Triggerfinger a toujours le doigt sur la gâchette

La terrasse de l’hôtel Métropole, place de Brouckère, le 2 avril dernier. Les Anversois de Triggerfinger enfilent thé à la menthe sur thé à la menthe au fur et à mesure des interviews. L’objet ? By absence of the sun, nouvelle galette du trio emmené par Ruben Block.

Peut-on voir dans le titre de ce nouvel album, « By absence of the sun », une métaphore sur le monde d’aujourd’hui ?

Ruben (chant et guitares) : Ça pourrait en être une. C’est ce que nous aimons avec un titre comme celui-ci. Qu’il fasse appel à l’imagination des gens. Mais, plus que ça, ce titre est le reflet de plusieurs choses. L’année dernière, nous avons vécu des expériences formidables, fantastiques et très fortes en tournée. Nous sommes conscients d’avoir une chance folle d’avoir pu faire tous ces chouettes concerts, chaque fois devant un beau public. D’un autre côté, quand vous bougez un peu, vous avez une autre perception du monde. Nous avons joué à Istanbul. C’était incroyable mais quand on assiste à des démonstrations des forces de police, c’est très impressionnant. Nous ne connaissions que très peu de chose sur la Grèce. Bien sûr, on a lu dans les journaux et vu à la télévision toutes les conséquences de la crise qui a frappé le pays, mais quand vous êtes sur place, c’est forcément autre chose. Vous vous demandez comment combiner toutes ces choses formidables et une réalité qui est moins sexy.

Votre regard sur le monde s’est-il modifié au cours de cette tournée ?

Ruben : A Los Angeles, par exemple, nous avons constaté une différence, surtout au niveau des sans-abri. Lorsque nous étions partis mixer le précédent album, on en voyait quand même de temps en temps mais aujourd’hui, c’est nettement pire. Il est commun de voir sur des grandes artères comme Sunset Boulevard de vieilles personnes faire les poubelles à la recherche de cannettes ou de vidanges pour récolter quelques cents.

Et pourtant la tonalité de « By absence of the sun » est moins sombre qu’elle aurait pu l’être. Pourquoi ?

Ruben : Nous n’avions pas envie d’enregistrer un disque déprimant même si ça aurait pu l’être. Le prochain le sera peut-être. Qui sait ?

Sans le carton de votre reprise de Lykke Li « I follow the rivers », ce nouvel album aurait-il vu le jour plus tôt ?

Mario (batterie) : Nous avons eu beaucoup de demandes pour jouer. Ce morceau, c’est vraiment ce qu’on appelle un heureux accident et après une année supplémentaire sur la route, nous sentions tous les trois que nous avions besoin d’enregistrer un nouveau disque. C’était très sain. D’un côté, on comprenait qu’il fallait tourner mais de l’autre, nous voulions du nouveau. C’est très sain.

Tourner trop tue la créativité ?

Mario : Bien sûr. Parce que tu es en permanence dans une zone de confort. Je garde surtout en tête, alors qu’on s’apprête à repartir en tournée, qu’un disque, le composer et l’enregistrer, c’est foncièrement vital pour l’équilibre d’un groupe.

Ce 28 juin, vous allez de nouveau vous produire avant les Rolling Stones à Werchter. Ça reste toujours excitant de partager la scène avec eux ?

Mario : C’est plus qu’un rêve, en somme.

PHILIPPE MANCHE

“By absence of the sun” : notre critique * *


commenter par facebook

répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *