La conquête de Radio Elvis

Le trio parisien se produit aux Nuits le 19 mai, avant Nicolas Michaux et Feu ! Chatterton. L’occasion de découvrir un univers passionnant

Pierre Guénard (chant et textes) rencontre Colin Russell (batterie) au lycée Ernest Perochon de Parthenay, situé entre La Rochelle et Poitiers. Ils ont 16-17 ans et en commun l’amour de la musique. Pierre, à l’âge de 10 ans, écrivait déjà des poèmes. «  Notre instituteur en avait lu un devant toute la classe  », se souvient-il. C’est plus tard, à la sortie, en 1997, du premier album de Louise Attaque que Pierre se rend compte que les chansons peuvent avoir un sens : «  Ça me faisait un peu peur et ça me fascinait en même temps. J’ai commencé à écrire des chansons mais je n’étais pas satisfait du résultat. »

Après leur bac, Pierre et Colin se perdent de vue. Pierre voyage, va en Allemagne et aux États-Unis, et Colin part à Paris où il rencontre le guitariste-bassiste Manu Ralambo, du Mans. Avec un troisième larron (devenu aujourd’hui le manager de Radio Elvis), ils forment même un trio, Mother Of 2, qui existe toujours. Pierre n’en est pas encore là : «  J’ai beaucoup voyagé, j’ai pensé arrêter la musique et c’est en Bretagne que la mer et la nature m’ont inspiré. Les grands espaces me procuraient des sensations mais je ne savais pas encore comment m’y prendre pour mettre ça en musique. Je suis monté à Paris et j’ai commencé à me faire la main en me produisant dans des petits endroits en chantant avec ma guitare. Un peu le rêve de Brel à Paris. C’était assez expérimental. Et là, heureux hasard, je retombe sur Colin. Avec Manu, on a commencé à élaguer mes chansons pour garder les plus pop. »

Le premier EP, Pierre et Colin l’enregistrent à deux en 2013. Mais il leur manque une basse. Manu va s’en charger. C’est décidé, le trio va s’appeler Radio Elvis. Pierre : «  C’est le nom que je portais déjà en solo. Ce sont deux mots qui m’évoquent plein de choses. Ça sonne bien et c’est rock’n’roll. »

Après Juste avant la ruée, le premier EP, suit en 2015 Les moissons. Deux EP qui ne contiennent pas les deux chansons en question, mais qu’on retrouve sur leur premier album. «  Non, car elles n’étaient pas abouties à l’époque, mais on aimait le titre.  » Quand on entend les chansons de ce disque, on pense à Dominique A, mais aussi aux guitares de Vampire Weekend : «  C’est marrant car à un moment j’étais à fond dans Dominique A et Colin, c’était Vampire Weekend. On aime beaucoup Arcade Fire aussi. Pour le moment, j’écris et chante en français parce que j’aime raconter des histoires au travers d’une succession de métaphores. C’est comme les livres qui me font voyager. Écrire m’aide à mieux me connaître. Je me souviens que j’épluchais les paroles de Noir Désir. »

Colin : «  Moi, je ne cherche pas à comprendre les mots.  » Faut dire que Pierre s’amuse aussi à en trouver des inhabituels comme « Bleu nuit/ Synesthésie », la synesthésie étant le mariage de sensations différentes : «  Je ne veux pas passer pour prétentieux, je n’ai pas plus de vocabulaire que la moyenne, mais quand je trouve un mot au cours de mes lectures, je vais voir dans le dico et je note… C’est passionnant  ! »

Radio Elvis a enregistré à l’ICP bruxellois son disque intitulé Les conquêtes. Un studio où ils ont croisé Renaud aussi bien que Polnareff : «  On connaît un peu Bruxelles. On s’est produit sous un pont à Molenbeek. Le festival s’appelait Kiosquorama. C’était en 2014. »

THIERRY COLJON

Notre critique * * * et l’écoute intégrale sur Deezer.


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