Prodigy… Faites la guerre, pas l’amour!

Le destroyer britannique était de passage au Palais 12 en ce 11 novembre commémoratif de la Grande guerre. Il n’a pas été question d’armistice, non.

C’est la fin du set et le Maxim, là-bas au loin, éructe dans son micro: « Everybody get down… Down ». Que les gens s’accroupissent? Et puis quoi encore? Devant les refus et majeurs tendus, le bonhomme à dreads redouble d’efforts autoritaires, en vain, ou presque: « Get THE FUCK down! » Histoire d’apprécier d’autant plus la remontée: « Smack my bitch Up! » Boum!… La bombe est lâchée, comme des dizaines d’autres qui ont précédé. Et elles ont toutes explosé, oui, mais où? C’est moins clair. Un peu partout. Souvent bien loin de leur cible initiale. Mais ça a pété, oui.

Pour reprendre l’histoire, en ce jour férié de commémorations, le personnel du Palais 12 avait été réduit au strict minimum. Du coup, déjà, pas de vestiaire. Bon… Ensuite, parqué dans ce gigantesque hangar sans âme, on attend le bataillon anglais. Qui prend son temps. 21H25, finalement, ils débarquent… Le maître des machines Liam Howlett, le grand black Maxim Reality, le poisson fou Keith Flint, un guitariste et un batteur. Même formule, mêmes tronches et looks qu’il y a vingt ans. Et comme à la grande époque, ça démarre au poil: « Breathe ». Prends ça dans les dents!

Sauf que voilà. Les deux écrans vidéos suspendus en hauteur restent noirs de jais. C’est jour férié! Merci l’organisation! Si bien que Prodigy, au Palais 12, devant 15.000 personnes peu ou prou, ça revient à voir cinq playmobils dans une baignoire… On voit bien que ça bouge, là-bas tout au loin dans le fond, mais pour tout dire, c’est assez flou. Le son, c’est un peu pareil. Ah oui!, il y a des basses, du gros matraquage en bonne et due forme, ça bastonne à tout va (et encore!, de loin…), mais pour le reste, c’est pas clair… On reconnaît bien « Nasty » du dernier The Day Is My Ennemy, un peu plus tard « Firestarter », bon, ok, quoi d’autre? Rien sinon le bruit des bombardements sur la cité meurtrie…

lesoir

Un camarade nous expliquait l’autre jour l’anecdote. Elle se passe « au milieu des années 90 et tout à coup, tu as ce groupe techno qui débarque. On en parle, on en parle et on finit par aller voir. Et là, à la simple réaction des gens, des kets comme des habitués, tu comprends que quelque chose est en train de se passer ». Ce basculement où le rock est devenu électronique. Où le gros son de la baston punk se délivrait à coups d’ordinateurs. Alors, vingt ans plus tard, on se laisse aller. Que faire sinon ouvrir les bras et se laisser envahir par cette bouillie sonore. Du plaisir de s’en prendre plein la tronche…

« The Day Is My Ennemy », un bon vieux « Voodoo People », « Invaders Must Die ». Allons-y gaiement! On ne voit toujours rien, on entend à peine plus, et à dire vrai, c’est musicalement pas loin d’être tout à fait médiocre, mais ça chauffe à blanc et nous voilà tous partants pour la débauche collective. Le hangar commence à prendre forme, le joyeux bordel se rapproche! Quelque part, c’est comme si Prodigy n’avait jamais quitté les champs anonymes des rave parties, même dans ces grandes salles aseptisées plus proches du centre commercial que du Magasin 4…

En clair, après les raves, Prodigy est devenu un groupe de festivals. Capable de retourner trente mille personnes au quatrième jour à trois heures du matin. A l’heure où la musique est moins importante que le son, l’énergie et l’atmosphère régnante. Voilà Prodigy, des ambianceurs de la nuit, des party harders. Mais ici, au Palais 12… Avec un visuel inexistant, une sono défaillante et des tubes qui sont restés coincés dans leur époque, bon… Quand le groupe assène, pour terminer, un « Take Me To The Hospital » en sourdine, on se dit que oui. Mais en fait, non. Ce ne sera pas nécessaire.

DIDIER ZACHARIE
Photos THOMAS BLAIRON à Werchter

Breathe/ Nasty/ Omen/ Wild Frontier/ Firestarter/ Roadblox/ Rok-Weiler/ The Day Is My Ennemy/ Beyond The Deathray/ Voodoo People/ Get Your Fight On/ Run With The Wolves/ The Day Is My Ennemy (Liam Howlett remix)/ Invaders Must Die/ Diesel Power/ Smack My Bitch Up RAPPEL Their Law/ Wall of Death/ Take Me To The Hospital

Journaliste lesoir.be

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3 Comments

  1. Le musicovore

    12 novembre 2015 à 19 h 30 min

    Cher Didier, il est vrai qu’on était loin de l’ambiance feutrée de l’Orangerie ou du Magasin 4.
    J’étais à ce concert et j’ai passé un très bon moment. Le son n’était pas très bon, certes, mais le set était puissant et inspiré avec un bon mix des nouvelles et des anciennes chansons. Quand on va voir Prodigy, on sait que ce ne sera pas la musique de chambre et que ça va péter.

    Concernant le fait qu’on ne voyait rien. La faute en incombe aux organisateurs du Palais 12 qui n’avaient pas prévu assez de techniciens pour les écrans,le groupe n’est pas responsable de la technique.

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