2015 dans le retro: le top 10 de Didier Stiers

C’est l’heure des bilans. Avant de dévoiler votre album de l’année samedi, voici les top de nos rédacteurs. Au tour de Didier Stiers.

10. Prurient : « Frozen Niagara falls » (Profound Lore)

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Prurient est le pseudonyme derrière lequel se cache Dominick Fernow, alias – également – Vatican Shadow. L’Américain a quitté les rivages synthpop et new wave abordés en 2011 avec l’album Bermuda drain, puis la techno avec Trough the window en 2013, pour aujourd’hui resserrer les liens avec ses amours d’origine, la noise music. Attention : le temps d’un double album (16 titres, 90 minutes) sans concessions. Machines d’un côté, cris de l’autre : imaginez ce que donnerait un mélange d’électronique et de dark metal… C’est en tout cas ainsi qu’il voit la bande-son d’une existence urbaine. Rien de bucolique là-dedans ! Le tableau est sombre dès la première plage, secouée par des décharges de parasites, animée par une voix d’outre-tombe déformée. Mais il reste aussi de la douceur dans ce bain de violence, du beau derrière le laid, une ligne claire de synthés sous le pilonnage bruitiste et la cacophonie instaurée en rythme, une ambient apaisée dans ce chaos glaçant (« Shoulders of summerstones »). Impressionnant !

9. Ghostface Killah & Adrian Younge : « Twelve reasons to die II »

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On sait le rap friand de cinoche (RZA se fend d’un film d’arts martiaux avec The man with the iron fists, IAM et Mochélan lorgnent du côté des samouraïs, Notorious B.I.G. cloné dans l’univers de Star Wars…), et donc là, logique, Dennis Coles, l’homme de fer du Wu-Tang, nous pond une histoire de Cosa Nostra sur disque. Une deuxième, puisqu’il nous l’avait déjà plus ou moins servie en 2013. Sauf que… Dedans, encore mieux mis en son, il y a de l’amour et des fantômes, l’esprit des grandes b.o. d’antan (Morricone et consorts) et dès lors un petit quelque chose des sixties ici « agréablement » ressuscité.

8. The Soft Moon : « Deeper » (Captured Tracks)

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Effrayé par le vilain monde qui l’entoure, il tente de se noyer dans une piscine de peinture noire. Petite profondeur et principe d’Archimède aidant, il en ressort transi et plus anxieux encore.

7. Mbongwana Star : « From Kinshasa » (World Circuit)

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Deux des sept membres de ce groupe issu de la RDC ne sont plus des inconnus au bataillon. Avant d’apparaître sous ce nouvel intitulé, Coco Ngambali et Theo Nzonza faisaient partie du Staff Benda Bilili, la formation qui a remis la rumba congolaise au goût du jour tout en y distillant un petit grain de folie. Les deux compères ne sont pas rentrés dans le rang. Cette fois, c’est avec Liam Farrell, alias Doctor L, qu’ils se sont acoquinés. Un bonhomme qui compte sur la place de Paris, pour son savoir-faire en matière d’électro et de hip-hop. Qui fut notamment batteur des Rita Mitsouko. Et c’est à ses talents de producteur que Tony Allen doit son album Black voices. Cette fois, les rythmes et les sons rendus familiers par le Staff se fondent dans de nouvelles influences éclectiques, entre bribes électropunks et expériences psychédéliques, pas uniquement frénétiques. Les choses s’éclairent d’elles-mêmes quand on écoute un titre comme « Malukayi » sur lequel apparaissent les compatriotes de Konono No.1 et leurs likembés magiques. On ne sait pas trop si la fusée bricolée par Mbongwana Star tiendra jusqu’à la lune, mais le dépaysement est garanti !

6. I.D.A.L.G. : « Post dynastie » (Teenage Menopause Rds)

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Qui a dit qu’il ne sortait plus rien d’intéressant au rayon disques une fois la fin de l’année arrivée ? Quelqu’un qui, en tout cas, ne connaissait par I.D.A.L.G. (pour « Il Danse Avec Les Genoux »), groupe de Montréal composé de six fans de psychédélisme, de rock garage, du Velvet et d’une certaine chanson française des sixties. Sans oublier un penchant plus ou moins appuyé, à en juger par leurs titres et leurs textes, pour la mythologie aztèque. A moins que ce ne soit toltèque… Qu’elles comportent ou non du chant (l’album compte en effet l’un ou l’autre instrumental), les compos de ces jeunes gens-là (précédemment responsables de deux EP) ont ce petit côté uplifting, comme disent les Anglo-Saxons. Impossible d’entendre « Aux crocodiles » ou « Demi-serpents », par exemple et rester assis sur sa chaise. S’ils puisent une partie de leur inspiration dans le passé, il y a chez eux, dans ces chansons quelque chose de communicatif qui met de particulièrement bonne humeur.

