Commissions européennes (1) : Londres et la Finlande

L’Eurosonic, c’est fini, du moins pour 2017. Petit compte-rendu d’un minitrip batave, à la recherche des artistes européens qu’on reverrait bien par chez nous, dans pas trop longtemps et avec plaisir.

Ici comme dans tout gros festival qui se respecte, l’embarras est dans le choix. D’autant que celui-ci, petit rappel pour les distraits, est essentiellement axé sur les découvertes et accueille dès lors dans son public nombre de pros du secteur venus faire leurs emplettes. Donc, on a choisi. A Groningen. Entre les hordes de vélos qui s’abattent sur le piéton tels les cavaliers d’Attila sur les champs catalauniques. Entre les distributeurs de croquettes saté, certes délectables mais vaut peut-être quand même mieux pas savoir ce qu’il y a dedans…

 

Mercredi 11 janvier

The Courettes, une fille et un garçon, d’Aalborg au Danemark. Un duo donc, garage, sauf qu’ici c’est la dame qui joue de la gratte et chante. Des histoires de poupée vaudou, de « ju ju » auquel il ne faut pas toucher, et puis quoi qu’il en soit, « We are gonna die » ! Le tout exprimé en roulant de grands yeux et en étalant son rouge à lèvres à force de se coller la bouche au micro. Sur scène : rock’n’roll catégorie Glücks plutôt que Raveonettes.

 

Certains arrivent ici précédés par leur réputation naissante, un buzz plus ou moins justifié, voire de la promo bien faite. Les Belges débarquent ainsi sous l’intitulé Belgium Booms, une campagne commune menée par Wallonie-Bruxelles Musique et Kunstenpunt. On ne connaît pas l’équivalent de la chose dans les pays nordiques, mais les garçons de Teksti-TV 666 font très bien leur job quand même. Teksti-TV 666 (notre photo d’intro), c’est le genre de truc qui ne peut venir que de Finlande, pays d’Aki Kaurismäki et des Leningrad Cowboys (de Stratovarius aussi, mais soit) ! C’est-à-dire un batteur, un bassiste et cinq guitaristes – oui, cinq -, qui déversent sur la salle du AA Theater un mélange de punk rock, de métal et de shoegaze. C’est drôle et puissant à la fois. Moins puissant cela dit que les Ricains de Destruction Unit vus l’an passé à Dour, mais assez quand même pour pousser un technicien à monter sur scène et leur signifier clairement que s’ils ne baissent pas d’un ton, ce sera terminé pour eux ! Les Finlandais s’en tamponnent, pas de sourdine tout en haut de leur mur du son décomplexé, et ils balancent un dernier morceau… Amusant : le festival et la ville mènent à l’occasion de l’Eurosonic une étude sur la manière dont les visiteurs et les habitants vivent le bruit, étude qui se fait via une appli pour Smartphone (MoSART, sur www.soundapp.eu).

 

Dans le filet du jour… Buvette, c’est suisse et ça joue à L’Etage, salle qu’on ne trouve qu’après avoir traversé en long et en large au moins trois cafés. P… de labyrinthe ! Emmené par Cédric Streuli, Buvette joue un peu de tout : disco, synthpop et même reggae dub (« Room without a view »). Moui. Au même endroit, on voit aussi The Ills, des Slovaques post-rock, doués pour la technique, moins pour l’écriture de l’un ou l’autre titre plus emballant. Côté folk, Holly Macve a une voix faite pour la country mais pareil : on a déjà beaucoup entendu ça. De même que le rock/garage/psyché de Swedish Death Candy, un groupe anglo/italo/coréen qui maîtrise à fond, nom et look inclus (le bassiste a des airs de Steve Aoki)…

 

Ce mercredi, ceux qui maîtrisent tout y compris une setlist à propos de laquelle il y a peu à redire, ce sont les cinq de Shame. Des gamins de Brixton qui réussissent avec un poil de morgue le grand écart entre punk anglais, madchester et psychédélisme sixties. On sent bien la bière et la sueur (ils ont tourné avec The Fat White Family), le propos rappelle celui de Sleaford Mods et ils espèrent que le nouveau maire de Londres (le travailliste Sadiq Khan) va redonner un peu de vie aux nuits de la capitale. Il y a des vœux bien pires.

 

Avant d’aller s’insérer sous la couette du Ruby (« du », pas « de », le Ruby étant un bateau/hôtel comme Groningen en compte quelques-uns), on fait un premier saut au Off dont on retiendra Abdomen, trio punk noise de Leeuwarden qui commence à peine à mettre le nez hors des Pays-Bas. Au micro, un grand type filiforme donne des cordes vocales comme si sa vie en dépendait.

 

A suivre.

Didier Stiers

Didier Stiers

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