La Femme, je t’aime

La troupe yéyé-post-punk-synthé-à-deux-doigts a confirmé vendredi au Botanique qu’elle était bien le groupe français le plus enthousiasmant du moment.

Oh ! Il y en a qui restent dubitatifs. Pire, qui s’insurgent ! On aura du mal à leur montrer la lumière, et à vrai dire, on s’en fout pas mal s’ils préfèrent rester dans la pénombre. Voici néanmoins cinq bonnes raisons pour lesquelles La Femme est le meilleur groupe du monde connu.

1. Le style.

Vingt-cinq ans, toutes leurs dents (enfin presque), et de parfaites gueules de vainqueurs ! Entre le chic Frenchy et l’alterno crasseux, La Femme a le look parfait. Très à l’aise sur scène, Marlon et Clémence ont des airs de Dutronc & Hardy ou Elli & Jacno version maintenant, Sacha fait de plus en plus démiurge guitariste lunaire (sinon quand il s’offre le devant de la scène sur « SSD ») et Nunez fait le spectacle en lâchant vannes foireuses et autres clowneries. La Femme a du style .

2. L’énergie.

C’est beau un groupe de rock qui ne regarde pas ses pompes à longueur de chansons. La Femme swingue, danse et pogotte ! Rameute le peuple à sa cause et termine en imposant un « Braveheart » dans le public (le concept issu de la scène metal – forcément : deux clans, deux lignes de combat se forment pour se rentrer dedans à l’heure de « prendre le bus – Antitaxi ! »… « Pour ceux qui veulent se faire défoncer la gueule ! », dixit Nunez). Point de vue énergie et fraîcheur, il n’a d’ailleurs pas fallu attendre longtemps. Au deuxième quart d’heure, lorsque le groupe fait l’enchaînement parfait « Tatiana »/ « Si un jour »/ « Sur la planche »/ « Nous étions deux », l’Orangerie, déjà bien chauffée, devient bouillonnante. La Femme a du coffre.

3. Le son.

Mais La Femme n’est pas qu’une bande de branleurs qui balance la purée. Que non ! D’ailleurs, ce concert était plus carré et cadré que les précédents. Sans que cela ne porte préjudice, bien au contraire. Derrière l’énergie et la jean-foutre attitude, c’est pointilleux, pensé et maîtrisé – ce qui laisse dire que La Femme est bien là pour durer. La setlist est bien balancée, le son est parfait et, contrairement à certaines apparitions télé, le tout sonne juste de bout en bout. Au troisième quart d’heure, La Femme se fait plus subtile (“Elle ne t’aime pas”) et planante avec « 2023 » pour terminer le set et les treize minutes de « Vagues » pour entamer le rappel avant la charge « Antitaxi ». La Femme est pensive.

4. Les chansons.

C’est la base, n’est-ce pas. Et si les albums peuvent paraître parfois foutraques, vendredi, il n’y avait aucun déchet. Que du bon. Que ce soit tendance punk, yéyé ou synth-wave, il s’agit surtout, avant tout, de chansons pop. Que l’on sifflote à foison. De « Septembre » à « Vagues », « Où va le monde », « Packshot » ou « Exorciseur ». Et bien sûr les tubes « Sur la planche » et « Antitaxi » auxquels on ajoutera « Tatiana », chanson la plus excitante de l’année (dans tous les sens du terme). La Femme est accueillante.

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5. La France.

Alors, il paraîtrait que les textes de La Femme sont à chier ? Ben merde ! Pour une fois que des Francouillons ne nous imposent pas un concours de poésie niveau CM2 dès qu’ils sont collés devant un micro, on va aller se plaindre ? La Femme a le sourire collé au verbe, un verbe léger et agréable qui ne casse pas la tête. La Femme écrit des chansons pop. En français. Aussi, il faut le dire, c’est pas souvent. C’est que La Femme n’essaie pas non plus d’imiter les Américains et n’a pas envie d’être anglaise (les Flamands font ça très bien, imiter les anglo-saxons, avec l’accent de Brooklyn itout, paraît que ça impressionne…). La Femme ne fait pas semblant, pioche dans la patrimoine culturel de la Ve République et prouve que la France pop n’a rien à envier à cette petite aguicheuse de copine British – ce qui lui permet, soit dit en passant, de traverser les frontières plus facilement que tous ces wanna be Americans… De Françoise Hardy aux Rita Mitsouko, des Chaussettes à Béru, de Daho à la Mano. Elle est pas belle, la France ? “On n’est pas bien, là?”

Bref, pour citer Elli & Jacno: “Les gens rigolent, se croient odieux/ Nous on laisse faire, on est heureux”.

La Femme, je t’aime.

DIDIER ZACHARIE
Photos PIERRE-YVES WARNOTTE

SETLIST: Sphynx/ Packshot/ Mycose/ Septembre/ Où va le monde?/ Tatiana/ Si un jour/ Sur la planche/ Nous étions deux/ Elle ne t’aime pas/ Exorciseur/ SSD/ It’s Time To Wake Up (2023) RAPPEL Vagues/ Antitaxi

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> Lire aussi notre interview “blind test”: “Les bons disques de La Femme”

Journaliste lesoir.be

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