5. Oiseaux-Tempête : Ütopiya ? (Sub Rosa)

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Et soudain, le rock de France retrouva des idées. Du souffle. L’envie d’oser. De voyager. De parler du monde plutôt que de son nombril. De la liberté, avec « free » comme dans « free jazz ».

4. Helena Hauff : « Discreet desires » (Werkdiscs)

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Plutôt vieux synthés qu’ordinateurs, la dj-ette de Hambourg est aussi une accro de minimal wave, ce « retour » à l’électro des années 80, période pré-MIDI. N’en déduisez pas pour autant que la techno qu’elle nous concocte est pauvre de contenu comme d’emballage. D’abord parce qu’Helena a des références : acid, ebm, darkwave, indus, notamment. Ensuite, parce qu’elle a le chic pour torturer subtilement des mélodies dont la simplicité confinerait chez d’autres au naïf (« Piece of pleasure »). Et enfin, parce qu’elle n’a aucun mal à pratiquer le lâcher prise : tombant sur ce disque à mi-parcours ou presque, « L’homme mort », compo épique et enfiévrée, rappelle joliment que des machines peuvent aussi émaner joie et jubilation. Quand elles sont commandées par un esprit créatif, bien entendu.

3. Low : « Ones and sixes » (Sub Pop)

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Mine de rien, voilà déjà le 11e album que nous proposent Alan Sparhawk et Mimi Parker. Un disque mitonné à Eau Claire, dans le studio de Justin Vernon/Bon Iver. Mine de rien : c’est on ne peut mieux choisi tant le groupe de Duluth (Minnesota) est du genre tranquille à la tâche. Cela ne veut pas dire pour autant que ce slowcore, dont Low est devenu l’une des références majeures, manque de vie ou de tension (eh oui, dans slowcore, il y a slow). Rien de paresseux non plus, là-dedans ! Si « Spanish translation » se passe aisément d’un beat appuyé ou si « Into you » vaut par son touchant et délicat vibrato, on les sent clairement poindre dans la répétition du motif de guitare de « No comprende », par exemple. On le reconnaît depuis leurs débuts et ils n’y dérogent pas ici : la richesse de leur musique se trouve aussi dans les textures, et ces 1.001 détails qu’on ne perçoit pas à la première, deuxième ou troisième écoute, et qui donnent toute la saveur d’une soirée passée en mode « repeat » ! La parfaite bande-son d’une vie de minuscules observés au microscope…

2. Odezenne : « Dolziger Str 2 » (Universeul)

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Dans cet Hexagone où plutôt nombreux sont ceux qui ont le bic en toc, eux donnent de l’air au rap. De la subtilité à la déconnade. Du lustre au cru. Ils soignent le spleen au spliff. Merci, et à quand vous voulez !

1. Sufjan Stevens : « Carrie & Lowell » (Asthmatic Kitty Records)

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Auteur, compositeur et multi-instrumentiste, le natif de Detroit s’est constitué une discographie on ne peut plus variée, sous son nom propre ou via l’une ou l’autre collaboration, se plongeant dans l’expérimental, la pop, l’électronique ou bien encore le hip-hop. Il s’était aussi mis en tête de consacrer un album à chacun des Etats des USA mais s’est arrêté après Michigan et Illinois. A 39 ans, il sort ici un septième disque studio, plutôt dépouillé. Le plus beau de son parcours, même si derrière ce titre qui fait référence à sa mère et à son beau-père (lequel a contribué à son éducation musicale et cofondé son label), il est question des sentiments éprouvés après le décès de la première en 2012. Et de souvenirs aussi… « Je crois qu’être mère, c’est être une sainte, confiait-il en mars au Guardian, même si vous renoncez un jour à ce travail. » Il n’y a en tout cas aucun renoncement perceptible dans ces onze chansons, aériennes et profondes à la fois.

BONUS

Ex-æquo (parce qu’un Top 10, quand même, tu crois l’avoir fini que tu veux déjà tout chambouler), ex-æquo donc avec : Oneohtrix Point Never (Garden of delete), A Place To Bury Strangers (Transfixiation), Prairie (Like A Pack Of Hounds), Mugwump (Unspell), Scuba (Claustrophobia), Bagarre (Musique de club, un ep mais soit), Godspeed, Big Brave, Songhoy Blues, Omar Souleyman, Nils Frahm, Tame Impala, St Germain, La Muerte (oui, un live, et alors ?)…

Didier Stiers

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