemble le projet sur scène, pour ceux qui ne connaîtraient pas encore ?

C’est un batteur, un musicien aux synthés, et je suis au centre avec mes machines. Pendant le set, on passe par des phases très, très électro, dance, voire parfois plus house, ce qui peut paraître un peu étrange. Il y a des instants un peu cassés, pendant lesquels on étire des morceaux, et puis des moments beaucoup plus calmes, carrément minimalistes, avec la voix et une boucle qui tourne. C’est de la dream pop, à la fois mélancolique et dansante.

Pourquoi étrange ?

Je sais que certains ne m’ont jamais vue sur scène mais ont entendu un extrait de l’album, et souvent, ils ont une vision très définie de ce que je suis. Alors qu’au final, ce n’est pas forcément ce à quoi ils s’attendaient. Je trouve ça plutôt… marrant, de se dire qu’on donne d’autres choses.

Vous aviez l’impression d’être attendue au tournant, après ce buzz ?

On attend au tournant une artiste qui a déjà fait deux albums magnifiques et dont on va scruter le troisième. Moi, je ne suis qu’une artiste en développement, j’ai tout à faire. Je n’avais sorti qu’un ep. L’entourage professionnel est arrivé très vite dans le processus, quand j’étais vraiment aux prémisses de ce que je pouvais faire. Ça a été un peu perturbant au début, cet effet buzz. Comme cela arrive tout le temps, en ce moment : dès que ça frétille quelque part, on saute tout de suite dessus et on en fait quelque chose avant même que ça existe vraiment. Ce qui peut être dangereux. Mais j’étais bien entourée, par des gens qui ont pris le temps de m’écouter. Ils ont compris que si je ne voulais pas me presser, c’était pour de vraies raisons, pas juste pour faire ma star. Et finalement, c’était un buzz parisien. Ailleurs, le public ne sait pas qui je suis. Mais c’est pour cela que je suis contente d’avoir livré cet album. Même s’il est imparfait, parce que c’est le premier et que je vais encore apprendre, je trouve qu’il me ressemble. Pour moi, la présentation se fait maintenant !

Quelle est la « philosophie » de ce disque ?

Concrètement, j’essaie d’exister à travers ce projet. La musique est pour moi un endroit où sortir d’une réalité. J’en ai besoin. C’est mon univers parallèle, où tout est permis, ou presque.

Vous citez Brian Eno parmi vos inspirations. « Décalées », a-t-on pu lire quelque part…

Oh, il n’est pas si décalé, parce qu’il a quand même produit David Bowie et d’autres. C’est vrai que je le situe dans le côté un peu « spé », mais ce sont ses projets personnels qui le sont plutôt. Ce qui m’a marquée, c’est d’abord la rencontre avec son travail. Et le contexte dans lequel je me trouvais. J’étais aux Beaux-Arts, où des gens m’ont ouvert des portes, sur des choses que je ne connaissais pas. Portishead, Björk… Mes parents ont écouté plein de musiques différentes, mais qu’on va entendre en radio. Là, c’était autre chose et ça m’a beaucoup plu. Je vivais dans le sud, et quand j’ai décidé de venir faire mon équivalence aux Beaux-Arts à Paris, j’ai été prise d’une sorte de boulimie musicale. C’était aussi l’époque de toutes ces filles qui arrivaient, Lykke Li, Fever Ray, Au Revoir Simone… J’ai trouvé ça génial, et j’ai commencé à écrire avec ces références-là. Il s’est passé un truc magique, un peu mystique. J’ai compris que mon cerveau pouvait me permettre de faire des chansons. C’est fou ! Mais même maintenant, j’ai peur que ça ne revienne pas !

Si l’on écoute ce disque sans savoir qui vous êtes, difficile d’imaginer que c’est « made in France »…

Ce n’est pas du tout connoté « french touch », effectivement. Je me sens de plus en plus décalée dans mon propre pays, parfois même un peu incomprise. Les Français qui chantent en anglais, clairement, on n’aime pas ça, en France. Et puis, incomprise, parce que j’ai cette excitation, j’ai envie de faire plein de choses, de la vidéo par exemple, et j’ai parfois l’impression que c’est mieux perçu ailleurs…

Didier Stiers

Le 17 juillet aux Francofolies de Spa.
“France” : notre critique * * de l’album et son écoute intégrale sur Deezer.

Didier Stiers

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