Tout au bout du couloir, l’extase

Dour, c’est aussi de la musique électronique. Pour certains, il y a même un festival dans le festival : ceux-là n’auront jamais décollé de l’Elektropedia, un endroit étonnant quand on le découvre de nuit.

Dour, c’est un peu comme un résumé des autres gros festivals de l’été. Côté tenues et tribus… On croise le look fluo de Tomorrowland, le cuir et le noir du Graspop, les bouquets de dreads d’Esperanzah… Ici, on ne s’étonne pas de voir passer un type déguisé en carotte géante. Ou en licorne, il y a d’ailleurs plein de licornes, cette année. Et puis aussi cette demoiselle vêtue d’un mini bikini mais chaussée de moonboots en poils de mammouth synthétique. Jeudi dans la nuit, elle serait allée bouger au son du mix concocté par Carl Craig, la légende de la techno de Detroit, que ça ne nous étonnerait pas outre mesure !

La nuit, justement, les guitares retournent au placard. Font place nette aux machines et aux musiques synthétiques. Ce vendredi, les consoles sont occupées avec plus ou moins de subtilité. Carnage, à la Cannibal Stage, ça fait sens : ce dj d’origine guatémaltèque dézingue à coups de trap, de beats et de drop le moindre morceau qui passe sur ses platines. Tiens, du Queen ? Oui, enfin, trituré et explosé dans tous les sens, et tant pis si c’est inécoutable : à cette heure avancée, ce n’est plus forcément un critère.

D’autres s’y emploient avec plus de doigté. Tentent parfois même de raconter une histoire au fil de leur mix… Adam Beyer, Robert Hood et Nina Kraviz… Nina Kraviz, la « star » montante de la techno qui donnait des interviews dans son bain, est désormais bien installée. Techno minimaliste et house sensuelle tombent à pic pour emporter les corps et les esprits…

A l’Elektropedia, ces corps sont des milliers, serrés les uns contre les autres. L’accès à cette scène pas comme les autres se fait en partant de la gauche de La Petite Maison Dans La Prairie. L’arène elle-même se trouve au bout d’un long cheminement, et d’un goulet dans lequel la circulation est constante. Testée pour vous : une autre approche, par les backstages et les terrils voisins. Là, de nuit toujours, c’est carrément Rencontres Du Troisième Type. Vu d’en haut, ce paradis du beat ressemble à un enfer pour agoraphobes.

Des piliers supportent jeux de lumières et écrans géants sur lesquels se mélangent des images de danseurs. Ceux-là – plus sexys que d’autres, meilleurs danseurs ou nantis d’un petit quelque chose qu’ils sont les seuls à avoir – ont été repérés plus tôt dans la journée par une équipe d’hôtesses, et emmenés dans un petit studio installé derrière la scène. Là, ils sont filmés en train de se déhancher, devant un fond vert, après quoi les images sont retravaillées et aboutissent une quinzaine de minutes plus tard sur les écrans (oui, c’est un peu le principe de la présentation de la météo).

« Généralement, nous faisons un plan large et un plan serré, explique Henri Vivegnis de la société Arf & Yes. S’ils ont des casquettes, l’un ou l’autre accessoire, peu importe, c’est mieux, pourvu que ce soit un peu fun. » Les Gantois de Arf & Yes, qui ont vendu le « concept » au festival, sont spécialisés dans le setdesign et l’éclairage pour le télé, les défilés, magasins et autres événements musicaux… « Nous commençons à trois heures, en même temps que les dj sets et nous terminons à minuit. Après, généralement, les gens ne sont plus trop en état de danser comme nous le voudrions… »

Avec cette Elektropedia, le festival de Dour dispose non seulement d’une deuxième scène en plein air, de taille, mais s’impose parmi toute une série de festivals électroniques déjà existants ou naissants.

Didier Stiers
(Photos : Mathieu Golinvaux)

Didier Stiers

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