Tour du monde express avec SKIP&DIE

Il n’y avait pas que des gros barbus en cuir s’égosillant sur les scènes du Graspop, ce week-end. A Bruxelles, la Fête de la Musique avait pris ses quartiers dans le parc du Cinquantenaire. L’occasion d’une (agréable) rencontre avec SKIP&DIE, groupe qui n’aime rien de plus que mélanger les genres et faire danser le monde.

Fidèle à sa réputation de bêtes de scène, le combo mené par le Néerlandais Jori Collignon et la sud-africaine Cata.Pirata, a profité des Fêtes de la Musique pour présenter (après une date à l’AB Club il y a deux mois) son deuxième album Cosmic Serpents enregistré sur trois continents, entre Amsterdam, Johannesburg, Lisbonne, Buenos Aires, Le Caire et la Réunion.

Ironie du sort, c’est sous la grande Arche du Cinquantenaire, ce monument devenu le symbole du colonialisme belge à force de financement venu directement du Congo de Leopold, que cette célébration du multiculturalisme a eu lieu.

J’ai lu deux histoires concernant votre rencontre. Une a lieu à Amsterdam et l’autre en Afrique du sud…
Cata.Pirata: Elles sont connectées, en fait. On s’est rencontrés à Amsterdam et puis, on est partis en Afrique du Sud enregistrer le premier album.

Où êtes-vous ancrés aujourd’hui?
Cata.Pirata: Uh… Ici, dans le tour bus! (rires) Jori vit à Lisbonne et moi à Amsterdam, donc on n’a pas vraiment de lieu d’ancrage.

Votre deuxième album a également été écrit et enregistré sur la route. Est-ce que vous avez besoin de voyager pour créer?

Cata.Pirata: Non, mais on a besoin de se retrouver dans une aventure (“a journey” – NDR), un voyage qui peut être mental. On a surtout besoin de nous plonger dans l’inconnu, de sortir de notre zone de confort. Mais la raison principale pour laquelle on a enregistré ce disque un peu partout est qu’on tourne beaucoup.
Jori: Moi, je dirais que c’est tout de même important de voyager. Ce n’est pas une nécessité. Mais ça aide de voir les choses d’une autre perspective, voir comment elles sont organisées et faites dans différents pays, selon différentes cultures, rencontrer les gens… C’est un plus. Par exemple, on a joué au Moyen Orient l’an dernier, au Caire et à Beyrouth. Et on a eu du mal à trouver un tour manager pour des raisons de sécurité. On nous a dissuadé d’y aller, mais on y est quand même allés et on a eu une expérience vraiment riche, on a rencontré des gens tellement sympathiques et intéressants. Voir les choses par soi-même plutôt que de se baser uniquement sur ce qu’on te dit, ce que tu lis, pour nous, c’est très important. Dans la vie et dans notre musique.

En écoutant votre musique, justement, on a l’impression que vous plongez dans une culture, un style musical, vous la mélangez à votre vécu et il en ressort une chanson de SKIP&DIE…
Jori: Oui, c’est un peu ça. On n’est pas des puristes, on aime énormément de genres, on aime mélanger et on ne sent aucune restriction. Mais en fin de compte, c’est plus une question de ressenti et d’énergie qu’on retire de nos voyages et rencontres que de genres musicaux.

Votre nouveau single (« Maloya Magic ») a été enregistré à La Réunion avec le groupe Lindigo. Vous écoutiez déjà du maloya (genre musical de La Réunion héritier des chants des esclaves – NDR) avant d’y aller?
Cata.Pirata: On a découvert cette musique en voyant Lindigo en concert dans un festival en France. Ils jouaient avant nous et étaient tellement bons qu’on est restés jusqu’au bout pour les féliciter. Quelques mois plus tard, on a été invités à jouer à La Réunion. Ça nous a permis de sympathiser et d’apprendre un peu sur la culture et la musique locales. On a enregistré ce titre dans leur jardin…

J’ai cru comprendre que vous aviez des ancêtres pirates qui sont enterrés là-bas…
Cata.Pirata: Oui, c’est vrai. C’est une histoire incroyable. Quand j’étais petite, mon oncle me parlait toujours des pirates. Et j’ai appris dans les archives familiales – ma famille a fait beaucoup de recherches sur ses origines – que c’était vrai, que j’avais vraiment des ancêtres qui étaient pirates, qu’ils avaient navigué dans l’océan indien et qu’ils étaient enterrés à la Réunion. Je suis allée sur leurs tombes, dans un cimetière de pirates, c’était vraiment magique. J’ai du sang de pirate!

Vous chantez dans différentes langues (anglais, portugais, espagnol, afrikaans, xhosa, zoulou, français – NDR). Est-ce une manière de dire que le monde n’est pas juste occidental et en particulier anglo-saxon?
Cata.Pirata: Absolument. L’anglais est ma langue maternelle. Et puis ensuite est venu le portugais, puis le néerlandais, l’espagnol sans compter les langues d’Afrique du Sud (je ne les parle pas toutes). Il y a toujours eu un aspect multilangues dans ma vie quotidienne et j’ai toujours eu un sentiment de rébellion face au fait que la musique, du moins en Occident, était supposée être chantée en anglais.

Vous savez que le Cinquantenaire où vous allez jouer ce soir a été terminé avec l’argent du Congo? Du coup, c’est devenu un symbole colonial…
Cata.Pirata: Oh Fuck!
Jori: Qu’est-ce qu’on va faire? Il faut le démonter! (rires)
Cata.Pirata: Pfff… Tu sais quoi? Toute l’Europe devrait être envahie par les réfugiés! Ce serait une bonne leçon, tiens! (rires)

Propos recueillis par D.Z.

SKIP&DIE, album Cosmic Serpents (Crammed). De retour en Belgique à l’automne.

Journaliste lesoir.be

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