Tuxedomoon, culture de l’inclassable

Soirée quinqua ? Bal des rétros ? Voyage dans le temps ? Petit précis d’anticonformisme ? Escapade ? Biffez les mentions inutiles ! Tuxedomoon et Front 242 étaient ce mardi à l’agenda du Brussels Summer Festival. Beaucoup de monde, impressions variées…

S’ils avaient voulu jouer le jeu comme tout le monde, se rendre à la logique « festival », et puis aussi faire oublier la fraicheur baignant le Mont des Arts ce mardi, ces messieurs de Tuxedomoon auraient peut-être dû se fendre d’un sautillant « No tears », leur seul « tube » à ce jour. Et dieu sait si eux l’ont vu il y a longtemps, le jour. C’était en 1977, grosso modo. Oui mais voilà, le tout-venant, ils laissent ça aux mômes, et eux vous invitent à se risquer sur le bizarre.

Le bizarre et le fascinant, d’une certaine manière… Ces types dans des costards noirs, qui mettent en musique un texte du sous-commandant Marcos (« Muchos colores »), reconnaissons que ça a quelque chose de classieux. Mais c’est en même temps plein d’une sorte de mélancolie, que viennent de temps en temps faire grincer la guitare, le clavier (« In the name of talent ») ou le violon (« Time to lose »). Tuxedomoon dégage aussi un petit quelque chose de désabusé, quand on voit Peter Principle et Luc van Lieshout, raides, presque inexpressifs derrière leur instrument. Basse et trompette avec ou sans sourdine, respectivement. D’absurde, aussi, à chaque intervention de Bruce Geduldig, cache-poussière blanc, tronche de savant fou et mixage en direct d’images de mante religieuse et de bouts de films zarbis. Là, du coup, Tuxedomoon, jazzy, klezmer, bruitiste, sans âge, punk dans l’esprit ou tout ce que vous voulez de no wave, peut aussi devenir drôle. Second degré. A double sens.

Il y a quelques mois, on pouvait s’étonner de voir le nom du groupe inscrit à l’affiche du festival. Mardi, c’est pareil : content de le voir aussi « intransigeant », mais toujours aussi étonné. Le Mont des Arts n’est définitivement pas l’endroit le plus approprié pour se laisser porter par une rêverie un peu zinzin comme « Seeding the clouds ». Et ce son… toujours foutraque une fois qu’on quitte les abords immédiats de la scène. En attendant, Blaine Reininger manifeste son plaisir. Même s’il trouve étrange « d’être ici, au pied des marches de Bruxelles, par où nous sommes si souvent passés pour… mendier ! » 

Didier Stiers

A suivre : « Front 242, ou le retour du bodywarmer »

 

Didier Stiers

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