Placebo: l’art du renouvellement

Jeudi dernier, le groupe de Brian Molko jouait à Werchter pour la septième fois déjà. Et le chanteur de nous dire à quel point ce festival et un autre comme le Pukkelpop ont fait une grande partie de l’histoire de Placebo. Vendredi, les Anglais seront en tête d’affiche des Ardentes. 

Pour Brian, 41 ans, qui s’est mis récemment à la musique de film (il a écrit pour Asia Argento), c’est en quelque sorte une nouveauté.

 

Qu’est-ce que le groupe a essayé de faire de neuf avec « Loud like love », le dernier album en date ?

Pour nous, un album est plutôt à chaque fois une sorte de réaction allergique au précédent. Battle for the sun a été fait au Canada, c’était le son d’un groupe qui avait changé de personnel, cherchait une identité. C’était une histoire d’amour avec la guitare saturée. Nous avions choisi le producteur de Tool pour réussir ce son très, très rock. Ici, nous voulions faire quelque chose de plus coloré, de plus éclectique, et suivre un petit peu plus un esprit psychédélique. Je pense que c’est très réussi, avec l’esthétique de l’album qu’on reproduit sur scène… Nous avons aussi commencé à utiliser de nouvelles technologies. Nous avons créé de la musique sur nos téléphones, sur nos iPad, ça nous a donné accès à des sons qui nous étaient inaccessibles auparavant. Souvent par accident : tu te trouves dans un esprit de jeu, tu fais n’importe quoi et tout d’un coup, un truc se passe, qui est d’une beauté, qu’on n’aurait jamais pensé faire…

Lequel d’entre vous est le plus branché nouvelles technologies ? Qui est le geek ?

Stefan (NDLR : Stefan Olsdal, basse/guitare). Moi, je suis très old school… Lui, il sait comment enregistrer un groupe, comment produire, utiliser les programmes d’enregistrement. Je ne suis pas trop intéressé par tout ça.

Pas intéressé ?

C’est beaucoup de boulot ! Je suis plus doué pour faire des conneries sur mon iPad, et voir ce qui arrive. Stefan a toujours été doué techniquement, et moi, j’ai l’esprit plus instinctif. C’est un beau mélange.

Que retiendriez-vous des années 90, artistiquement parlant ?

Une sorte de liberté, de se découvrir soi-même en public. C’est difficile, ces jours-ci, pour les nouveaux groupes. De faire des conneries, d’essayer des trucs en public. Parce que tout est documenté, maintenant. Les attentes sont énormes, il y a plus de pression, on veut des résultats immédiats. Je pense que nous gardons cet esprit-là ; nous avons toujours envie de nous renouveler.

Quand on s’appelle Placebo, en 2014, on doit toujours lutter pour préserver cette liberté ?

Oui, parce qu’il y a des attentes. De la part de notre public, par exemple. Une partie préfère telles années de notre carrière, ou demande que nous fassions plus telle ou telle sorte de chansons. Or, nous trouvons qu’il n’est pas possible de satisfaire les autres sans se satisfaire soi-même. Je ne peux pas monter sur scène et chanter une chanson à laquelle je ne crois pas, même si elle est la plus populaire.

Didier Stiers
(Photo : Mathieu Golinvaux)

 

Nos cinq choix

Giorgio Moroder (Vendredi 11, 00h30, HF6)
C’est une légende que les Ardentes accueillent là! Le compositeur et producteur italien fêtera ses 50 ans de carrière en 2015. Lui qui a signé bandes originales (Midnight express, American gigolo, Scarface…) et tubes planétaires («I feel love» de Donna Summer, «Take my breath away» de Berlin…) s’est mis au deejaying sur le (très) tard. Pas étonnant, vu leurs racines, que les deux Daft Punk l’aient sollicité pour figurer sur Random access memories. «Composer un morceau futuriste n’est pas simple, disait-il à propos de «I feel love». Et puis j’ai réalisé que le son du synthétiseur était probablement le seul qui traduise cette idée de futur.» D.S.

 
Earl Sweatshirt (Samedi 12, de 13h30 à 14h30, Open Air)
Quand l’un des membres du collectif Odd Future (Frank Ocean, Tyler The Creator & Co) s’éclipse en solo, ce n’est jamais parce qu’il a succombé au bling-bling putassier! Comme sur Doris, son album sorti en septembre 2013, Thebe Neruda Kgositsile (de son vrai nom) aime les beats lysergiques et les collages sonores originaux (un sample de Can ici, une ritournelle de manège là-bas…). A 20 ans, il rassemble 50.000 nouveaux followers sur Twitter rien qu’en promettant de poster un nouveau clip! D.S.

 
Madensuyu (Samedi 12, de 23h30 à 00h30, Aquarium)
Stijn de Gezelle et Pieterjan Vervondel se connaissent depuis plus de vingt ans. Et non contents de veiller les uns sur les autres, ils bichonnent Madensuyu avec un amour quasi monomaniaque. Nous ne sommes pas les seuls à penser dans le métier (Arno, la programmatrice Nathalie Delattre, le photographe Olivier Donnet…) que Madensuyu est le groupe belge le plus sous-estimé et ce, depuis D is done, leur deuxième album. Sur scène, le duo se transforme en véritable machine de guerre. Rythmiques tribales et hypnotiques, guitares hantées et chant guerrier pour un panel d’émotions unique. Ph.Mn.

 
Leaf House (Dimanche 13, de 13h10 à 13h50, HF6)
Les régionaux de l’étape (ils sont liégeois et poulains de l’écurie JauneOrange) seront de tous les bons plans cet été (Dour, Brussels Summer Festival…) et joueront quasi dans leur jardin ce dimanche. L’occasion de découvrir un groupe à l’esthétique soignée (pochette, clip…) et musicalement toujours en recherche. Leur premier album, Lleeaaffhhoouussee, possède plus d’un argument pour séduire le fan de Animal Collective, Foals, Beach House, Effterklang ou même Vampire Weekend. Ph.Mn.

 
Daughter (Dimanche 13, de 19h30 à 20h20, HF6)
Voilà à peu près un an et demi, ces trois Anglais signaient la meilleure cover qui soit de «Get Lucky», le single de Daft Punk. Hébergé par 4AD, le trio emmené par la voix mélancolique d’Elena Tonra affiche quatre ans d’existence au compteur et un premier album, If you leave, sorti en 2013 et joliment reçu par la critique. En live (un multi-instrumentiste les accompagne sur scène), le charme étrange de ces chansons pas souvent roses opère notamment de par la présence scénique étonnante de la chanteuse. D.S.

Didier Stiers

commenter par facebook

2 Comments

répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *