Nick Cave habité et frappé par la foudre

Le flamboyant Australien était ce week-end au Cirque royal.

Deux après la sortie de Push the Sky Away et la tournée qui s’arrêta à Werchter et à Anvers en 2013, Nick Cave est de nouveau sur la route et en formation réduite (quatre musiciens avec lui au lieu des huit ou neuf Bad Seeds habituels) pour toute une série de concerts en salle où, à la demande de l’artiste, tout le public est assis. Et pourtant, on ne peut pas dire que l’homme (57 ans) passe son temps à siroter des cocktails au bord d’une piscine. Nick Cave était à l’affiche de 20,000 Days on Earth, docu-fiction autobiographique de Iain Forsyth et Jane Pollard, a écrit un opéra, Shell Shock, pour La Monnaie et vient de sortir, avec son complice Warren Ellis, la musique du film de David Olehoffen Loin des hommes (chez V2).

Insatiable, l’ex-Birthday Party a donc retravaillé son répertoire en l’articulant autour du piano qu’il quittera pourtant à de nombreuses reprises pour électriser son public le temps d’un concert de pas loin de 2 heures et demie avec 23 morceaux au total. Samedi soir, premier des deux concerts bruxellois complets depuis des lustres, l’artiste était pour le moins détendu et est même allé (dès le quatrième morceau « Brompton Oratory ») jusqu’à inviter une demoiselle sur scène avec lui pour danser un slow. Nick Cave, qui plaît beaucoup à la frange féminine, a bizarrement joué de ses charmes alors que c’est aussi inhabituel qu’inutile. Quoiqu’il en soit, entouré d’un groupe impeccable dont Warren Ellis (guitare, violon, flûte, accordéon), Martyn Casey (basse) ou Thomas Wydler (batteur au jeu très jazz), le Patron a fait le travail.

Difficile pourtant de rester assis tant certains morceaux sont habités et secoués par des orages électriques (« Tupelo », « From her to Eternity », « The Mercy Seat », « Jubilee Street »,…) et la tension déclenchée par l’énergisante présence scénique de Nick Cave. Avec pas loin de quarante ans de carrière, ce dernier sait y faire sur scène. Quitter son piano et arpenter la scène, planter son regard dans les yeux de ces Dames, escalader les enceintes, se balader dans le public et même confisquer des téléphones. Nick Cave est autant conscient de son pouvoir de séduction que de son immense talent allant presque nous tirer des larmes le temps d’un émouvant « No more shall we part ». C’est toute sa force. Quitte à cabotiner avec flamboyance et nous faire croire que Dieu existe et les sirènes aussi.

PHILIPPE MANCHE


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